Ursula von der Leyen. © belga image

«La tactique du Kremlin échouera une nouvelle fois»

Le Vif

La Commission européenne avance une stratégie de réduction de 15% de la demande en gaz d’ici à mars 2023. «Notre plan de préparation met la solidarité et l’unité au cœur de notre réponse à cette crise», oppose la présidente de la Commission européenne à la volonté russe de diviser les Vingt-Sept.

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté, le 20 juillet, le plan Save Gas for a Safe Winter visant à réduire de 15% la demande en gaz d’ici à mars 2023 pour préparer les Vingt-Sept aux fluctuations de l’approvisionnement en gaz russe. Au terme des travaux de maintenance du gazoduc Nord Stream 1, le 21 juillet, le transit du gaz venant de Russie a repris son niveau d’avant entretien, soit 40% de sa capacité, avant d’être réduit à 20% de celle-ci le 27 juillet. Le doute demeure donc sur la fiabilité des livraisons sur la durée. L’Union européenne cherche par ailleurs à se délier de sa dépendance au gaz russe en diversifiant ses sources d’approvisionnement. La présidente Ursula von der Leyen a répondu, par écrit, à nos questions sur la stratégie de la Commission européenne envers la Russie en matière d’énergie.

Les Etats membres pourraient mettre en place des systèmes de mise aux enchères ou d’appels d’offres pour encourager l’industrie à réduire sa consommation d’énergie.

Quels devraient être, dans votre esprit, les principaux contributeurs à l’objectif de diminution de 15% de la demande de consommation de gaz inscrit dans le plan Save Gas for a Safe Winter? Les gouvernements, par leur action contraignante dans les bâtiments publics, ou les particuliers, par leur bonne volonté à réduire leur consommation?

Chaque Etat membre décidera de la manière de réaliser cette réduction. Les autorités publiques devraient montrer l’exemple en économisant l’énergie dans les bâtiments publics. Bien sûr, les entreprises seront mises à contribution. Ce sont traditionnellement d’importantes consommatrices d’énergie, les économies doivent donc commencer par là. En priorité, en privilégiant l’abandon du gaz au profit d’autres combustibles et d’autres énergies renouvelables. Quant aux particuliers, ils savent très bien ce qu’il faut faire pour économiser le gaz. Je me félicite vivement de l’accord trouvé par les Etats membres le 26 juillet pour atteindre nos objectifs en matière de consommation de gaz et ainsi assurer notre approvisionnement pour cet hiver. Il s’agit d’une étape décisive pour faire face à la menace d’une rupture totale de l’approvisionnement en gaz russe. Une fois encore, l’Europe s’unit pour faire face à un défi majeur. Nous avons mis à disposition des Etats membres des lignes directrices pour parvenir à l’objectif de 15% dans le domaine industriel tout en veillant au bon fonctionnement de la société et des chaînes de valeur. Par exemple, les Etats membres pourraient mettre en place des systèmes de mise aux enchères ou d’appels d’offres pour encourager l’industrie à réduire sa consommation d’énergie. Dans le même paquet de mesures, nous avons assoupli les règles en matière d’aides d’Etat pour soutenir le déploiement des énergies renouvelables et les projets de décarbonation dans l’industrie. Tout ceci a bien sûr été préparé en étroite coopération et consultation avec les acteurs industriels.

Quand le mécanisme fixant des objectifs contraignants de réduction de la demande sera-t-il activé, uniquement en cas de «risque substantiel de grave pénurie ou demande exceptionnellement élevée» ou également dans l’hypothèse où un Etat membre ne remplirait pas une feuille de route satisfaisante?

Aucun des pays européens n’est et ne sera à blâmer pour la crise énergétique que nous traversons. Le seul coupable, c’est la Russie, qui orchestre tout ceci dans l’espoir de nous diviser. C’est une vieille tactique du Kremlin. Une tactique qui a échoué auparavant, et qui échouera une nouvelle fois. Car notre plan de préparation met la solidarité et l’unité européenne au cœur de notre réponse à cette crise. Notre objectif de réduction de 15% a été calculé avec soin. S’il est atteint par tous les Etats membres, la Commission n’aura pas besoin d’activer ce mécanisme contraignant. C’est tout ce que je souhaite. D’ici à la fin du mois de septembre, les Etats membres sont tenus de mettre à jour leurs plans d’urgence nationaux existants en y incluant les mesures prévues pour réduire la demande et atteindre cet objectif de 15%. Comme je le disais, la Commission a fourni des lignes directrices pour aider les pays à y parvenir sans entraver le bon fonctionnement de la société et de l’économie. Nous sommes évidemment prêts à fournir toute l’assistance technique nécessaire.

Le calendrier de réduction de la demande de 15%, fixé à mars 2023, n’est-il pas trop tardif? Devrez-vous l’accélérer si la Russie réduit l’approvisionnement attendu par le gazoduc Nord Stream 1?

Bien entendu, il s’agit de réduire la consommation non pas en mars 2023 uniquement, mais à partir du 1er août. Les Etats devront soumettre un plan décrivant comment ils comptent réduire la consommation de 15% sur toute la période allant d’août 2022 jusqu’à mars 2023 et ce, dès septembre. Ensuite, ils communiqueront tous les deux mois sur les mesures adoptées et sur les progrès. Cet objectif de 15% nous permettrait de passer l’hiver en toute sécurité, même en cas de rupture totale de l’approvisionnement en gaz russe. Nous espérons que cela ne se produira pas mais nous devons y être préparés, et nous devons commencer ce travail de préparation dès maintenant. Parce que de l’énergie économisée en été, c’est de l’énergie gagnée pour l’hiver.

Ursula von der Leyen assure que l’accord énergétique avec l’Azerbaïdjan ne détourne pas l’Union européenne de sa préoccupation pour les droits humains.
Ursula von der Leyen assure que l’accord énergétique avec l’Azerbaïdjan ne détourne pas l’Union européenne de sa préoccupation pour les droits humains. © belga image

Vous n’excluez pas le recours temporaire au charbon, au pétrole et au nucléaire pour palier le défaut d’approvisionnement en gaz. L’enjeu environnemental sera-t-il le grand perdant des mesures suggérées par la Commission européenne?

Il est clair qu’en matière de remplacement des combustibles, priorité devra être donnée au passage à des énergies renouvelables. Le recours au charbon, s’il est nécessaire, doit être une solution temporaire et la plus limitée possible. D’ailleurs, nous disons clairement que nous restons attachés à la réalisation des objectifs climatiques que l’UE s’est fixés. Une chose est certaine: loin de nous éloigner de nos objectifs climatiques ancrés dans le Pacte vert pour l’Europe, cette crise de l’énergie nous motive à accélérer la cadence. D’abord, en nous détachant du gaz russe, nous nous débarrassons d’une grande part de dépendance à l’égard des énergies fossiles. Nous investissons comme jamais dans les énergies renouvelables avec notre plan REPowerEU de trois cents milliards d’euros. La Belgique devrait notamment recevoir plus de six cents millions d’euros pour les nouvelles technologies énergétiques. Cela inclut cent millions d’euros pour la construction d’une nouvelle zone pour l’énergie éolienne en mer et près de cent millions d’euros également pour la construction d’un réseau de transport de l’hydrogène de 150 kilomètres. Vous le voyez: nous avons mis le cap sur la neutralité climatique en 2050. Nous maintenons ce cap.

Tous les pays européens doivent comprendre qu’une perturbation dans un Etat membre, quel qu’il soit, aurait des conséquences néfastes sur l’ensemble de notre économie.

L’ Azerbaïdjan, que vous considérez comme un «partenaire essentiel pour la sécurité d’approvisionnement» de l’Union européenne, ne se distingue pas beaucoup de la Russie en matière de respect des droits humains et de pluralisme politique. La diversification des sources d’approvisionnement énergétiques de l’Union européenne doit-elle se faire à n’importe quel prix?

L’Azerbaïdjan est un partenaire énergétique important pour l’Union européenne et notre coopération s’intensifie. Notre nouveau protocole d’accord sur l’énergie vise non seulement à doubler les livraisons de gaz du pays vers l’Europe, mais jette également les bases d’un partenariat à long terme sur l’efficacité énergétique et les énergies propres. Nous négocions, en parallèle, un nouvel accord global de coopération et de partenariat, qui met au cœur de notre relation le dialogue politique sur le respect des droits de l’homme et de l’Etat de droit et qui restera au cœur de nos relations, comme convenu conjointement dans les priorités du partenariat. Cet accord soutiendra également les efforts déployés par l’ Azerbaïdjan pour diversifier son économie, instaurer un climat sain pour les entreprises et les investissements étrangers. Comme je l’ai dit lors de ma visite à Bakou, pour exploiter pleinement le potentiel de l’ Azerbaïdjan, il est important de créer les conditions propices à la confiance des investisseurs. Cela implique une plus grande participation de la société civile et des médias libres et indépendants.

Un mécanisme de solidarité des pays les moins dépendants au gaz russe envers les pays fortement dépendants au gaz russe pourrait-il – ou devrait-il – être, à terme, mis en place?

Soyons clairs: l’UE dispose déjà d’un système qui prévoit la solidarité dans le domaine énergétique quand un Etat membre se trouve dans l’impossibilité de fournir du gaz à ses consommateurs protégés, par exemple les ménages et les hôpitaux. Cela n’est pas lié à l’origine du gaz car, au bout du compte, toutes les molécules de gaz se valent pour les consommateurs. Ce que tous les pays européens doivent bien comprendre, c’est qu’une perturbation dans un Etat membre, quel qu’il soit, aurait des conséquences néfastes sur l’ensemble de notre économie. Nos économies sont toutes interconnectées à travers le marché unique, qui est notre atout le plus précieux en temps de crise. C’est pourquoi la solidarité envers les pays européens plus exposés au gaz russe bénéficie, à la fin, à toute notre Union.

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