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La nature, elle aussi violée et torturée par l’invasion russe

Mailys Chavagne

Pollution des sols et des eaux, fumées toxiques, déchets militaires, forêts détruites… Le coût environnemental de la guerre en Ukraine se paye au prix fort.

Des toxines laissées par les obus aux produits chimiques lessivés dans les eaux souterraines… Des forêts détruites par les bombardements et incendies à la nature piétinée par les chars. Des particules fines libérées par la destruction de sites industriels aux sols minés pour les prochaines années… L’invasion russe n’est pas seulement une catastrophe sur le plan humain, mais s’avère également être un véritable écocide. La guerre en Ukraine aura des effets néfastes durables sur l’environnement.

Après six mois de conflit, les répercussions environnementales de la guerre sont déjà lourdes. Outre les conséquences directes – dont la destruction de la nature par les bombardements -, les conséquences indirectes sont certainement les plus néfastes pour la nature et la biodiversité. Et si certains de ces risques ont déjà été mis en évidence par la situation de crise à la centrale nucléaire de Zaporijia, l’ampleur des dégâts est vaste.

Le coût environnemental indirect de la guerre

Menace nucléaire

S’il y a bien une menace qui suscite le plus de craintes, c’est bien la menace nucléaire. Et l’Ukraine est particulièrement « bien » équipée en la matière: le pays possède non seulement la plus grande centrale d’Europe, mais elle comporte également pas moins de 15 réacteurs sur son territoire. En cas de catastrophe nucléaire, c’est à la fois la santé publique et l’environnement qui en pâtiraient le plus. Les rejets radioactifs libérés dans l’air à la suite d’une explosion contamineraient les fleuves, les océans, les nappes phréatiques et l’air.

Pollution industrielle

L’utilisation d’armes explosives lourdes et de frappes aériennes sur les villes et sites industriels augmente également le risque de pollution et de catastrophe écologique. Le Donbass étant l’un des territoires les plus industrialisés et les plus pollués d’Europe – la région abriterait près de la moitié des installations de stockage de résidus d’Ukraine -, le risque n’en est que plus grand. D’autant que la région fut l’épicentre du conflit, il y a plusieurs semaines. Libération de particules fines dans l’air, toxines déversées dans les eaux et rivières, exposition à des métaux lourds… Les attaques répétées sur les industries pourraient être responsables de la disparition d’écosystèmes, de sols fertiles et de moyens de subsistance.

REUTERS/Sofiia Gatilova

Déchets militaires

Les obus, les chars et autres matériels militaires sont également nocifs tant pour la santé que l’environnement. Des chercheurs ont récupéré des échantillons dans des cratères créés par des obus et y ont relevé des traces de toxines. Nombre de ces obus atterrissent et explosent dans des champs, causant la destruction des productions agricoles et affectant ainsi la chaîne alimentaire. Ces toxines peuvent également infiltrer les sols, contaminer les eaux des rivières et empoisonner la faune locale. Les carcasses parfois encore fumantes des véhicules militaires sont également une source importante de pollution. Selon l’ONG Ukrainian Nature Conservation Group (UNCG), « la capacité des réservoirs des chars russes peut aller de 500 à 1.600 litres ». Or, certains contiennent du plomb, des composés organiques volatils et des métaux lourds. Des éléments toxiques dont les effets ne sont plus à prouver: ils sont biopersistants, perturbent les écosystèmes, détériorent les sols, les eaux de surface, les forêts et les cultures et s’accumulent dans la chaîne alimentaire.

Une transition écologique bouleversée

Autre conséquence qui fait les gros titres de l’actualité: les problèmes d’approvisionnement en énergie. La crise économique actuelle se transforme en une véritable crise environnementale puisqu’elle ralentit la transition énergétique et écologique. De nombreux pays sont en effet dépendants des importations du gaz russe. Or, les sanctions imposées à la Russie ont impacté les approvisionnements de certains États européens, qui ont annoncé n’avoir eu d’autres choix que de se tourner vers les centrales à charbon pour faire face à leurs pertes. C’est notamment le cas du gouvernement allemand qui annonçait en juin dernier qu’il allait davantage utiliser ses centrales à charbon pour produire de l’électricité. Pour rappel, une centrale à charbon émet environ 1kg équivalent de CO2 par kilowattheure produit, contre 6 grammes pour une centrale nucléaire et une dizaine de grammes pour une éolienne.

Et la liste des dangers ne s’arrête pas là… On pensera notamment à la mise en arrêt forcée d’usines de traitement des eaux usées, ou de gestion des produits sensibles ou encore au risque posé par les mines antipersonnelles qui, lorsqu’elles explosent, dégagent des substances chimiques qui contaminent les sols, les champs et les eaux alentours. L’état du Donbass, une région en guerre depuis déjà plusieurs années, donne une idée de l’impact que pourrait avoir l’invasion russe sur tout le territoire ukrainien. L’après-guerre ne sera sans doute pas qu’une question de reconstruction économique mais également écologique. Un défi qui prendra sans doute du temps…

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