Frank Vandenbroucke © Belga

Rik Van Cauwelaert : « Je n’exclus pas que Frank Vandenbroucke démissionne »

Tex Van berlaer
Tex Van berlaer Collaborateur Knack.be

Il ne reste plus grand-chose du tandem De Croo-Vandenbroucke, estime le commentateur politique Rik Van Cauwelaert. « Le Premier ministre De Croo est complètement sorti de son rôle ».

« Une honte absolue ». C’est ainsi que le commentateur politique et chroniqueur de De Tijd et chez LN24, Rik Van Cauwelaert, résume le comité de concertation de vendredi dernier. « Et on a vraiment touché le fond avec une dispute entre la présidente du GEMS, Erika Vlieghe, et Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre président de la Communauté française. « J’ai entendu dire que Jeholet avait engueulé Vlieghe,’ dit Van Cauwelaert. « Cet homme n’a aucun mérite politique, il n’est qu’une créature du parti. Qui est-il pour oser traiter ainsi une universitaire de réputation internationale ? C’est méprisable. »

Que penser du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) qui a déclaré lors de la conférence de presse qu’il trouvait le compromis décevant ?

Rik Van Cauwelaert : ça donne une très mauvaise impression. Vandenbroucke est à la fois ministre de la Santé et vice-premier ministre, il n’est pas n’importe qui. En fait, il aurait dû démissionner, mais apparemment des gens l’ont raisonné. Si on stagne dans cette indécision, je le vois encore le faire.

« Pourquoi avoir des experts si vous ne les suivez pas ? », a soupiré après coup le président Conner Rousseau (Vooruit).

On peut ergoter sur le rôle exact que devraient avoir les experts, mais leurs pronostics sont globalement corrects. J’entends dire que certains hommes politiques se demandent pourquoi de nouvelles mesures sont nécessaires, puisque les chiffres montreraient que nous avons atteint un pic. La réponse est : parce que nous voyons le pic dans les hôpitaux que seulement quinze jours plus tard, tiens. J’ai l’impression que le Comité consultatif est devenu un grand spectacle. Les experts soumettent d’abord leurs plans, puis ceux-ci font l’objet d’une fuite, après quoi tous les ego s’échauffent au sein du comité consultatif avec un chaos comme résultat.

Les responsables politiques doivent-ils du coup accepter aveuglément les recommandations des experts, telles que la bulle de cinq et une fermeture immédiate des écoles pendant dix jours ?

Le plus important est d’établir des scénarios et de s’y tenir. Aujourd’hui cela fluctue selon les intérêts des partis et des exceptions sont faites pour toutes sortes de secteurs. Pendant ce temps, les gens ne savent plus où ils en sont. Il n’y a pas d’orientation. Un baromètre corona serait peut-être le bienvenu.

Les masques buccaux obligatoires dès l’âge de 6 ans et l’allongement des vacances de Noël ont surpris de nombreux parents. La N-VA est, elle, sceptique quant au compteur de CO2 obligatoire dans les salles de classe.

J’ai de la famille qui vit en France et en Allemagne, où les enfants portent des masques depuis longtemps déjà. Et si le monde scientifique dit que les compteurs de CO2 sont importants dans les salles de classe, alors, pour l’amour de Dieu, installez-les. Hier soir, j’ai assisté à une soirée de lecture d’un écrivain dans un centre culturel local et il y avait masques buccaux, fenêtres ouvertes et compteur de CO2. Pour quelle raison ne devrions-nous pas l’imposer ?

La méthode de travail du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) est critiquée, notamment par le président du PS, Paul Magnette.

Le Premier ministre est complètement sorti de son rôle. Non seulement il a permis à Jeholet d’aboyer sur Vlieghe, mais ses ministres ont aussi pu quitter le 16 rue de la loi en ordre dispersé, sans être sur la même longueur d’onde. Pendant que les gens meurent à l’hôpital, les politiciens se battent sur la place publique. Cela n’a rien d’une coïncidence que cela soit justement Magnette qui devienne grincheux. C’est inhabituel pour le PS ou quand le patron parle, tout le monde se tient derrière lui. Sa frustration est certainement nourrie par le président du MR, Georges-Louis Bouchez qui n’hésite pas à se profiler. Tout le monde est nerveux, car de nouveaux sondages vont bientôt sortir.

Que doit faire le Premier ministre ?

De Croo aurait dû s’assurer que tout le monde soit bien sûr une même ligne. Et en fait, les grandes lignes auraient déjà dû être limpides pour tout le monde avant le début du comité de consultation, comme l’aurait fait un Premier ministre de la trempe de Jean-Luc Dehaene (CD&V). Cela créerait plus de clarté. Samedi matin, j’ai entendu à la radio des propriétaires de terrains de jeux couverts qui, à leur grande surprise, ont dû fermer leurs portes. Ce n’est pas acceptable.

Du côté francophone, on entend dire que les nouvelles mesures ont été introduites parce que le bourgmestre d’Anvers et président de la N-VA, Bart De Wever, n’a pas osé annuler lui-même la fête de la Saint-Nicolas dans son Sportpaleis.

Soyons honnêtes, des mesures ont été prises à la demande du bourgmestre de la ville ou du gouverneur de la province, Cathy Berx (CD&V). Personne ne voulait que la fête de Saint-Nicolas ait lieu, car ils craignaient que trop d’enfants ne s’y rassemblent.

De Wever l’a d’ailleurs admis avec force mots. Il veut éviter une surenchère de mesures locales.

Si vous vous souciez vraiment de la population, vous devez oser prendre vos responsabilités. Mais aujourd’hui où est la logique ? Une semaine auparavant, ils avaient reporté à lundi l’entrée en vigueur des mesures relatives aux concerts, afin que le chanteur Niels Destadsbader puisse encore se produire au Sportpaleis pendant le week-end. Mais n’y avait-il pas aussi des jeunes à ce concert ? Je suppose que oui, parce que personnellement je suis resté avec Chuck Berry. (rires)

Au début de la pandémie, la Vivaldi a semblé agir à l’unisson et avec force

De cette unité, il n’en reste plus grand-chose. Au début, nous avons vu que duo De Croo-Vandenbroucke fonctionnait et parvenait à agir de manière décisive, certainement en comparaison avec le gouvernement Wilmès. Le covid semblait être le ciment de la coalition, mais peu à peu, il a commencé à s’effriter. Beaucoup ont pensé qu’avec une couverture vaccinale de plus de 90 %, on serait en sécurité, mais la protection s’est avérée moindre. Des experts comme le microbiologiste Herman Goossens (UA) se disent préoccupés par la variante omicron. Nous devrions constamment nous préparer au pire, or ce n’est pas ce qu’on fait aujourd’hui. En ce sens, Vandenbroucke a raison, mais il aurait dû le vendre différemment. De plus, on pourrait s’attendre à ce que le gouvernement prenne des mesures pour renforcer les soins intensifs, ce qui n’est pas le cas.

Un tel ajustement prend du temps, non ? De nombreux secteurs sont à la recherche de personnel, et ceux qui travaillent en soins intensifs ne peuvent être formés à la hâte.

Raison de plus pour commencer dès maintenant. En ce moment, le personnel s’enfuit.

Et pourquoi pas des élections fédérales et régionales anticipées en mars 2022 ? », avez-vous tweeté, suivi de « stop the nonsense ».

C’était un cri d’impuissance. Je me suis dit : si c’est ça le mieux qu’ils peuvent faire, alors nous ferions mieux d’aller aux élections avec toute la clique. Mais je l’admets, j’ai tweeté ça dans un moment de faiblesse. (rires)

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