Vladimir Poutine. © belga

Poutine et l’Occident: de la curiosité au cataclysme

Le Vif

Les relations entre les Occidentaux et Vladimir Poutine sont passées, au fil des presque 20 années de pouvoir du dirigeant russe, par une palette de sentiment, de la fascination à la méfiance, avec quelques touches de coopération, avant d’atteindre un point de rupture.

L’attaque lancée contre l’Ukraine a provoqué une fracture franche entre la Russie et les Occidentaux (Etats-Unis et Union européenne) qui ne semble pas pouvoir être réduite tant que Vladimir Poutine sera aux manettes à Moscou, d’autant que ce dernier peut se tourner vers Pékin.

Lorsqu’il succède à Boris Eltsine fin 1999, Vladimir Poutine est relativement inconnu des Occidentaux.

« J’ai regardé l’homme dans les yeux. Je l’ai trouvé direct et digne de confiance », déclarait en juin 2001, George W. Bush à l’issue d’une rencontre.

« Pour le moment du moins, j’avais son soutien, ou en tout cas ce qui s’en approchait le plus », écrit dans ses mémoires Barack Obama en racontant sa première rencontre en 2009 avec le dirigeant russe, alors Premier ministre.

Il est resté une énigme dans les capitales occidentales, mais malgré les crises successives provoquées par la guerre avec la Georgie en 2008 et l’annexion de la Crimée en 2014, la coopération a toujours été maintenue, voire plus, étant donné que la Russie sous Poutine a longtemps été membre du G8 et que le président russe a même suggéré en 2000 à Bill Clinton que la Russie pourrait intégrer l’Otan.

Emmanuel Macron fait partie des dirigeants occidentaux qui ont le plus essayé de nouer des relations avec Vladimir Poutine, voulant établir un « dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps » entre l’UE et Moscou, qui serait aussi dans l’intérêt de Moscou pour éviter de devenir vassal de la Chine.

Jusqu’à la semaine dernière, le président français multipliait les tentatives diplomatiques pour tenter d’éviter l’invasion.

Monde « unipolaire »

En annonçant l’intervention russe le 24 février, Vladimir Poutine a égrené une litanie de reproches envers l’Occident pour se justifier, l’accusant notamment de trahison à propos de l’extension de l’Otan vers l’Est.

Dans un important discours prononcé à la conférence de Munich sur la sécurité en février 2007, il avait dénoncé le rôle des Etats-Unis dans le monde post-guerre froide qu’il accuse de vouloir créer un monde « unipolaire ». « Cela signifie un centre de pouvoir, un centre de décision agissant comme un maître unique, un souverain unique », les Etats-Unis, pays qui « sort de ses frontières nationales dans tous les domaines. C’est très dangereux ».

Mais aujourd’hui, pour Emmanuel Macron, c’est Vladimir Poutine qui a porté « l’atteinte la plus grave à la paix, à la stabilité dans notre Europe ».

Angela Merkel, qui a été la dirigeante occidentale la plus expérimentée dans la relation avec Poutine du fait de ses 16 années de pouvoir juge que l’attaque russe « marque une profonde rupture dans l’histoire de l’Europe après la fin de la Guerre froide ».

Après les sanctions décidées par l’Union européenne et annoncées par les Etats-Unis, qui visent directement Vladimir Poutine, désormais interdit d’entrer sur les territoires européen et américain, « nous sommes proches de là où commence le point de non-retour », a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe.

Pour l’instant, le président russe peut trouver des espaces dans sa relation avec la Chine, qui reste prudente dans son soutien à Moscou.

« Isolée de l’Ouest, la Russie n’a d’autre choix que de devenir un partenaire junior de la Chine », estime Charles Grant, directeur du Centre for European Reform, ajoutant que si Pékin ne critique pas Moscou, la Chine apprécie « la stabilité et l’intégrité territoriale ».

Dmitry Trenin, directeur du centre Carnegie de Moscou anticipe « la fin d’une ère post-soviétique pour la Russie », qui va « de plus en plus se reposer sur la Chine ».

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