Le président turc Recep Tayyip Erdogan ravive la menace kurde en Syrie pour soigner ses intérêts. © BELGA IMAGE

Syrie: le champ de bataille est rallumé

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le désengagement russe attise les ambitions de la Turquie. Et l’entrisme de l’Iran accroît la stratégie préventive d’Israël.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Quelque peu mobilisée par l’«opération militaire spéciale» engagée en Ukraine, l’armée russe a retiré cinq mille de ses hommes du théâtre de confrontation en Syrie où elle est déployée depuis septembre 2015 en soutien du régime du président Bachar al-Assad et en opposition aux groupes rebelles et islamistes actifs depuis la révolte populaire de 2011. Des acteurs régionaux veulent profiter de ce désengagement pour pousser leurs pions ou renforcer leurs intérêts. Cette évolution ne servira pas ceux de la population syrienne.

Le 26 mai, le Conseil de sécurité turc a avalisé les plans d’une offensive militaire qui, si elle était couronnée de succès, conduirait l’armée turque à étendre la «zone de sécurité» qu’elle cherche à établir sur trente kilomètres de profondeur dans le nord de la Syrie pour «débarrasser nos frontières sud de la menace terroriste». La Turquie contrôle déjà la portion ouest de ce territoire depuis l’enclave d’Idlib jusqu’à la région d’Afrin. L’ extension vers l’est de cette zone impliquerait la conquête, sur quelque 450 kilomètres, des villes de Kobané, Tal Abyad, Ras al-Aïn, Qamichli et Norouz, près de la frontière avec l’Irak.

L’hydre terroriste pour les Turcs dans cette région est représenté par les Unités de protection du peuple (YPG), bras armé du Parti de l’union démocratique (PYG), la principale formation kurde de Syrie alliée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), sa version turque en conflit avec Ankara depuis ses sanctuaires en Irak. Déloger les YPG contribuerait à doper tant que faire se peut la popularité du président Recep Tayyip Erdogan dans la perspective de l’élection présidentielle de juin 2023, en ravivant le sentiment nationaliste de la population et en forçant le retour dans leur pays d’un million de Syriens. L’ exemple ukrainien devrait pourtant rappeler au président turc qu’une supériorité militaire en matière de moyens ne garantit pas une victoire aisée.

Ankara veut étendre la «zone de sécurité» dans le nord de la Syrie pour «débarrasser nos frontières sud de la menace terroriste».

Médiateurs intéressés

Le redéploiement de l’armée russe en Europe attiserait aussi les visées de l’Iran en Syrie. Alliée de longue date du régime alaouite, elle chercherait à renforcer ses positions en même temps que celles de son partenaire libanais du Hezbollah, autre soutien de Damas. Et ce, d’autant plus que Moscou ne serait plus en capacité de tempérer les ardeurs des uns et des autres.

Par conséquent, Israël, toujours prompt à contenir une menace réelle ou en devenir, a multiplié les frappes contre des bases supposées des forces iraniennes, des combattants du mouvement chiite libanais et de l’armée syrienne. Le 14 avril (pas de victimes), le 27 avril (dix morts), le 13 mai (cinq soldats tués), le 20 mai (trois militaires abattus) et le 6 juin (pas de victimes), Tsahal aurait mené plusieurs opérations au sud de Damas, dans des quartiers proches de l’aéroport. En l’ occurrence, elles ne détonnent pas avec le quotidien des relations entre les deux pays – des centaines ont été enregistrées depuis 2011 – mais elles pourraient tout de même aussi servir le gouvernement de Naftali Bennett, en difficulté sur le plan intérieur. Aspirants médiateurs auprès de la Russie dans le conflit en Ukraine, Turquie et Israël n’hésitent donc pas à exploiter sa faiblesse en Syrie.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content