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La peste porcine africaine progresse en Europe, la Belgique pas à l’abri

Stagiaire Le Vif

La peste porcine africaine compte de plus en plus de foyers à travers l’Europe. La Belgique, qui avait éradiqué le virus en 2020, se montre prévoyante. Annick Linden, responsable du département des maladies infectieuses et parasitaires à l’université de Liège, fait le point sur les risques actuels.

La peste porcine africaine va-t-elle faire son retour en Belgique ? Depuis le début de l’année, 285 foyers de peste porcine africaine (PPA) sont apparus dans des élevages européens, avec près de 71.000 cas comptabilisés par l’OMSA au 1er septembre. De nombreux pays européens sont concernés. Parmi eux, des pays d’Europe centrale et de l’Est comme la Pologne, la Roumanie ou l’Ukraine. L’Allemagne et l’Italie ont aussi enregistré des contaminations. La Belgique, la France et les Pays-Bas sont pour le moment épargnés.

« Le nombre de cas et de zones nouvellement affectées augmente malgré les efforts, et les pays ont de grandes difficultés à contrôler et à éliminer la maladie », constate Gregorio Torres, chef du département scientifique de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), interrogé par l’AFP.

La peste porcine africaine est une maladie mortelle virale qui touche les porcs. La mort survient entre 4 et 13 jours après l’infection. Un élevage touché par le virus est généralement décimé en peu de temps, et les autorités vétérinaires doivent veiller à une mise en quarantaine et à un abattage stricts des animaux.

L’activité humaine comme risque de transmission

« Si on compare à la situation actuelle à celle de 2018, il y a davantage de cas de peste porcine africaine qui ont été répertoriés, explique Annick Linden, responsable du département des maladies infectieuses et parasitaires à l’Université de Liège. Cela ne s’est donc pas calmé. On peut penser que le risque d’infection est accru par rapport à il y a 4 ans, on est pas à l’abri d’une introduction accidentelle. La France est à l’affut, car des cas ont été détectés à proximité de la frontière allemande. En Belgique, ce n’est pas tant le voisinage qui est à risque, aucun cas n’ayant été répertoriés près de nos frontières, mais la transmission par l’activité humaine. »

La peste porcine africaine est inoffensive pour l’homme. Notre organisme ne possède pas les récepteurs nécessaires pour que le virus s’y développe. La viande infectée par le virus peut même être mangée sans aucun risque pour la santé. Toutefois, l’homme peut être un véhicule passif de transmission. Le virus, extrêmement résistant, peut être en contact avec des bottes, des vêtements, du matériel de chasse ou encore se retrouver sur l’emballage d’un sandwich. Il peut également survivre des années dans de la viande congelée. Ces différentes surfaces peuvent dès lors propager le virus si elles sont au contact d’un porc.

En 2018, l’activité humaine était déjà la cause de pénétration de la peste porcine africaine en Belgique. Notre pays était parvenue, après 27 mois, à avoir éradiqué le virus. C’est le seul pays avec la République tchèque à y être parvenu.

Les leçons de la première crise

En 2020, la bonne coordination entre les régions et les experts universitaires avait permis de traiter suffisamment tôt le virus pour éviter qu’il ne se propage à travers toute la région wallonne. C’est sur base de la gestion de la première crise qu’une stratégie est mise en place.

Le premier aspect pour lutter contre à la peste porcine africaine, c’est la surveillance dans les forêts : « On demande aux chasseurs et aux différents cantonnements d’être attentifs aux sangliers retrouvés morts dans les bois, détaille Annick Linden. On envoie directement des vétérinaires sur place pour évacuer les cadavres et effectuer des prélèvements à analyser. Jusqu’à présent, toutes les analyses qui ont été faites dernièrement sont négatives. Il existe aussi un numéro vert pour les promeneurs qui tomberaient sur des cadavres : le 17 18. »

Le second aspect, c’est la communication. L’AFSCA et la Région wallonne cherchent à conscientiser la population et les voyageurs, notamment via des brochures sur les bons réflexes à avoir pour éviter que le virus se propage. « Les routiers sont notamment concernés, explique Annick Linden. Ceux-ci traversent parfois des pays d’Europe centrale ou de l’Est touchés par le virus. Ils doivent par exemple être attentifs à ne pas égarer des déchets alimentaires avec du porc dans la nature, qui pourraient attirer des sangliers . »

Toujours pas de vaccin à l’heure actuelle

La solution a l’épidémie pourrait passer par un vaccin, et de nombreux laboratoires y travaillent. Début juin, des chercheurs américains ont mis au point un vaccin en collaboration avec le Vietnam. Le pays asiatique a lancé en juin la campagne de vaccination, mais celle-ci a dû être stoppée suite aux décès de porcs après l’injection. Il n’y a donc actuellement aucun vaccin en application.

En attendant, de nombreuses mesures de bio-sécurité précises doivent être suivies par les éleveurs à travers l’Europe. Ces mesures sont aujourd’hui moins respectées en Ukraine, où la guerre et des mouvements de population ont lieu, ce qui contribue notamment à la diffusion du virus en Europe de l’Est.

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