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« L’État islamique n’est pas aussi vaincu qu’on le pense »

Le président américain Joe Biden vient d’annoncer que l’armée américaine a « éliminé du champ du bataille » le dirigeant du groupe Etat islamique (EI) Abu Ibrahim al-Hashimi al-Qurayshi. Mais la récente attaque brutale contre une prison en Syrie montre que l’État islamique n’est pas aussi mort qu’on le pensait.

Alors que tous les regards sont tournés vers les manoeuvres diplomatiques et militaires à la frontière entre la Russie et l’Ukraine, un vieux conflit au Moyen-Orient refait surface. L’État islamique (EI), presque oublié, a effectué un raid dans une prison du nord-est de la Syrie où sont détenus des milliers d’anciens combattants. Parmi eux se trouvent de nombreux combattants étrangers, des musulmans radicaux venus du monde entier pour combattre pour le califat établi dans la région frontalière de la Syrie et de l’Irak. Les Forces démocratiques syriennes, qui se composent principalement de milices kurdes, ont eu besoin de près d’une semaine pour reprendre la prison et repousser l’attaque. Elles ont même eu besoin de l’aide d’hélicoptères d’attaque et d’avions de chasse américains.

Il s’agit de l’affrontement le plus grave entre la coalition qui combat l’EI et les combattants islamistes depuis l’effondrement du califat il y a trois ans. Mais ce n’était certainement pas le premier. Des escarmouches ont été signalées régulièrement au cours des derniers mois et, une fois de plus, des combattants ont attaqué des cibles en Irak en même temps que la prison. L’attaque n’était donc pas totalement inattendue. L’ampleur de l’opération montre que l’EI n’est pas aussi vaincu qu’on le pensait. Les experts américains du contre-terrorisme supposent même qu’une nouvelle génération de combattants s’est formée. Cette génération sera tout aussi brutale que les précédentes.

Les organisations non gouvernementales mettent en garde depuis des années contre le fait que les prisons et les camps de détention pour les femmes et les enfants des combattants de l’EI sont des foyers d’islamisme radical. La prison attaquée abrite non seulement des combattants étrangers, mais aussi des centaines d’enfants. Lorsqu’ils ont douze ans, ils sont transférés du camp de détention de leur mère vers une prison. Là, ils sont souvent des proies faciles pour la propagande de l’EI. Les Kurdes veulent que les étrangers, et surtout les enfants, soient ramenés chez eux pour être éventuellement jugés. De nombreux pays européens y sont réticents et se soucient peu des problèmes humanitaires et de sécurité.

Le réveil de l’État islamique rend la situation dans le nord-est de la Syrie encore plus fragile politiquement et militairement qu’elle ne l’était déjà. Les Kurdes, qui contrôlent la région en tant que région semi-autonome, ne doivent pas seulement tenir l’EI à distance. La Turquie a horreur des Kurdes armés à sa frontière et à terme le président syrien Bachar el-Assad souhaite reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire. Les relations des Kurdes avec le gouvernement irakien de Bagdad sont également tendues, c’est le moins que l’on puisse dire. Le retrait progressif de l’Amérique du Moyen-Orient provoque des troubles supplémentaires. Les pays et les régimes sont à la recherche de nouvelles alliances. Les pays arabes renforcent leurs liens avec Damas et Assad, par exemple. Avec autant d’incertitude, une organisation telle que l’EI obtient de nouvelles opportunités.

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