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Marine Le Pen concrète, Emmanuel Macron expérimenté: duel équilibré lors du débat télévisé

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La candidate du Rassemblement national a évité en grande partie l’écueil de l’incompétence de 2017. Mais le président sortant l’a mise en difficulté sur sa « dépendance à la Russie ». Un débat utile qui révèle que le vote de dimanche sera un choix entre deux projets de société très différents.

La prestation de Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle était la plus attendue mercredi soir. Sa déconfiture lors de celui de 2017 était encore dans toutes les mémoires. Et une performance du même style l’aurait définitivement écartée de la course à l’Elysée, d’autant plus que l’évolution des résultats des sondages depuis le premier tour de l’élection indique une progression de l’écart entre les deux candidats à l’avantage d’Emmanuel Macron.

Marine Le Pen a réussi son débat en apparaissant globalement plus en maîtrise des thèmes abordés, plus compétente, et donc plus présidentiable qu’il y a cinq ans. A-t-elle pour autant engrangé des avantages décisifs lors de ces deux heures trente d’échanges de bonne tenue et relativement apaisés, jusqu’à plaisanter sur le poids du temps depuis 2017 ? Rien n’est moins sûr. Emmanuel Macron a confirmé qu’il est un très bon débatteur. Et cinq ans à la tête de la France a indéniablement conforté sa compétence dans tous les domaines, une expérience unique avec laquelle pouvait difficilement rivaliser Marine Le Pen. Le principal danger qui guettait le président sortant était d’apparaître arrogant. Il a réussi à éviter en grande partie cet écueil, donnant à l’occasion raison à sa rivale, même si certaines de ses attitudes, condescendantes, ont confirmé cette tendance chez lui.

Si Marine Le Pen était indéniablement mieux préparée à cette confrontation qu’en 2017, elle a malgré tout peiné à dominer son adversaire. Même sur son thème fétiche du pouvoir d’achat, elle a été mise en difficulté devant ses contradictions (avoir voté contre le bouclier qui bloque les prix de l’énergie) ou les incohérences de son programme (tabler sur une augmentation de 10 % des salaires du privé, soumise à la bonne volonté des employeurs). Dans le domaine où la candidate du Rassemblement national était la plus exposée, la guerre en Ukraine et ses conséquences, Marine Le Pen a été logiquement renvoyée à ses accointances passées avec Vladimir Poutine, via le prêt qu’elle a contractée auprès d’une banque liée au pouvoir russe. « Vous parlez à votre banquier quand vous parlez de la Russie, c’est ça le problème », a pris plaisir à asséner Emmanuel Macron pour signifier sa dépendance au maître du Kremlin.

La question de la laïcité a donné lieu à un autre moment de tensions. Contrairement à ce qu’avaient pu laisser penser ses derniers propos de la campagne de l’entre-deux-tours, Marine Le Pen a confirmé qu’elle ferait adopter une loi interdisant le voile dans l’espace public. Ce serait « une trahison de l’esprit français et de la République », a opposé son adversaire, en demandant à la candidate d’extrême droite si elle réclamerait à Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat tué par Mohamed Merah en 2013 à Toulouse, d’enlever son voile.

Face à un président sortant qui a, à plusieurs reprises, dit assumer son bilan, qui a confirmé son aisance à traiter des sujets les plus techniques et qui a tenté avec un certain succès de mettre en évidence les failles, notamment en terme de financement, du projet de sa rivale, Marine Le Pen a dressé un tableau très sombre du quinquennat et a mis en avant des propositions concrètes dans beaucoup de domaines, qui auront pu paraître plus accessibles à un certain électorat. Elle a ainsi affirmé vouloir instaurer le référendum d’initiative citoyenne, cher aux gilets jaunes. Elle a appelé à la restauration de la souveraineté du peuple. Mais, à plusieurs égards, son programme institutionnel menace la Constitution qui affirme ce principe. Emmanuel Macron, qui n’est pas sorti perdant de ce débat, a donc eu raison de conclure que le vote de dimanche consistera à décider « pour ou contre l’Union européenne, pour ou contre une ambition écologique, pour ou contre la laïcité, pour ou contre ce que nous sommes ». Bref, ce qui fait que la France est ce qu’elle est et qu’on l’aime.

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