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« Contre le covid, une infection protège mieux que le vaccin »: une étude mal interprétée

Noé Spies

« Les personnes qui ont contracté une infection au covid sont cinq à sept fois mieux protégées contre le variant delta que les personnes qui ont été complètement vaccinées avec Pfizer. » Ces conclusions d’une étude israélienne ont été mal interprétées par de nombreux médias, disent les auteurs. Voici une rectification des experts en fin d’article.

Alors que l’efficacité du vaccin actuel contre le covid est questionnée de part et d’autre dans le monde, une nouvelle étude israélienne vient de sortir des révélations édifiantes.

En substance, le vaccin fonctionne bien, mais une infection fonctionne encore mieux. Des scientifiques israéliens sont arrivés à cette conclusion frappante après avoir analysé les dossiers médicaux de plus d’un demi-million de citoyens.

La vaccination avec le vaccin Pfizer réduit considérablement le risque d’infection, de maladie et d’hospitalisation, montrent les chiffres de l’étude, relayés par De Morgen. Mais le rétablissement suite à une infection protège encore mieux. « L’immunité naturelle offre une protection plus durable et plus forte contre les infections, les maladies et les hospitalisations causées par le variant delta », constatent les scientifiques dans leur rapport.

La meilleure combinaison

Une combinaison claire précise définitivement être la meilleure protection contre le coronavirus. Il s’agit des personnes qui ont été infectées par le virus, puis qui ont reçu une dose du vaccin, selon les chiffres israéliens.

Avec une seule injection de Pfizer, après un rétablissement au covid, ces personnes sont environ deux fois mieux protégées que celles qui se reposent uniquement sur leur défenses naturelles suite à l’infection. Toujours selon l’étude, les personnes qui ne comptent que sur leurs défenses naturelles se sont retrouvées plus souvent à l’hôpital que les personnes qui avaient renforcé leurs défenses avec à une injection.

Mais la conclusion la plus frappante de l’étude est celle-ci. Ceux qui ont récemment été infectés sont treize fois mieux protégés contre le variant delta que ceux qui ont reçu le vaccin Pfizer à deux reprises. Et pour ceux qui ont eu le covid il y a plus longtemps, ils sont environ six fois mieux protégés qu’une personne vaccinée. Notons toutefois que les défenses naturelles diminuent également quelque peu avec le temps, selon les chiffres israéliens.

L’étude israélienne a réalisé plusieurs comparaisons qui vont dans ce sens. Par exemple, un groupe de 50.000 citoyens vaccinés a été comparé à 50.000 personnes non vaccinées qui se sont précédemment rétablies du covid. Parmi les vaccinés, 640 ont été réinfectés, contre 108 parmi les non vaccinés qui avaient déjà contracté le covid. Parmi les 100.000 personnes qui ont pris part à l’étude, une hospitalisation a été nécessaire pour 25 personnes : 21 étaient vaccinées et 4 non vaccinées mais avec des défenses naturelles.

Quid avec AstraZeneca?

La situation avec les autres vaccins reste floue. Selon les chiffres britanniques publiés la semaine dernière, le vaccin d’AstraZeneca protège à peu près aussi bien contre le variant delta après deux injections que suite à une infection, analyse De Morgen. Mais ce chiffre n’est pas totalement étanche : les chercheurs ont en effet du mal à trouver suffisamment de personnes âgées non vaccinées pour leur analyse.

La mise au point des experts

Non, cette étude israélienne ne montre pas que « les vaccinés ont moins d’anticorps » que les non-vaccinés

« Les vaccinés ont moins d’anticorps que les non-vaccinés« , affirment les auteurs de publications partagées plus de 5.000 fois sur les réseaux sociaux depuis le 29 juillet. C’est faux. Il s’agit de l’interprétation erronée d’une étude qui compare les taux d’anticorps entre plusieurs groupes de personnes, toutes vaccinées, ont précisé à l’AFP trois experts, parmi lesquels figure l’un des auteurs de l’étude.

Elle ne mentionne pas de comparaison entre personnes vaccinées et non-vaccinées, comme le suggèrent les publications que nous vérifions.

L’étude ne se penche pas sur les non-vaccinés.

Les données mises en avant proviennent d’une étude sur le taux d’anticorps chez les soignants vaccinés de l’hôpital israélien de Sheba, le plus grand centre de santé du pays. Elle a été publiée le 28 juillet dans la revue médicale New England Journal of Medicine.

« L’article ne portait que sur les personnes vaccinées, il ne contenait donc pas de données comparatives avec les personnes non-vaccinées, ce qui ne permet pas de conclure que les personnes vaccinées ont moins d’anticorps que les personnes non-vaccinées« , explique Marc Lipsitch, professeur d’épidémiologie et directeur du Centre pour la dynamique des maladies transmissibles à École de santé publique de Harvard, aux Etats-Unis, contacté par l’AFP le 6 août, et qui a cosigné l’étude.

Avancer que les vaccinés développent moins d’anticorps que les non-vaccinés est ainsi « une description très malheureuse et complètement incorrecte de nos résultats« , déplore-t-il.

« C’est une mauvaise interprétation et une fake news : l’article de recherches ne dit pas du tout que les vaccinés ont moins d’anticorps que les non-vaccinés« , confirme auprès de l’AFP le professeur Olivier Schwartz, directeur de l’unité virus et immunité de l’Institut Pasteur.

Egalement contactée, l’immunologue Claude-Agnès Reynaud, directrice de recherches au CNRS, abonde: « toute l’erreur vient du fait qu’on estime que le groupe de contrôle est composé de personnes non-vaccinées, ce qui n’est pas le cas, puisque toutes les données de l’étude concernent des personnes vaccinées« .

AFP Factuel.

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