La pratique sportive est devenue un signe de volontarisme politique. © getty images

La beauté comme arme politique

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

François Hourmant, professeur des universités en science politique, situe l’émergence de ce « nouvel ordre corporel » au tournant des années 2000.

« La question de la beauté en politique reste un objet refoulé politiquement et marginalisé scientifiquement », avance François Hourmant, professeur des universités en science politique, à propos d’un thème qui pourrait paraître futile, surtout en ces temps troublés, mais qui ne l’est pas. La démonstration est faite avec son livre Pouvoir et beauté (1). « Individualisée, [la beauté] est devenue une ressource de plus en plus décisive dans le cadre d’une médiatisation et d’une professionnalisation de la politique », énonce-t-il.

L’auteur situe l’émergence de ce « nouvel ordre corporel » au tournant des années 2000. Des travaux de chercheurs anglo-saxons ont abouti au constat que « plus les acteurs politiques sont détenteurs d’une excellence esthétique, plus ils sont crédités de qualités comme l’intelligence, la compétence, l’équilibre psychologique ». Le bénéfice serait donc double, immédiat et superficiel par l’effet de la séduction, durable et plus profond du fait de l’intelligence présumée, associée à la beauté.

La recherche de cet atout se décline sur plusieurs plans: la taille et la sveltesse (le « glas du gras »), le vêtement (place à la sobriété depuis l’affaire des costumes payés à François Fillon), la coiffure (dont l’entretien connote la maîtrise des codes sociaux, l’intégration, la soumission à une forme d’ordre social, rien de moins), l’image émotionnelle (même un président comme Barack Obama peut pleurer en public)… En France, selon François Hourmant, « le Prince des temps démocratiques doit exhiber idéalement un corps qui, pour être sans qualités trop spécifiques, n’en est pas moins esthétisé ».

Le résultat de la présidentielle française confirmera-t-il cette analyse?

(1) Pouvoir et beauté. Le tabou du physique en politique, par François Hourmant, PUF, 310 p.

La beauté comme arme politique

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