" Pourrons-nous éviter le reconfinement?" nous demandions-nous la semaine dernière. La question reste criante d'actualité, même si, depuis, des mesures ont été prises pour tenter de limiter, région par région, la propagation galopante de la contamination.
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" Pourrons-nous éviter le reconfinement?" nous demandions-nous la semaine dernière. La question reste criante d'actualité, même si, depuis, des mesures ont été prises pour tenter de limiter, région par région, la propagation galopante de la contamination. C'est à Bruxelles que le tour de vis a été le plus sévère, en mettant notamment les secteurs culturel et sportif complètement à l'arrêt. Un couvre-feu a été décidé sur l'ensemble du territoire wallon et bruxellois de 22 à 6 heures. Le télétravail est à nouveau obligatoire et les élèves du secondaire dans l'enseignement francophone ne remettront plus les pieds à l'école avant le 12 novembre au mieux. En Flandre, tous les lieux culturels sont fermés et seul le sport extérieur reste autorisé. Suite à une réunion de tous les niveaux de pouvoir convoquée par le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), et pour tenter de mettre fin à la "cacophonie", le fédéral a harmonisé les mesures avec entrée en vigueur mercredi à minuit, dans tout le pays.Reste aujourd'hui à savoir si l'ensemble de ces mesures suffiront à éviter que les digues ne se fissurent, que les hôpitaux ne doivent faire des choix, que des gens meurent faute de soins appropriés. Suffiront-elles à garder sous contrôle les chiffres affolants de la propagation de l'épidémie qui font de la Belgique le pays comptant le nombre de cas de Covid-19 par 100 000 habitants le plus élevé d'Europe? Rien n'est moins sûr. Les uns après les autres, politiciens et experts se sont d'ailleurs exprimés en ce sens. "Il faut tout préparer pour un confinement, s'il n'y a pas d'amélioration en fin de semaine", déclarait notamment le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem, le lundi 26 octobre sur le plateau de la RTBF. Certains prédisent même déjà que ce confinement pourrait durer. "Ce reconfinement [...] pourrait être de plus longue durée. Car la deuxième vague, c'est pratiquement certain désormais, va dépasser la première en force. Un reconfinement court et généralisé ne va pas tout résoudre", assure ainsi Catherine Linard, géographe de la santé auprès de l'UNamur. Et le monde politique de renchérir en appelant à la responsabilisation de chacun. "Je ne sais comment faire pour convaincre nos concitoyens de redoubler d'efforts de précaution, car il est clair qu'il existe un décalage entre la situation que traversent les hôpitaux et les comportements irresponsables d'une petite minorité de citoyens", se désolait Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et président du PS, lors du conseil communal de sa ville. Tout comme Georges-Louis Bouchez, président du MR, qui demandait aux bourgmestres de "punir ceux qui ne respectaient pas les règles" et mettait, lui aussi, en garde contre la perspective d'un reconfinement de longue durée et d'un état d'urgence prolongé, comme c'est déjà le cas en Espagne ou en France. Ce reconfinement devrait évidemment - et comme il l'était la semaine dernière déjà - se trouver sur la table d'un nouveau comité de concertation programmé ce 30 octobre après-midi. Jusqu'ici, le gouvernement tentait vaille que vaille de conserver un équilibre fragile entre santé, économie, scolarité, santé mentale. Désormais, la question que va devoir trancher l'équipe De Croo - en concertation avec les entités fédérées - est de savoir si la violence de la deuxième vague ne doit pas faire primer la question sanitaire sur toutes les autres. Le ministre des PME et des Classes moyennes, David Clarinval (MR), ne dit pas autre chose: "Nous sommes en plein dilemme. Nous devons préserver la santé mais les dégâts économiques sont terribles. Certains indépendants sont au bord du suicide, nous devons les écouter." Une préoccupation partagée évidemment par Pieter Timmermans, le patron de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB): "La seconde vague inflige non seulement un choc au niveau des soins de santé, mais confronte aussi les entreprises à des défis gigantesques. Car plus les mesures sont strictes, plus lourds seront les dégâts pour notre économie. Et cela pourrait donner le coup de grâce à des dizaines de milliers d'entreprises, déjà au bord de la faillite à la suite du premier confinement. Un deuxième confinement général affecterait si profondément les fondements de notre économie que la viabilité de bon nombre d'entreprises s'en trouverait brusquement menacée et que d'innombrables travailleurs perdraient leur emploi." Et d'appeler les employeurs à s'organiser au mieux. "Le télétravail n'a aucun sens si nous ne réduisons pas nos contacts privés, et surtout si nous ne respectons pas les règles de distanciation, de port du masque et d'hygiène des mains." Bref, tout pour éviter un confinement qui, pour le Syndicat neutre pour indépendants (SNI), provoquerait une vague de faillites sans précédent en 2021, singulièrement dans l'Horeca. "De nombreux exploitants Horeca gardent encore la tête hors de l'eau grâce aux mesures de soutien. Mais, quand celles-ci se termineront, ils devront non seulement sauver leur affaire, mais surtout ils devront s'acquitter de paiements différés sur les cotisations sociales et les taxes de 2020 mais aussi ceux de 2021." Tout comme l'Etat, qui s'endette lourdement pour financer les mesures de soutien, et pour qui viendra également un jour l'heure des comptes.Psychologiquement aussi, ce second confinement pourrait être plus difficile à vivre que le premier. La population est fatiguée. Au printemps dernier, la mise sous cloche de la vie a pu être vécue comme un moment limité et circonscrit. Aujourd'hui, la crainte qu'une succession de périodes de confinement suivies de moments de respirations percole et inquiète. Quant aux guéris, qui s'estiment à raison ou à tort immunisés, ils ne seront probablement pas non plus les plus enclins à se voir une nouvelle fois privés de leur liberté. L'équilibre sera donc précaire et difficile à trouver. D'autant qu'en parallèle, il faudra aussi préparer des solutions de sortie de crise. En chassant les supercontaminateurs plutôt qu'en testant-traçant-isolant? Cette stratégie, qui consiste à cibler notamment les personnes les plus infectantes, s'est avérée efficace au Japon ou en Corée du Sud. Qui plus est, en identifiant les plus gros lieux de contaminations, elle permet d'adapter les restrictions et de restreindre les mesures les plus dures. Une arme contre d'(in)évitables reconfinements?