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Nos routes bientôt plongées dans le noir ? L’idée est sur la table du Codeco « énergie », mais…

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Le Codeco spécial énergie de ce mercredi doit trouver des solutions pour amortir le choc énergétique. L’une d’entre elles serait de couper l’éclairage des autoroutes belges. Car, en la matière, notre pays est champion du monde de pollution lumineuse. Une proposition qui risque de ne pas plaire à Engie…

Le Codeco spécial énergie pourrait s’attaquer à l’éclairage routier. Dans le domaine, la Belgique est une exception mondiale. Le Royaume reste l’un des rares pays à éclairer la majorité de ses autoroutes et nationales dans un objectif de sécurité. Notre pays compte pas moins de 22 millions de lampadaires. Une abondance lumineuse d’ailleurs clairement reconnaissable depuis l’espace, comme l’avait fait remarquer l’astronaute Thomas Pesquet en 2017.

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La piste évoquée au Codeco

Mais à l’heure où la crise énergétique fait rage, toutes les pistes sont envisagées pour réaliser des économies notables. L’une des pistes poursuivies serait donc d’éteindre ces éclairages, soit partiellement, soit totalement, écrit la Dernière Heure dans son édition de mardi.

Le quotidien précise : « C’est l’une des multiples idées que le gouvernement wallon envisage de défendre au prochain Comité de concertation. Cet objectif se couplerait au Plan Lumières 4.0, réalisé conjointement par la Sofico et LuWa. Lancé en 2019, ce plan a notamment pour mission de remplacer l’éclairage le long des 2.700 km du réseau (…) par des équipements modernes, intelligents et peu coûteux. Le nouveau système, qui fonctionne en temps réel, réduit la luminosité de façon localisée selon l’heure de la nuit. L’éclairage de certaines zones est ainsi diminué en fonction du trafic et du jour de la semaine. Au terme du projet, Luwa projette de parvenir à réaliser 76 % d’économies d’énergie. »

Conflits d’intérêts et gros sous

L’éclairage massif des autoroutes belges a toujours été un sujet sensible. Le premier but évoqué a toujours été d’améliorer la sécurité sur le réseau autoroutier. Mais, en 2017, le New York Times s’était posé la question de savoir pourquoi la Belgique était-elle championne du monde de pollution lumineuse. Et le quotidien américain y avait découvert une histoire de gros sous.

A l’époque, le journal avait recueilli le témoignage de Peter Reekmans, bourgmestre de la commune de Glabbeek, dans le Brabant flamand. L’homme y expliquait que l’éclairage public profitait directementaux fournisseurs et distributeurs d’énergie, ainsi qu’à l’Etat belge. Les bénéfices réalisés par les différents distributeurs d’énergie sont redistribués sous forme de jetons de présence aux administrateurs communaux, lesquels détiennent des parts dans lesdites sociétés, révélait Peter Reekmans. Un système « avec conflits d’intérêts intégrés » qui « rend la profession de politicien en Belgique très lucrative », dénonçait le bourgmestre au NY Times.

Eric De Keuleneer, professeur à l’ULB et expert du marché de l’électricité en Belgique, corroborait ce témoignage: « De nombreuses personnes travaillant pour des sociétés de distribution, et même pour les régulateurs belges de l’énergie, travaillaient auparavant pour Electrabel, et vice versa« , disait-il au New York Times.

Engie a donc tout intérêt à ce que nos routes restent allumées, analysait le quotidien, qui citait des chiffres de la Banque nationale. Ces derniers sont édifiants : 20% des bénéfices réalisés par Engie ces dix dernières années proviennent de sa filiale belge. Le géant français est pourtant présent dans pas moins de 70 pays…

Des conflits d’intérêts qui sont toujours -du moins en partie- d’actualité. La proposition d’éteindre l’ensemble des éclairages autoroutiers belges, qui sera étudiée par le Codeco mercredi, pourrait donc se frotter à une certaine résistance. D’autant plus qu’Engie, dont le monopole en Belgique n’est plus à prouver, ne verra certainement pas une telle proposition d’un bon œil.

Montrer l’exemple

Afin de « montrer l’exemple », le gouvernement wallon envisage également de travailler sur l’éclairage de ses propres bâtiments, avance la DH. « Les lumières du palais de l’Élysette seront éteintes la nuit. » Un geste évidemment symbolique.

« Au niveau fédéral, il est prévu de supprimer tous les éclairages “non-LED” des administrations car les LED sont plus efficaces et durables sur le plan énergétique », ajoute la Dernière Heure. « Sur tous les bâtiments le permettant, des panneaux solaires photovoltaïques seront installés. Certains SPF prévoient également d’analyser le taux d’occupation des bâtiments qui diminue à cause du télétravail pour pouvoir utiliser de manière plus efficiente le chauffage ou la climatisation, mais aussi l’éclairage. »

Par ailleurs, le cabinet de la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten avait listé, avant l’été, une série de petits gestes qui, accomplis par onze millions de personnes, pourraient faire une différence notable. Ces recommandations reviendront sérieusement dans les discussions du Codeco.

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