Visite royale au Congo: le roi chez le prix Nobel

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Après Kinshasa et le Katanga, Philippe et Mathilde se rendent près de Bukavu, au Sud-Kivu, où les reçoit le docteur Mukwege, dans son hôpital de Panzi.

BELGA PHOTO POOL BENOIT DOPPAGNE

L’itinérance royale au Congo se poursuit. Point commun entre les trois étapes de la visite de Philippe et Mathilde en RDC : elles sont toutes frontalières. Kinshasa n’est séparé du Congo Brazzaville que par le fleuve Congo. Lubumbashi et le village de Katanga, près de Likasi, visités ces deux derniers jours par les souverains, sont très proches de la frontière zambienne. Et Bukavu, la grande ville de la rive sud du lac Kivu, a sa périphérie Est collée à la frontière rwandaise.

Les souverains à Panzi

(Photo by Guerchom Ndebo / AFP)

Philippe et Mathilde rendent visite, ce 12 juin, au docteur Denis Mukwege, l’« homme qui répare les femmes ». Victime de plusieurs tentatives de meurtre, le gynécologue, militant des droits de l’homme, pasteur pentecôtiste, prix Nobel de la paix, vit sous surveillance dans son hôpital de Panzi, au sud de la ville de Bukavu, à deux pas de la rivière Rusizi qui sépare la RDC du Rwanda.

« L’hôpital général de référence de Panzi et la Fondation Panzi ont retrouvé le rythme habituel de fréquentations après la période morose marquée par la pandémie de Covid-19, explique Daniel Mukasa, le chargé de communication de l’institution. Les partenaires humanitaires, les acteurs politiques et les bailleurs de fonds multiplient des visites de l’hôpital et de la fondation pour encourager le travail du prix Nobel et de toute son équipe. »

(Photo by Guerchom Ndebo / AFP)

Le viol, arme de guerre

L’hôpital est connu pour son expertise dans le traitement des blessures dues aux violences sexuelles. C’est là qu’a été développé « le modèle Panzi », traitement holistique des survivantes de violences sexuelles à travers quatre piliers : le médical, le psycho-social, la réinsertion socio-économique et le juridique.

Temps fort de cette visite royale – le discours de la reine Mathilde devant des femmes, victimes de violences sexuelles.

Entre septembre 1999 et mars 2022, l’hôpital de Panzi a pris en charge plus de 70 000 survivantes de violences sexuelles et plus de 50 000 patientes avec des pathologies gynécologiques. Entre 5 et 7 victimes de violences sexuelles sont reçues quotidiennement à l’hôpital, qui propose aussi toutes les disciplines médicales générales et spécialisées. Le concept de « viol comme arme de guerre » a été repris par le Dr Mukwege dans ses discours.

Le phénomène s’amplifie

Le phénomène des violences sexuelles, qui s’est généralisé dans toute la RDC depuis la première guerre du Congo (1996), persiste et s’amplifie dans l’Est du pays. Ce drame a essentiellement pour cause la présence de groupes armés dans la région depuis de nombreuses années. Autre facteur explicatif de cette violence : la lutte pour le contrôle des terres et des minéraux, les tensions économiques et les conflits entre les différentes ethnies de la région.

La persistance du viol est aussi liée à de fausses idées, tel le mythe selon lequel le fait d’avoir des relations sexuelles avec des filles prépubères donne de la force aux combattants ou porte chance dans les affaires.

Pathologies et troupes psychologiques

La longue histoire de la violence a conduit à une culture de désensibilisation, au manque de respect des normes internationales des droits de l’homme et à une éducation inadéquate. Ces violences sexuelles sont commises aussi bien sur des enfants que sur des personnes plus âgées, hommes ou femmes, par des hommes armés – militaires ou rebelles -, mais également par des civils. Les survivantes souffrent de pathologies et de troubles psychologiques. A ces traumatises s’ajoute souvent le rejet de mineures enceintes par la famille et la communauté, ce qui entraine une réinsertion compliquée.

Au Sud-Kivu, où la situation sécuritaire reste précaire, les violences sexuelles sont devenues une pratique répandue. Elles bénéficient d’un environnement d’impunité, qui a produit un effet de contamination dans la population civile. Les auteurs sont conscients qu’ils ne seront jamais inquiétés par la justice, ce qui perpétue le cycle.

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