Alerte maximale à Bruxelles : Ce que l'on sait

21/11/15 à 22:44 - Mise à jour à 23/11/15 à 01:52

Source: Afp

Bruxelles restera en état d'alerte lundi, avec des forces de l'ordre à la recherche de plusieurs suspects liés aux attentats de Paris ou à des projets similaires sur le sol belge. Les écoles et métros sont fermés et les forces de l'ordre massivement déployées. Le suspect-clé est toujours traqué, mais il y a plusieurs autres suspects.

Alerte maximale à Bruxelles : Ce que l'on sait

© Reuters

D'importantes opérations policières ont eu lieu en Belgique dimanche soir. Il y a eu 19 perquisitions à Bruxelles et 3 à Charleroi. Seize personnes ont été privées de liberté. Salah Abdeslam n'en fait pas partie. Ni armes, ni explosifs n'ont été découverts jusqu'à présent. Un suspect a été légèrement blessé lors d'une intervention à Molenbeek-Saint-Jean.

Un peu plus tôt, le Premier ministre Charles Michel avait annoncé que les écoles seraient fermées à Bruxelles lundi et que le métro ne circulerait pas dans la capitale. Le niveau de la menace reste inchangé malgré les perquisitions,soit au niveau 4 à Bruxelles et au niveau 3 dans le reste du pays, a confirmé le chef de gouvernement à l'issue d'un Conseil national de sécurité convoqué dimanche en fin d'après-midi. "Nous redoutons une attaque similaire à Paris dans l'ensemble du pays avec plusieurs individus qui lancent des offensives à plusieurs endroits en même temps", a déclaré le Premier ministre. "La menace est considérée comme sérieuse et imminente comme hier" M. Michel a annoncé que l'organe de coordination et d'analyse de la menace (OCAM) n'avait pas revu à la baisse le niveau d'alerte qui demeure à son maximum pour la Région bruxelloise, soit 4, et de 3 dans le reste du pays.

Par conséquent, le Premier ministre a annoncé que les écoles primaires seraient fermées dans la région bruxelloise lundi, une mesure également valable pour les crèches, l'enseignement supérieur et les universités dans la capitale.

Le métro ne sera pas remis en circulation lundi, et les mesures déjà annoncées samedi restent en place. Une nouvelle évaluation de la menace sera réalisée lundi après-midi, et le Conseil national de sécurité se réunira à nouveau ensuite. "Nous suivons la situation heure après heure. Tout est mis en oeuvre pour retrouver le cours d'une vie normale au plus vite", a insisté le Premier ministre lors d'une conférence de presse rassemblant les ministres de la Justice, de la Défense, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, et les autres Vice-premiers ministres.

>> Lire aussi : Menace terroriste à Bruxelles: le niveau reste à 4, écoles et métros fermés

Plusieurs opérations de police ont débuté en soirée à Bruxelles mais également à Dampremy (Charleroi), et à Liège peu de temps après la conférence de presse du Conseil national de Sécurité confirmant le maintien à 4 du niveau de la menace terroriste dans la capitale.

Il y a plusieurs suspects,M. Clerfayt évoque la présence de "deux terroristes" à Bruxelles

Le bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt, a prévenu dimanche de la présence de "deux terroristes" en Région bruxelloise, toujours placée en alerte maximale - niveau 4 -, ajoutant qu'ils pourraient être amenés à poser des actes très dangereux. "Il reste une menace grave, on l'a appris de la bouche du Premier ministre (Charles Michel, ndlr). Il y a deux terroristes sur le terrain de la Région bruxelloise qui pourraient être amenés à poser des actes très dangereux. Il faut veiller à anticiper, prévenir, surveiller et cela a des conséquences un peu dramatiques pour des gens qui comptaient s'amuser. Mais tant que cette menace est là, il faut être très attentif", a affirmé M. Clerfayt à la RTBF-radio.

L'alerte maximale, avec métros et magasins fermés et forces de l'ordre massivement déployées, a été lancée par crainte d'une réplique des attentats de Paris, dont un suspect-clé est toujours traqué. Mais il ne serait pas le seul. Il y a "plusieurs suspects, c'est pourquoi nous avons mis en place une telle concentration de moyens", a affirmé samedi soir le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, pour justifier la décision inédite de fermer toutes les stations de métro de la capitale, les commerces, les lieux culturels et d'annuler concerts et compétitions sportives.

"Cela n'a pas de sens de chercher à le cacher. Il y a une menace réelle, mais nous mettons tout en oeuvre jour et nuit afin de faire face", a-t-il souligné. La décision de mettre la région de Bruxelles à l'arrêt samedi avait été prise en raison d'un "risque d'attentat tel que déroulé à Paris", selon le Premier ministre Charles Michel, avec pour cibles "les rues commerçantes, les manifestations, les lieux animés et les transports". Dimanche matin, outre les métros à l'arrêt, les places de marchés étaient vides et les musées gardaient porte close. Une nouvelle évaluation de la situation doit être faite dans l'après-midi et sera suivie par un Conseil national de sécurité. Il s'agit de décider de rouvrir ou non les lignes de métro et de trancher sur le sort des écoles, des magasins, des lieux culturels avant lundi.

Face à une menace "imminente", le gouvernement belge avait relevé dans la nuit de vendredi à samedi son niveau d'alerte terroriste à 4 pour la région bruxelloise, l'aéroport de Bruxelles et la commune flamande de Vilvorde, d'où sont issus plusieurs jeunes qui se sont radicalisés. Cette décision a été prise en raison d'un "risque d'attentat tel que déroulé à Paris", a indiqué, l'air grave, le Premier ministre Charles Michel, avec pour cibles potentielles "les rues commerçantes, les manifestations, les lieux animés et les transports".

>> Lire aussi : "Les cibles potentielles sont les centres commerciaux, les rues commerçantes, les transports publics"

Mesure la plus spectaculaire: la fermeture de toutes les stations de métro. Les centres commerciaux, les complexes cinémas, la plupart des musées sont également restés porte close samedi. Les marchés, les compétitions sportives ont aussi été annulés, donnant à Bruxelles des allures de ville morte. Un concert de Johnny Hallyday a également été annulé samedi soir dans la capitale, où un important dispositif policier et militaire était déployé.

>>> Lire aussi : Bruxelles a des allures de ville fantôme

Et samedi soir, sur recommandation du bourgmestre de Bruxelles, la plupart des cafés et restaurants du centre-ville ont fermé leurs portes. Parallèlement, la traque de Salah Abdeslam, qui a joué au minimum un rôle de logisticien dans les attentats de Paris, s'est poursuivie samedi. Ce suspect, qualifié d'"ennemi public numéro un" par la presse belge, reste introuvable huit jours après les attentats de Paris qui ont fait 130 morts. Son frère Brahim s'était fait exploser dans un restaurant vendredi 13 novembre.

'Grosse veste' ou explosifs ?

Français vivant en Belgique, Salah Abdeslam est soupçonné d'avoir convoyé les kamikazes qui se sont fait exploser aux bords du Stade de France. Il aurait ensuite été exfiltré par deux hommes vers la Belgique. Il était "extrêmement énervé" et "peut-être prêt à se faire sauter", a déclaré sur la chaîne de télévision LCI Carine Couquelet, l'avocate d'un des hommes qui affirment l'avoir aidé à fuir vers la Belgique. Les trois passagers ont dans tous les cas "très peu parlé" durant le trajet. "Mais mon client a eu fort peur", a-t-elle ajouté. "Mon client ne parle pas d'armes, mon client parle d'une grosse veste" portée par Salah Abdeslam, cachant "peut-être (...) une ceinture d'explosifs ou quelque chose comme ça". Du côté de l'enquête, un suspect arrêté en Belgique a été inculpé vendredi pour terrorisme en lien avec les attentats de Paris.

Ce suspect, dont l'identité n'a pas été rendue publique, est le troisième à être inculpé en Belgique en lien avec ces attentats. Des armes ont été retrouvées à son domicile, mais pas d'explosifs, a indiqué samedi le parquet fédéral. La Turquie a annoncé samedi l'arrestation d'un homme de nationalité belge, d'origine marocaine, soupçonné d'avoir participé à des opérations de reconnaissance pour choisir les sites parisiens attaqués par les jihadistes. A Paris, les effets des attentats continuent à se faire ressentir.

Au cours du week-end, en France mais aussi en Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et Espagne, la Marseillaise doit retentir avant le lancement de plusieurs matchs de football. A Toulouse, 10.000 personnes selon la police, 16.000 selon les organisateurs, ont marché samedi "contre la barbarie et les amalgames". L'état d'urgence a été décrété dans tout la France au soir des attentats et il est prévu qu'il soit maintenu jusqu'à fin février. Un état d'urgence a également décrété pour dix jours au Mali après l'attentat vendredi à Bamako visant un hôtel prisé par la communauté internationale qui a fait au moins 21 morts.

Salah pas décédé à Saint-Denis

En une semaine, l'enquête menée en France sur les attentats a fortement progressé. Elle a accrédité l'hypothèse de la participation directe aux attaques du jihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud, tué mercredi par la police lors d'un assaut spectaculaire à Saint-Denis, au nord de Paris. Sa cousine Hasna Aitboulahcen, 26 ans, qui l'aurait aidé dans son entreprise, a aussi été tuée dans l'assaut. Un homme, qui n'a pas encore été identifié, s'est fait exploser dans l'appartement de Saint-Denis, mais une source policière a révélé samedi soir que son ADN n'est pas connu de la police française, ce qui semble exclure qu'il s'agit de Salah Abdeslam. Sept des huit interpellés mercredi au cours de cet assaut ont été relâchés samedi.

L'enquête française a aussi révélé qu'au moins deux des kamikazes du Stade de France ont suivi le chemin des migrants pour venir en Europe: tous deux ont été contrôlés le 3 octobre en Grèce. Sous l'impulsion française, l'Union européenne a décidé d'instaurer des contrôles systématiques à ses frontières extérieures, y compris pour les ressortissants des 28 Etats membres. Et la Commission européenne proposera d'ici la fin de l'année une révision des règles de Schengen. A New York, l'ONU a adopté une résolution proposée par la France qui donne toute latitude pour combattre le groupe Etat islamique. Le grand imam d'Al-Azhar, prestigieuse institution de l'islam sunnite basée en Egypte, a jugé "injuste" d'attribuer à l'islam les "crimes" commis par des groupes "terroristes".

Le cheikh Ahmed al-Tayeb également qualifié de "terrorisme" les incidents islamophobes survenus en Europe après les attentats de Paris.

Avion dérouté

Neuf jours après les attentats de Paris, la peur d'attentats terroristes reste extrêmement vive. Un avion de Turkish Airlines devant relier New York à Istanbul, avec 256 personnes à son bord, a été dérouté vers l'est du Canada en raison d'une alerte à la bombe.

Mardi deux vols Air France avaient déjà été déroutés après leur décollage des Etats-Unis à la suite de menaces anonymes évoquant la présence d'une bombe à bord. Aucun explosif n'avait été trouvé.

Dans ce climat, le président américain Barack Obama a tenu à assurer de sa présence à la grande conférence sur le climat à Paris (COP 21), appelant les dirigeants de tous les pays à faire de même pour montrer que le monde n'a pas peur des "terroristes". "En plus de pourchasser les terroristes, en plus de renseignements efficaces, en plus des frappes de missiles, en plus de tarir les sources de financement (....) l'outil le plus puissant dont nous disposons pour combattre" le groupe Etat islamique (EI) "est de dire que nous n'avons pas peur", a lancé le président Obama de Kuala Lampur.

La conférence mondiale sur le climat s'ouvre le 30 novembre au Bourget, au nord de Paris, et près de 140 chefs d'Etat et du gouvernement du monde entier sont attendus pour son lancement. Sur le plan diplomatique, le président François Hollande est en campagne pour convaincre les grandes puissances de participer au combat de la France pour "détruire" l'EI.

Il recevra lundi à l'Elysée le Premier ministre britannique, David Cameron, pour discuter de la lutte antiterroriste et de la Syrie, avant de s'entretenir avec Barack Obama mardi à Washington, Angela Merkel mercredi à Paris puis Vladimir Poutine jeudi à Moscou. Cette semaine, la France, traumatisée, va également rendre hommage à ses morts. Les premiers enterrements devraient avoir lieu lundi, avant un hommage national vendredi. Les hommages aux victimes des attentats se sont poursuivis ce week-end, notamment dans le milieu sportif en Europe. Une minute de silence a ainsi été observée samedi avant le clasico du Championnat d'Espagne entre le Real Madrid et le FC Barcelone.

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