Anne-Sophie Bailly

NewB ou quand le capital sympathie ne suffit pas

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

NewB perd sa licence bancaire, rembourse ses clients. L’histoire de ce projet de banque coopérative,  c’est une histoire de regrets. De lenteur. C’est aussi celle d’une confusion entre capital sympathie et business plan.

«Il est trop tôt pour faire une analyse post mortem de NewB», déclarait récemment Thierry Smets, le CEO de la banque coopérative. En réalité, NewB est toujours en vie mais elle a perdu sa licence bancaire, prépare un plan de licenciement collectif et invite ses clients à clôturer leurs comptes. Il n’est donc certainement pas trop tôt pour se demander pourquoi ce projet, lancé dans la foulée de la crise financière de 2008 et qui voulait donner naissance à un acteur bancaire durable et éthique, n’a pas gagné son pari.

Bien sûr, le contexte des taux d’intérêt a sensiblement modifié la donne. Mais pour le management de la banque, la faute serait à chercher du côté du manque de soutien des pouvoirs publics et des «jeux politiques». Le refus des Régions wallonne et bruxelloise de lui apporter des capitaux frais lors de sa dernière levée de fonds avait en effet anéanti l’ultime espoir de NewB de boucler le plan de financement exigé par la BNB. Argument évoqué: pourquoi des gouvernements régionaux devraient-ils soutenir périodiquement une banque avec de l’argent public? De fait, c’était déjà la participation financière des Régions qui avait permis de boucler in extremis le premier tour de table.

L’histoire de NewB, c’est ça. Un contexte compliqué et des erreurs avérées. C’est aussi des regrets.

«Nous avons certainement commis des erreurs», reconnaît Thierry Smets. Exact. Parmi celles-ci: avoir surestimé le capital sympathie pour le projet et l’implication des coopérateurs. En apportant leur contribution financière, ces fans de la première heure estimaient avoir fait leur part du boulot, alors que le business plan tablait sur cette communauté pour qu’elle devienne sa vitrine, ses porte-parole, ses premiers clients. Ce décalage s’est traduit par une lenteur létale pour l’exécution du projet. Plus de dix ans après son inauguration, NewB n’offrait toujours ni crédit vert, son cœur de cible, ni prêt hypothécaire, la première source de fidélisation d’un client bancaire. La carte de paiement n’est arrivée que très tardivement. Quant aux services différenciant ou technologiques, ils ne sont pas arrivés du tout.

L’histoire de NewB, c’est ça. Un contexte compliqué et des erreurs avérées.

C’est aussi des regrets. Celui qu’un acteur alternatif dans le monde bancaire belge n’ait pu émerger. Qu’un projet coopératif n’ait pu trouver la voie de la rentabilité. Que des initiatives socialement engagées soient si difficiles à pérenniser.

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