Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, s’affiche désormais comme un possible rival de Donald Trump dans la course à l’investiture républicaine en 2024. © getty images

Assaut du Capitole : Trump pâlit, ses rivaux républicains surgissent

Maxence Dozin
Maxence Dozin Journaliste. Correspondant du Vif aux Etats-Unis.

D’après le comité d’enquête parlementaire sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, l’ex-président «a sapé les fondements de la démocratie américaine». Des accusations qui pourraient encourager les vocations de certains républicains pour 2024.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Dans des allocutions publiques diffusées à la télévision les 9 et 13 juin, le comité d’enquête sur les événements ayant mené à l’invasion du Capitole par des partisans de Donald Trump, composé de sept démocrates et de deux républicains modérés, a commencé à faire la lumière sur la manière dont l’ex-président, avec l’aide d’un petit cercle de conseillers ayant pris fait et cause pour lui, a diligenté une opération méthodique veillant à faire croire à ses partisans que l’élection perdue face à son challenger démocrate, Joe Biden, avait été «volée».

Les événements du 6 janvier 2021, qui ont culminé par l’invasion du Capitole, ont été, estime le comité, «la conséquence d’une opération de communication diligentée par l’ancien président et visant à faire croire que l’élection avait été truquée». «Donald Trump s’est placé au centre de cette conspiration et, au final, en qualité de président des Etats-Unis, a enhardi une foule d’ennemis de la Constitution pour mettre à sac le Capitole et sapé les fondements de la démocratie américaine», a déclaré le député démocrate Bennie Thompson, président du comité.

Une défaite jamais digérée

Au soir du 4 novembre 2020, le lendemain de l’élection présidentielle, Donald Trump s’était présenté à ses supporters en leur assurant que «la victoire lui revenait». Mais il ne présentait aucun élément probant étayant cette revendication. S’en étaient suivies de longues semaines de procédures judiciaires et d’accusations farfelues visant des délégués aux élections locales et autres figures politiques de tous bords. Cette pression avait connu son paroxysme dans un appel téléphonique au secrétaire d’Etat de Géorgie, Brad Raffensperger, lui intimant l’ordre de «trouver les votes manquants» à sa victoire dans cet Etat traditionnellement conservateur remporté de justesse par Joe Biden.

Les membres du comité, organe jugé par une large partie des mandataires républicains comme «illégitime», ont interviewé près de mille personnalités, dont une grande partie de membres du cercle rapproché de l’ancien président. L’ancien ministre de la Justice, William Barr, nommé par Trump, a fourni de loin le témoignage le plus édifiant. Il a rappelé combien les revendications de fraudes de ce dernier, exprimées sitôt la défaite palpable, avaient été jugées par ses soins «ridicules et sans fondement». Il a même estimé que l’attitude de l’ancien président était symptomatique de la posture psychologique d’un personnage «se distanciant de la réalité». Ivanka Trump, la fille du président, avait elle-même estimé que les revendications de son père étaient «illégitimes».

Argent récolté à quelles fins?

D’autres scandales ont été mis au jour par le comité, notamment la façon dont l’entourage du président a monté de toutes pièces une organisation visant à récolter de l’argent auprès de ses supporters pour soi-disant «protéger l’intégrité du processus électoral». Près de 250 millions de dollars ont été récoltés. L’utilisation de cet argent a été marquée par une grande opacité. On a néanmoins appris à quoi ils avaient en partie servi: le jour de l’assaut sur le Capitole, une rémunération de 60 000 dollars a été versée à l’épouse du fils aîné de Donald Trump pour une allocution de trois minutes devant les partisans du président. Donald Trump a réagi avec acrimonie à ces différentes déclarations. Il a publié, après la séance du 13 juin, un communiqué de douze pages, dans lequel il exprime son dédain envers le Parti démocrate et son ancien ministre de la Justice, qualifié de «traître».

Une majorité des électeurs républicains sont encore fascinés par la figure de Donald Trump.

Le département de la Justice a annoncé suivre le déroulement des audiences du comité «de très près». Il n’est pas exclu que l’ex-président doive répondre prochainement de ses actes et que lui soit signifiée une interdiction de se représenter à l’élection présidentielle de 2024.

Des successeurs potentiels

Donald Trump pourrait donc ne plus apparaître en position de leader incontestable de son parti. Au-delà des dommages occasionnés par les révélations du comité d’enquête sur les événements du 6 janvier 2021, qui risquent d’égratigner sa crédibilité au sein de l’opinion publique, il semble avoir perdu de son influence. En témoignent les dernières élections sénatoriales et pour les postes de gouverneur internes au parti dans différents Etats. En Géorgie, l’ancien président a pesé de tout son poids pour que le gouverneur Brian Kemp et le secrétaire d’Etat Brad Raffensperger soient mis hors circuit. Les deux hommes avaient contesté ses accusations de fraude électorale lors de la présidentielle. Ils ont pourtant été facilement réélus, démontrant que l’influence de Trump va en s’affaiblissant.

Ce désaveu ne passe pas inaperçu chez certains républicains qui visent une investiture présidentielle pour 2024. C’est notamment le cas de Ron DeSantis, un ancien protégé de Trump, actuel gouverneur de l’Etat de Floride. Ce dernier se positionne de plus en plus ouvertement comme possible candidat, notamment en durcissant son discours à destination d’un électorat républicain de plus en plus réactionnaire idéologiquement, notamment sur les questions d’identité sexuelle. Elles ont fait l’objet de lois motivées par DeSantis.

Il n’est d’ailleurs pas le seul à commencer à se positionner pour l’échéance de 2024. La gouverneure du Dakota du Sud, Kristi Noem, est aussi pressentie. Elle, en revanche, reste une fidèle de Trump. Elle a désormais deux ans pour prendre ses distances avec l’ancien président, mais à pas de loup, tant une majorité des électeurs républicains sont encore fascinés par la figure du prédécesseur de Joe Biden.

Partner Content