Sollicités de toute part, les médecins généralistes sont parmi les premiers concernés par cette quatrième vague. Jonglant entre consultations téléphoniques et physiques, questions de patients, certificats de quarantaine et tests covid à réaliser, ils font face à une charge de travail et une pression énormes. Malgré leur rôle capital de personne de confiance des patients, ils se sentent peu soutenus par les autorités.
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Sollicités de toute part, les médecins généralistes sont parmi les premiers concernés par cette quatrième vague. Jonglant entre consultations téléphoniques et physiques, questions de patients, certificats de quarantaine et tests covid à réaliser, ils font face à une charge de travail et une pression énormes. Malgré leur rôle capital de personne de confiance des patients, ils se sentent peu soutenus par les autorités."Je trouve révélateur que les patients se tournent vers leur médecin généraliste. C'est la traduction d'enquêtes que nous faisons depuis des années. En qui le patient a confiance ? En son généraliste. Bien avant les politiciens. Les gens se tournent vers nous. Est-ce que nous pouvons leur reprocher de nous donner du travail en pleine pandémie ? Il est temps que les politiciens prennent acte que la population a confiance en sa première ligne", déclare le docteur Thomas Orban, médecin-généraliste à Bruxelles et membre du GBO, le principal syndicat des médecins généralistes francophones. Pour lui, la mise en place d'outils informatiques, tels que les plateformes qui permettent de générer un code pour réaliser un test covid sans passer son généraliste, ne décharge pas réellement les médecins. "Penser que tout est automatique grâce à des systèmes informatiques, c'est évacuer l'aspect de discernement médical qui a lieu d'avoir dans toute situation médicale", observe-t-il. Sa consoeur, la docteur Audrey Bonnelance, également médecin généraliste à Bruxelles et membre du GBO, dénonce aussi un manque d'efficacité de la part des autorités. "De vague en vague, nous nous apercevons que ce sont les mêmes problèmes qui réapparaissent, et nous n'avons pas l'impression que beaucoup de choses sont mises en place pour gérer ces problèmes. Par exemple, le testing qui met du temps à indiquer le résultat, le tracing qui donne de fausses informations, ou qui rappelle les gens trop tard ou qui ne les rappelle pas, et qui systématiquement ou presque renvoie chez le médecin généraliste pour les certificats et autres, alors qu'est habilité à délivrer ces documents"."L'absence de bon suivi par le tracing ou les PSE suscite de l'anxiété pour les patients qui naturellement se tournent vers leur médecin généraliste. Nous sommes contents qu'ils le fassent, mais c'est néanmoins beaucoup de travail, de patience, et d'écoute là où les médecins sont fatigués", ajoute-t-elle. Elle souligne également l'impuissance des médecins confrontés à des parents épuisés par les quarantaines de leurs enfants. Depuis la rentrée scolaire, certains parents n'ont en effet pas passé plus de deux semaines sans enfant en quarantaine.Le docteur Orban reproche aux autorités l'absence d'un discours clair et cohérent. "On ne fait plus de la gestion de pandémie, on fait de la gestion politique de pandémie. Si les gens nous téléphonent autant, c'est parce qu'ils sont perdus par cette cacophonie gouvernementale. Ils ne savent plus quoi faire. Je me rends compte en discutant avec les patients, que les jeunes ne réalisent pas qu'on est dans une quatrième vague. La communication est déficitaire et ne tient pas compte de la vie des gens" dénonce-t-il.La communication n'est pas le seul problème : face à une quatrième vague prédite par les modèles mathématiques, le gouvernement aurait dû prendre des mesures beaucoup plus fortes. "A partir du moment où vous voyez la vague démarrer, il faut réagir. On le dit depuis le début. C'est la quatrième fois qu'on laisse la vague complètement exploser, avant de se dire 'tiens, qu'est-ce qu'on va faire'. Il y a un côté criminel à ne prendre aucune mesure pour éviter que tous les jours il y ait des morts. On sacrifie des gens pour une raison économique ou de disharmonie gouvernementale. Actuellement, nous ne sommes jamais arrivés à contrôler une vague. Jamais", s'indigne-t-il. "Grâce au vaccin, il y a beaucoup moins de gens à l'hôpital, mais si les chiffres sont difficiles aujourd'hui, ce n'est pas par manque de vaccins. C'est en majorité par un non-respect des mesures barrières. Nous sommes en pleine quatrième vague, et tout le monde peut faire la fête comme il veut, dans des endroits fermés", dénonce-t-il encore. Le médecin insiste sur l'importance de renforcer la première ligne. "Personnellement, j'ai toujours beaucoup d'empathie envers les patients qui sont perdus, qui posent des questions, qui veulent avoir un papier. Et oui, on travaille beaucoup. Ma demande ce n'est pas de diminuer la charge, mais d'augmenter l'aide pour que je puisse assumer cette charge. Un bon système de santé publique doit avoir une première ligne forte et une pandémie est un test grandeur nature. Nous avons besoin d'engager du personnel dans nos cabinets. Les autorités ont dépensé des millions d'euros en consultance, en des tas d'autres choses, mais il aurait fallu renforcer cette première ligne. Ce n'est pas extrêmement compliqué de remplir des certificats de quarantaine ou d'envoyer des codes."Un avis que partage le docteur Bonnelance : "Depuis longtemps, nous insistons pour avoir de l'aide sanitaire et administrative dans nos cabinets. Il aurait fallu mettre le paquet sur le tracing, aider les PSE (Services de Promotion de la Santé à l'école), et soutenir les directions d'école, et puis soutenir la première ligne. Les systèmes informatiques nous aident, mais ne fonctionnent pas pour plein de gens qui ne sont pas informatisés, et ne remplaceront jamais des personnes compétentes dans les cabinets. C'est d'une importance capitale, il faut se donner les moyens d'avoir une première ligne performante, et cela n'est pas entendu". Elle reconnaît toutefois que la vaccination a changé la donne par rapport aux premières vague. "Ici, ce n'est pas une épidémie d'hospitalisations. C'est vraiment une épidémie comme tout virus respiratoire, mais ça reste très lourd au niveau administratif. Les gens sont lassés et angoissés", conclut-elle.