D'importants feux de forêt ont ravagé les communes françaises de Cerbère et Banyuls-sur-Mer, dimanche 17 avril.

Vers une année record pour les feux de forêt en Europe ? « Il y a de sérieuses inquiétudes  »

Elise Legrand
Elise Legrand Journaliste

D’importants feux de forêt se sont déclarés dimanche dans les Pyrénées-Orientales. Un phénomène extrêmement précoce pour la saison, qui fait craindre de nouveaux records de surface brûlées pour l’été à venir. Si l’heure n’est pas à l’alarmisme en Belgique, les forêts pourraient elles aussi connaître de tels incendies d’ici dix ou vingt ans.

Plus de 930 hectares partis en fumée en moins de 24 heures. Le bilan des feux de forêt qui ont ravagé dimanche les communes de Cerbère et Banyuls-sur-Mer, dans le département français des Pyrénées-Orientales, fait craindre le pire pour la saison estivale. Cet incendie – à ce jour, le plus important en France en 2023 – risque malheureusement d’être le premier d’une longue série, au vu de la sécheresse historique qui s’abat sur l’Hexagone depuis plusieurs mois. « Nous allons connaître un été 2023 extrêmement difficile, sans doute au moins aussi difficile que l’été 2022 », a d’ailleurs mis en garde le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin, dépêché dans les régions sinistrées lundi matin.

« Des feux de forêt à la mi-avril, c’est assez précoce comme phénomène », confirme Pascal Mormal, de l’Institut Royal Météorologique (IRM) de Belgique. Pour le météorologue, ces incendies s’expliquent par les conditions extrêmes qui sévissent actuellement dans les Pyrénées orientales et, de manière générale, dans une grande partie de la France. « Le pourtour méditerranéen, notamment, a connu un hiver très sec, qui a succédé à un été 2022 qui était déjà exceptionnel au niveau des canicules et de la sécheresse, explique l’expert. Donc malheureusement, de grandes parties du pays n’ont pas eu l’occasion de faire le plein au niveau des nappes phréatiques durant cet hiver. Cela représente une source d’inquiétude réelle pour les prochaines semaines et les prochains mois. »

En 2022, l’Union européenne a enregistré un niveau record de surfaces brûlées par les feux de forêt, avec plus de 785.000 hectares ravagés entre le 1er janvier et le 19 novembre. Ce bilan historique pourra-t-il à nouveau être battu en 2023 ? Pour l’heure, la synthèse des modèles de prévision européens prévoit une anomalie de température d’environ un degré pour l’été à venir. « C’est assez important. Si l’on a un degré de température moyenne en plus, on aura de nouveau un été chaud, voire très chaud », s’inquiète Pascal Mormal, qui rappelle toutefois que les modèles saisonniers ne sont qu’une indication, « à prendre avec beaucoup de prudence ».

Les pluies orageuses, un cadeau empoisonné

Le seul élément qui pourrait venir tempérer ces inquiétudes réside dans le signal « relativement neutre » au niveau des précipitations. « Cela voudrait dire qu’on n’aurait pas nécessairement un été très sec, explique le météorologue. On pourrait observer assez régulièrement des phénomènes orageux. » Mais au contraire des pluies hivernales, les précipitations liées aux orages ne sont pas forcément bénéfiques pour les sols. « Le problème des orages, c’est que ce sont des phénomènes convectifs. Ils vont se développer assez rapidement, sur des espaces géographiques relativement limités, qui peuvent donner de très gros cumuls de précipitations mais qui ne sont pas répartis de manière équitable », précise Pascal Mormal. Et d’insister : « En plus, les pluies orageuses ne sont pas très profitables : elles vont juste rafraîchir les sols en surface, mais la plupart de ces pluies vont être évacuées par le ruissellement et vont souvent conduire à des inondations. Elles ne permettent pas de recharger les nappes phréatiques. »

Surtout, la France – tout comme la Belgique et une large partie de l’Europe – connaît une succession d’années très sèches depuis 2017. « Cela devient usant pour la nature et la végétation, car il n’y a plus vraiment ce répit que pouvait habituellement fournir la période hivernale, pointe Pascal Mormal. Il y a donc quand même des inquiétudes sérieuses à nourrir pour les prochains mois. »

Des feux de forêt en Belgique ?

Si les perspectives sont sombres pour la France, faut-il également s’inquiéter de potentiels incendies chez nous ? De véritables feux de forêt liés à des canicules estivales ont déjà été observés dans les Fagnes ou en Campine limbourgeoise et anversoise par le passé. « Ils sont notamment survenus en 1947 ou en 1976, rappelle Pascal Mormal. Mais ces phénomènes restent très marginaux. On observe plutôt des petits feux de forêt dans les Fagnes vers mars-avril, qui sont liés à la molinie, un type de plante particulièrement sèche à la sortie de l’hiver. »

« Je ne pense pas qu’on peut imaginer actuellement que la forêt ardennaise va s’embraser comme on peut le voir parfois en France. Mais par contre, dans les dix, vingt ou trente années à venir, ce risque va devenir de plus en plus réel dans nos régions« , conclut Pascal Mormal.

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