Pages de rock

De la mini-collection historique Poésies et chansons chez Seghers au luxueux glamour de David Bowie photographié par Mick Rock, la tendance de l’hiver est à l’archivage

Le concert rock se porte bien, tout comme l’ouvrage du même genre. Première preuve via la lilliputienne série Poésies et chansons (éd. Seghers) qui revient avec deux ouvrages respectivement consacrés à M et aux Têtes Raides. Le principe traditionnel de ce petit format (16 cm sur 13) scrute prose et poésie des artistes, tout en fournissant une bio-repère agrémentée de quelques photos. Les (nombreux) fans de M étudieront donc la mécanique de l’auteur de Je dis aime et la plastique des vers dévergondés façon  » J’ai les méninges nomades/J’ai le miroir maussade/Tantôt mobile/ Tantôt tranquille/Je moissonne sans bousculade « . Les amateurs des Têtes Raides ont droit au libretto de paroles surréalistes et à une bio un rien plus épaisse du groupe ripailleur qui  » sème sa poésie au vent de sa route maraudeuse « .

Changement de météo avec une Histoire du rock signée Jacques Barsamian et François Jouffa (Tallandier) : elle met en boîte 4 000 artistes, groupes, maisons de disques, producteurs… Contrairement aux dicos habituels, la chronologie n’est pas alphabétique mais thématique, ce qui rend la lecture plus fluide mais moins pratique si l’on éprouve soudainement l’impérieux besoin de savoir pourquoi  » Jim Morrison a quelque chose d’un James Dean des sixties  » ( sic). Plus fun : Rock’n’roll. La discothèque rock idéale présentée par Philippe Man£uvre (Albin Michel). L’ouvrage, qui ressemble à un épais cahier en couleurs, propose les  » 101 disques qui ont changé le monde « , tout au moins ceux d’obédience rock. Chaque album bénéficie d’une double page partagée entre la reproduction de la pochette et une analyse bien dans le style concassé de l’auteur : trois tonnes de grammaire make-up, une fine ligne de khôl analytique, et un mascara de superlatifs. Au rendez-vous : tous les albums historiques, d’Elvis Presley aux Libertines. Choix indéniablement subjectif qui survole vulgairement les années 1950 et honore trop obligeamment les cohortes metal. En dépit de ces critiques somme toute mineures, cette discothèque idéale selon Man£uvre constitue effectivement un bon point de départ dans la vie rock.

Flammarion honore deux artistes noirs emblémati-ques : Jimi Hendrix et Nina Simone. Le premier est déjà l’objet de quantité d’analyses et il n’est pas sûr que l’ouvrage de Sharon Lawrence nuance les multiples récits de sa brève et flamboyante vie. A ceci près que le style de chronique à la première personne donne l’illusion d’être – pendant 348 pages – proche de Jimi. Le volume que consacre David Brun-Lambert à Nina Simone tente d’être à la hauteur du bandeau qui barre le livre d’un très people :  » Le destin tragique d’une artiste hors du commun « . Amours brisées, cadavres dans les placards, addictions, colère, paranoïa, ségrégation, le menu de Nina est gratiné, tout comme celui de Billie Holiday que Véronique Chalmet détaille sur 200 pages (Payot). Ce dernier est davantage un survol de destin qu’une monographie intégrale à l’anglo-saxonne. Dans la catégorie illustrée, cette rentrée 2005-2006 couvre aussi Madonna et David Bowie. Sous couverture carrément matelassée, le livre d’Anne Bleuzen présente des photographies de Madonna réalisées par Helmut Newton, Wayne Maser et Peter Lindbergh (K & B Editeurs). Chic, bruit et volupté : les chroniques imagées de la  » working girl  » montrent son impressionnant parcours où caméléonisme, marketing et provoc sexuelle forment un infernal trio, tapageur et hautement vendable. On se montre plus impressionné par Moonage Daydream. La vie et l’époque de Ziggy Stardust (Flammarion), qui capte l’aventure de Bowie période Ziggy sous l’£il du photographe Mick Rock. Ce récit grand format des années 1972-1973 est légendé par Bowie en personne, grand débusqueur de talents, reconnaissant à Mick Rock la capacité de saisir dix-huit mois de course effrénée vers le succès mondial. Bowie en Ziggy, noir et blanc ou couleur, maigre, androgyne, théâtral, mondain, maquillé (par Pierre Laroche) ou dans un naturel spectaculairement peu glamour : Mick photographie ici subtilement une page. Du rock, évidemment. Fortement recommandé aux bowiephiles.

Ph.C.

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