Depuis la mi-mai, le doktor Corona, Christian Drosten, l'a prédit : il y a un vrai risque de deuxième vague. A l'automne, quand tout le monde se confinera à cause des premiers frimas, de la pluie et des feuilles qui glissent. Mais peut-être même avant, tant ce virus semble imprévisible. Le virologue allemand est détesté dans son pays parce qu'il " fait du tort au commerce " et qu'il " gâche nos vacances ". Jugement particulièrement injuste parce que cet expert a réussi à éviter une catastrophe sanitaire à l'italienne et à la française, quand les patients mouraient seuls sur des matelas posés par terre. Il pousse son cri d'alarme depuis le 4 mai dernier, quand les écoles ont rouvert leurs portes.
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Depuis la mi-mai, le doktor Corona, Christian Drosten, l'a prédit : il y a un vrai risque de deuxième vague. A l'automne, quand tout le monde se confinera à cause des premiers frimas, de la pluie et des feuilles qui glissent. Mais peut-être même avant, tant ce virus semble imprévisible. Le virologue allemand est détesté dans son pays parce qu'il " fait du tort au commerce " et qu'il " gâche nos vacances ". Jugement particulièrement injuste parce que cet expert a réussi à éviter une catastrophe sanitaire à l'italienne et à la française, quand les patients mouraient seuls sur des matelas posés par terre. Il pousse son cri d'alarme depuis le 4 mai dernier, quand les écoles ont rouvert leurs portes.Chef de service à la Charité, l'hôpital berlinois de référence, Christian Drosten conseille le ministre de la Santé et la chancelière. Archilégitime, donc. Pour avoir inventé le test de diagnostic du Sras-1 en 2003. Et, surtout, pour avoir impulsé la politique massive de tests. Dès la fin janvier dernier, tous les hôpitaux connaissaient la procédure. Dans la foulée, elle a été transmise à l'ensemble des labos indépendants, force vive de ce diagnostic de masse. Mi-février, toute l'Allemagne était capable de faire des diagnostics à grande échelle. Le point de la situation en Belgique, en huit questions.> Maisons de repos: les 4000 morts qu'on aurait dû éviterAujourd'hui, l'Allemagne réalise jusqu'à un million et demi de tests par semaine. La Belgique, dont le nombre d'habitants est neuf fois plus réduit, n'a dépassé qu'exceptionnellement 100 000 tests et se contente généralement de 75 000, voire moins. Surtout, l'Allemagne a débuté ses tests intensifs près de deux mois avant la Belgique. Résultat : notre voisin compte, selon la très sérieuse université américaine Johns Hopkins, 9 000 morts, contre près de 10 000 en Belgique. Et 30 000 en France, un tiers moins peuplée. Le taux de transmission de la maladie est en Allemagne un des plus bas d'Europe. Pourquoi ? En Belgique, on licencie les laborantins engagés dans le système de renfort instauré en mars entre l'industrie pharmaceutique et le gouvernement, on ne pratique plus que 87 tests pour détecter un infecté... tandis que les Allemands en pratiquent 175 pour le même résultat. Coûteux, mais seulement en réactifs et salaires, pas en vies humaines.Le doktor Corona craignait " une deuxième vague encore plus violente ", " une baisse de la vigilance en mai et juin et de nouvelles chaînes de contamination ", entraînant " une situation qui pourrait devenir incontrôlable ". Il citait volontiers la France qui a connu des journées " catastrophiques ". " Le 1er juillet, on a fermé le drive-in du CHU qui permettait de se faire tester sans descendre de son véhicule. Certains jours, il n'y avait personne. Nous l'avons rouvert ce lundi 13 juillet. La semaine dernière, 267 personnes ont été testées, presque le double de la semaine précédente. Nous avions cinq cas positifs. Et les cas que nous détectons le sont la plupart du temps avec une charge virale importante ", explique le professeur Pierre Gillet, directeur médical du CHU de Liège. Son institution, qui s'est équipée d'instruments d'analyse largement automatisés, a permis d'opérer plus de 40 000 tests PCR (prélèvement par le nez) dans des délais très courts. " Cela a permis de monitorer la crise. Test et monitoring doivent d'ailleurs rester les deux règles fondamentales. Certes, le nombre de patients hospitalisés dans nos hôpitaux diminue de jour en jour, mais le nombre de nouvelles infections, lui, ne fléchit plus. Chaque jour, plusieurs dizaines de cas de Covid-19 sont encore diagnostiqués dans notre pays ! "> Entretien - Philippe De Backer: "Nous sommes prêts pour une seconde vague"Sachant que la Belgique dépiste deux fois moins que l'Allemagne et que le tracing manuel ne rapporte que maximum cinq contacts potentiels, là où un tracking automatisé généralisé en rapporterait plusieurs dizaines, pas sûr qu'on voie l'incendie repartir. Car cette solution, disponible chez tous nos voisins, n'est attendue en Belgique au mieux qu'à l'automne. Peut-être bien trop tard. " Je ne crois pas beaucoup dans une solution automatisée, car il faudrait qu'une partie importante de la population accepte de se laisser pister par une puce. Je crois davantage dans la persuasion d'opérateurs humains afin d'amener les proches d'un infecté à se faire dépister ", déclare Pierre Gillet.Fin mars, on craint la fin du monde, les morts se comptent par milliers. Fin mai, le virus semble s'éteindre, vaincu par le confinement, la température clémente, les mesures barrières. A peine les premiers vacanciers envolés, voici que ses braises se rallument franchement. Les Affaires étrangères dévoilent des régions " zones rouges " où les voyages non essentiels sont interdits ou au retour desquelles une mise en quarantaine est obligatoire. Le virologue Marc Van Ranst (KULeuven) met en garde ceux qui souhaiteraient partir en vacances. " Il y aura inévitablement de nouvelles "zones rouges" en Europe. Nous nous attendions à ce que des poussées locales de coronavirus se produisent. C'est comme cela que ça a commencé. Et des pays entiers sont ensuite entrés en confinement. " Le Sars-Cov-2 se révèle décidément atypique. Le " R Zéro ", cet indice qui dit combien de personnes sont infectées par un patient, a frisé le 0,5, signe que le virus s'éteignait. Il a aujourd'hui regrimpé à 0,9, ce qui démontre que l'épidémie se poursuit malgré les efforts. " C'est un virus étonnant, qui continue à se propager malgré les mesures prises, malgré les gestes barrières. Tous les autres coronavirus connus soit s'éteignaient après l'épidémie, soit revenaient un an plus tard, avec la saison. Celui-ci est vraiment à part ", note le professeur Yves Coppieters, épidémiologiste à l'ULB." Je ne crains toutefois pas une deuxième vague qui ressemble à la première, enchaîne Yves Coppieters. Nous connaissons le virus, nous avons le masque et les gestes barrières, les hôpitaux sont sur pied de guerre. Il ne nous prendra plus par surprise, mais notre méfiance doit être maintenue. C'est pour cela que l'instauration du masque dans tous les commerces est une bonne chose. Cela rappelle à la vigilance, alors qu'il était manifeste que l'on assistait à un certain relâchement dans la population, que des gens faisaient la fête sans respecter les gestes barrières, que d'autres ne portaient plus le masque, que certains homes laissaient davantage de liberté, malgré les recommandations. En fait, le masque n'est peut-être pas indispensable en cette mi-juillet, mais il est très probable qu'il le sera à la rentrée. Alors, autant anticiper. Pour une fois... " > Port du masque: pourquoi les autorités le rendent obligatoire maintenantEn février, il apparaît presque comme folklorique. Après le confinement, il passe pour non nécessaire. Le 9 avril dernier, la ministre De Block affirme à la Chambre que " scientifiquement, cela n'a pas de sens ". Elle estime que les mesures d'hygiène comme le lavage des mains " sont plus importantes ". Pourtant, dès début mars, une étude approfondie prouve que le port généralisé du masque fait baisser de 45 % le nombre d'infectés et de morts. La ministre l'ignore-t-elle ou veut-elle cacher qu'elle est incapable de fournir des masques à tous les citoyens ? Jeudi 9 juillet, le gouvernement impose le masque dans les lieux publics et les commerces. Une mesure que les experts demandaient depuis des semaines, mais que les ministres rechignaient à accorder, sous la pression des lobbys de la distribution." Cela nous a presque pris par surprise. Il est vrai que le même jour, le Conseil supérieur de la santé a émis un avis dans ce sens, que le Conseil supérieur pour la prévention en vue de la sortie progressive du confinement, qui rassemble scientifiques, industrie, commerce et société civile, a abouti à un consensus et que, par ailleurs, on apprenait que l'on reconfine un peu partout, même en Allemagne ou au Portugal ", commente le professeur Yves Van Laethem, professeur d'infectiologie à l'ULB et porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus. " Je n'ai pas l'immodestie de croire que notre avis du Conseil supérieur de la santé ait pu agir seul, mais tout ce qui va dans le bon sens est bon à prendre ", poursuit-il. La mesure a même été anticipée d'une semaine. " Mieux vaut être un peu plus tôt qu'en retard, surtout quand l'on constate l'impact du retard pris dans les maisons de repos ", note l'expert. " Le Sars-Cov-2 est déconcertant, il semble s'atténuer, comme l'avaient annoncé certains experts, perdre de sa virulence. Mais c'est peut-être pour mieux se cacher et revenir en force. "L'un des moyens de soulager les généralistes, qui peuvent prescrire un test, c'est le dépistage " en voiture " comme le pratique le CHU de Liège. " Les patients restent dans leur voiture pour réaliser le test. Les patients en bus ou à pied sont admis pour un test. Entre le 4 mars et le 2 juin, les deux villages Covid ont connu près de 5 000 passages. Près de 27 % ont donné lieu à une hospitalisation. Les patients ont en moyenne 48 ans. Le pic d'admissions a eu lieu entre le 30 mars et le 2 avril, avec 113 admissions journalières. Il ne fait nul doute que si une deuxième vague devait survenir, nos équipes sont prêtes à mettre au profit des patients l'expertise acquise. Il est vraiment essentiel que nous continuions à dépister car si la propagation du virus a ralenti, le virus continue de circuler. C'est ensemble que nous parviendrons à gagner la lutte contre lui. "" La réalisation d'un test PCR est devenue une obligation pour tous les voyageurs qui reviennent de pays en zone rouge ou orange. Il est donc fort probable que la demande de tests Covid-19 va à nouveau augmenter ", souligne Pierre Gillet. Les labos indépendants suffiront-ils ou faudra-t-il réveiller la collaboration pharma-gouvernement ? Cela promet de raviver la bataille entre labos indépendants et l'Agence du médicament, qui a culminé avec la mise en cause de son numéro deux, obligé d'aller s'expliquer devant la Commission santé de la Chambre. > Tracing: du brouillage sur les intérêts des expertsA deux neveux qui estimaient récemment que " le coronavirus, c'est un truc de vieux cons ! ", Franklin Dehousse, ancien juge à la Cour de justice de l'Union européenne, a répondu : " Chaque fois qu'une personne renforce par insouciance la circulation du virus chez les autres, elle renforce la crise économique. [...] Dès demain viendra hélas le tour des jeunes, en pire. Car les générations qui commencent leur carrière en crise aiguë subissent une perte irrécupérable de revenus et d'emplois pour la vie. [...] Tous ceux qui arriveront sur le marché de l'emploi auront la sensation immédiate de rentrer dans une mer de glace. "