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1, 2, 3, succès: portrait de Hwang Dong-hyuk, le créateur de Squid Game

Nicolas Bogaerts Journaliste

Squid Game, la série Netflix qui a pris le monde par surprise, est l’oeuvre de ce cinéaste coréen de 50 ans à la personnalité discrète, en passe de devenir le « showrunner » le plus convoité de la planète.

Des personnes sur-endettées, déclassées, tentent de desserrer l’étau de leur condition en participant à un grand jeu aux règles simples: pour palper 45,6 milliards de wons (33,8 millions d’euros), il leur faut survivre à une succession de jeux enfantins, dont une version terrifiante de « 1, 2, 3, soleil », arbitrée par une poupée géante et tueuse. Car oui, dans Squid Game (« Le Jeu du poulpe »), toute élimination est sanctionnée par une mort violente. Lancés le 17 septembre sur Netflix, les neuf épisodes au suspense cuisant imaginés par Hwang Dong-hyuk totalisent plus de 111 millions de vues après seulement un mois de diffusion!

Je voulais écrire une allégorie ou une fable sur la société capitaliste moderne, quelque chose qui décrive une compétition extrême, semblable à la lutte pour la vie. Mais je voulais des personnages qui ressemblent à ceux qu’on croise tous les jours.u0022

Sur la su0026#xE9;rie, dans Variety, septembre 2021.

La première mouture de la série date pourtant de 2009. Hwang, après des études de cinéma aux Etats-Unis, avait déjà réalisé un long métrage en 2007: My Father. Ces années sont des années de galère (difficultés financières, dépendance à l’alcool). Malgré tout, il parvient à accoucher de trois films entre 2011 et 2017: Silenced, Miss Grany et The Fortress. Tous sont des succès en Corée du Sud, mais ils laissent transparaître les tourments du réalisateur qui traîne toujours dans ses tiroirs ce fichu scénario de série refusé par toutes les télés. Il faudra attendre 2019 pour qu’il atterrisse chez Netflix, dans un contexte qui réunit alors, enfin, toutes les conditions du succès.

C’est un jeu auquel nous jouions beaucoup, enfants, à l’école, dans les rues du quartier. […] L’ironie, qui attire le public, c’est de voir ces êtres désespérés risquer leur vie pour gagner à un jeu de gamins.u0022

Sur Squid Game, dans Korea Times, octobre 2021.

Dans les années 2010, la création sud-coréenne devient un nouveau « soft power ». Vue de l’extérieur, la « Hallyu », la vague culturelle venue du pays du matin calme, déferle sur le monde en 2012 avec l’irruption du tube aux quatre milliards de clics, Gangnam Style, de Psy. En 2019, le film Parasite de Bong Joon-ho remporte la Palme d’or à Cannes. En musique, la K-Pop (« Korean Pop ») devient un genre ultra-populaire chez les plus jeunes tout comme les « webtoons » en BD. Les séries telles que Crash Landing on You ou Mouse séduisent le regard occidental. Pour Hwang, cette success story a sa part de mirage: « La société sud-coréenne est très compétitive et stressante. Nous sommes cinquante millions de personnes vivant dans une espace réduit. Coupés du reste du continent par la Corée du Nord, nous avons développé une mentalité insulaire, soulignait-il, en septembre, dans le magazine américain Variety. Ce stress généralisé nous force à toujours anticiper la prochaine crise. »

La plupart des séries et films suivent un seul héros qui relève des défis pour s’imposer en vainqueur d’épreuves difficiles. Mais cette série, c’est l’histoire d’un groupe de losers. Il n’y a pas de vainqueur. Pas de génie. Juste une personne qui avance étape par étape avec l’aide des autres.u0022

Sur les personnages, sur CNN, en octobre 2021.

L’explosion de l’endettement en Corée du Sud, couplée à l’impact du coronavirus sur l’activité économique, ainsi qu’à l’avènement d’un capitalisme consumériste qui a tout de la course à l’échalote, expliquent sans doute l’éclosion de Squid Game. Ces thématiques ancrées dans l‘expérience personnelle de Hwang et dans la réalité quotidienne de son pays ont trouvé un large écho dans un monde globalisé, en accord parfait avec la stratégie de Netflix, qui rêve depuis 2010 de rassembler des blockbusters issus de tous les continents. La collision entre l’ultraviolence du sujet, sa critique sociale et son univers visuel enfantin, sont des clés du succès de la série. On y devine l’influence des mangas, dont Hwang est un lecteur avide. Si Squid Game pointe l’individualisme exacerbé, son auteur n’en est pas moins un travailleur plutôt solitaire, épuisé par l’expérience et qui redoute les effets de sa soudaine popularité. Bien qu’il n’y ait pas encore de projet de deuxième saison, il sait que, désormais très convoité, il ne pourra s’éviter le luxe d’une écriture plus collective: « Ça me fatigue à l’avance rien que d’y penser. »

Dates clés

  • 1971: Naissance à Séoul, Corée du Sud.
  • 2007: Premier long métrage, My Father (scénariste et réalisateur). Basé sur des faits réels, il raconte l’histoire d’un soldat américain d’origine coréenne, adopté, à la recherche de ses origines.
  • 2011: Silenced, second film et premier grand succès (4,7 millions de spectateurs en Corée du Sud). Une histoire de violence et d’abus sexuels au sein d’un établissement scolaire spécialisé.
  • 2014: Miss Grany, premiers pas dans la comédie dramatique (8,5 millions de spectateurs).
  • 2017: The Fortress, distribué dans vingt-huit pays.
  • 2021: Squid Game, meilleur lancement d’une série sur Netflix depuis la création de la plateforme.

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