Carte blanche

Carte blanche

Acheter du gaz et du pétrole au Qatar plutôt qu’à la Russie? Quelle erreur historique! (carte blanche)

Pour Grégoire de Pierpont, CEO Enerdeal, la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine doit servir d’accélérateur de changement. Pour (enfin) se passer de gaz et de prétrole et se tourner vers le renouvelable. « Ce n’est pas impossible ».

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est compliqué et anxiogène. Nous sommes touchés à la fois humainement, mais aussi économiquement, par ce qu’il se passe un peu partout dans le monde.

Il y a la guerre en Ukraine, la crise économique, l’inflation, la crise sanitaire, mais aussi la crise environnementale.

Les prévisions en ce sens ne sont pas réjouissantes. Le dernier rapport du GIEC est clair. On devrait atteindre les +1.5°C en 2030, soit dix ans plus tôt que la dernière estimation qui datait de 2018. Actuellement, la planète atteint les +1.1°C. Une catastrophe.

La crise doit être un accélérateur de changements

Pourtant, je veux croire que ce que nous vivons peut aussi être l’occasion de faire les choses autrement. La période du Covid a été une première occasion manquée. Souvenons-nous, nous parlions d’un monde d’avant et d’un monde d’après, où l’homme allait prendre conscience du monde qui l’entoure. Et finalement, le monde d’après et le monde d’avant sont restés les mêmes. Très peu de leçons ont été tirées de ces deux années de crise.

La guerre en Ukraine et ses conséquences, doivent nous faire comprendre que les moments de crise peuvent être des accélérateurs de changements. Un des plus grands enjeux actuels concerne la transition environnementale. Et il y a urgence.

Changer le modèle

Aujourd’hui, l’Europe essaye d’acheter ailleurs ce qu’elle achète à la Russie. Elle se tourne vers la Qatar, les USA et la Norvège. Quelle erreur historique. S’il est évident qu’il faut rapidement trouver une solution alternative à notre dépendance russe, celle-ci doit être temporaire et transitionnelle. Ce n’est en effet pas le fournisseur qu’il faut changer, mais le modèle !

Il faut en finir avec les énergies fossiles, car l’utilisation excessive qu’on en fait est en train d’anéantir notre planète

Nous devons, au niveau européen, mais aussi au niveau belge et des régions, avoir un plan ambitieux de transition où le solaire et l’éolien sont au cœur des solutions énergétiques. Cela doit être une priorité absolue. Il faut en finir avec les énergies fossiles, car l’utilisation excessive qu’on en fait est en train d’anéantir notre planète. L’Inde et le Pakistan souffrent de chaleurs historiques (jusque 50-55°) qui dépassent le seuil limite de survie de l’être humain. Et il ne s’agit pas d’un épiphénomène. Non, cette partie du monde qui abrite 1.5 milliards d’habitants pourrait, selon la NASA, devenir inhabitable pour l’homme en 2050. Qui peut prévoir le déséquilibre mondial qui résulterait de la migration d’un milliard de personnes ?

Des solutions

Et pourtant les solutions existent pour réduire drastiquement nos émissions de carbone.  Ce qui manque, c’est la volonté de les déployer rapidement et à grande échelle.  Les investissements nécessaires sont importants, mais apparaissent dérisoires par rapport à la perspective de laisser un monde inhabitable à nos enfants.

Ces solutions reposent essentiellement sur l’énergie solaire et sur l’énergie éolienne, toutes deux renouvelables, locales et disponibles en abondance.  Un déploiement massif de ces énergies combiné à l’électrification des consommateurs (voitures électriques, pompes à chaleur,..) permettra de remplacer la plus grande partie de nos consommations de carburants fossiles.

L’autre avantage majeur de cette transition est que, contrairement à une centrale au gaz ou une centrale nucléaire, l’énergie produite par une centrale solaire ou éolienne devient quasiment gratuite une fois l’investissement initial amorti !  L’avantage environnemental se combine ainsi à un avantage économique à long terme.     

Concrètement

Pour imager l’impact de ce remplacement, la consommation annuelle totale d’électricité en Belgique (84 TWh/an) pourrait être entièrement produite par une centrale solaire occupant un carré de 25 km de côté.  Considérable, mais pas irréaliste, pour peu que cette surface soit répartie sur un grand nombre d’emplacements plus petits (toitures d’entreprises, parkings, centrales au sol,..).

Un autre exemple, la totalité du parc automobile de voitures de société en Belgique (650.000 voitures parcourant chacune 30.000 km/an), une fois remplacé par des voitures électriques, pourrait être entièrement alimenté par une centrale solaire de 5 km de côté. 

Les centrales solaires et éoliennes devront être associées à des capacités de grandes tailles de stockage court terme (batteries) et long terme (hydrogène), pour palier le caractère intermittent de la production.  Le changement est important, mais les solutions techniques pour réaliser ce changement sont disponibles aujourd’hui. 

Prêts pour le changement ?

Un grand nombre d’acteurs financiers et industriels sont prêts à prendre leurs responsabilités et à investir massivement dans ces technologies, dès que le cadre légal et réglementaire le permettra.

Cette transition permettra par ailleurs de créer un grand nombre d’emplois qualifiés et contribuera au développement d’une nouvelle économie locale.

Les ressources techniques et financières sont disponibles pour accélérer cette transition et éviter que dans 20 ans, nos enfants nous reprochent de ne pas avoir eu le courage de prendre les actions nécessaires tant qu’il était encore temps de le faire.    

Mobilisons-nous, prenons les décisions que nous pouvons prendre à notre niveau et exigeons de nos décideurs que les actions nécessaires soient prises pour préparer notre avenir !

Grégoire de Pierpont, CEO Enerdeal

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