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Les « deux visages » du MR vont-ils faire exploser la Vivaldi? « Une attitude déloyale et irresponsable »

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Le MR, la N-VA et DéFI ont rejoint un projet de loi de la députée Marie-Christine Marghem (MR) qui vise à stopper la sortie du nucléaire. Si Georges-Louis Bouchez a précisé que l’intention qui en découle n’était pas de rechercher une majorité alternative, la démarche irrite (encore, et beaucoup) dans la Vivaldi. Jusqu’à quand le fil de la majorité fédérale peut-il tenir ?

Le gouvernement fédéral négocie depuis des mois avec Engie au sujet de la prolongation de deux réacteurs : Doel 4 et Tihange 3. Pour les libéraux francophones – mais aussi pour CD&V et d’autres – ces discussions n’avancent pas assez vite. Par le biais d’un projet de loi proposé par la députée Marie-Christine Marghem, le MR tente maintenant de faire pression sur le Premier ministre Alexander De Croo (Open-vld) et le ministre de l’énergie Tinne Van der Straeten (Groen).

Que contient la proposition de Marghem ? Concrètement, elle supprime la planification de la sortie du nucléaire en Belgique. Il s’agit clairement d’un coup direct des libéraux francophones envers les écologistes : pour Ecolo et Groen, présents dans la majorité fédérale, le sujet est essentiel. La confirmation de la sortie du nucléaire était une condition sine qua non pour leur participation au gouvernement fédéral.

Ce texte a reçu le soutien de cinq députés – deux de son parti, le MR (Michel De Maegd et Mathieu Bihet), deux N-VA (Theo Francken et Bert Wollants), mais également de François De Smet, le président de DéFI. Une démarche qui a été discutée avec son président, Georges-Louis Bouchez.

« L’attitude du MR menace de mettre la Vivaldi sous haute tension »

La menace implicite de cette démarche est que le MR fasse passer cette proposition via une majorité alternative. Au 16 rue de la loi, une telle manœuvre par un parti majoritaire compte comme une déclaration de guerre à son propre gouvernement. « Cela menace de mettre la Vivaldi sous haute tension », écrit De Tijd. Georges-Louis Bouchez a toutefois temporisé. « Pour moi, il ne peut être question de dégager une majorité alternative. Ce serait la chienlit. Ce n’est pas ma façon de travailler. Je veux que l’on avance sur le dossier nucléaire avec la coalition Vivaldi, je m’y emploie. Vous le savez, les négociations sont en cours avec Engie, et j’aimerais que ça aille plus vite, c’est vrai, mais je souhaite surtout qu’elles évoluent positivement et aboutissent », a déclaré Georges-Louis Bouchez au Soir.

Selon le journal économique, le MR n’a jusqu’à présent pas accepté l’offre du président de la N-VA, Bart De Wever, qui a déjà offert à Bouchez un changement de majorité au parlement à plusieurs reprises. Marghem avait annoncé le mois dernier qu’elle soumettrait son texte à la signature de tous les autres partis si le gouvernement n’avait pas pris de mesures concrètes dans le cadre de ses négociations avec Engie, n’excluant pas dès lors de constituer une majorité alternative. Selon De Tijd, la députée libérale dispose « maintenant du soutien politique » de son président de parti.

Frustration

Ce n’est un secret pour personne de dire que les partis de la coalition fédérale ne sont absolument pas d’accord sur l’avenir des centrales nucléaires du pays. C’était déjà le cas lors de la formation du gouvernement, et la crise énergétique a encore accentué cette contradiction. Mais au sein de Vivaldi, la réaction aux plans du MR est néanmoins empreinte de frustration. L’affaire est particulièrement sensible car pour certains, Bouchez semble vouloir rehausser son profil et celui de son parti au détriment du gouvernement.

« Cela montre une fois de plus les deux visages du MR. Avec leurs ministres, nous pouvons très bien travailler ensemble. Mais il y a toujours ce bruit de l’extérieur, de Bouchez. C’est quelque chose qui arrive tous les jours, depuis longtemps », dit une source gouvernementale au Morgen.

Pas plus tard que le week-end dernier, Bouchez avait mis à mal le parti frère libéral flamand, l’Open Vld, en critiquant le travail du gouvernement des libéraux flamands dans un tweet. Par un communiqué commun, les deux partis ont tenté de rétablir un certain calme, même si Bouchez déclare le soir même, dans l’émission Terzake, que le MR restera à l’offensive. À peine quelques jours plus tard, il en remet une couche via ce projet de loi de Marghem.

La frustration est également présente quant à l’idée que Marghem vienne tout d’un coup faire la leçon au sein-même gouvernement, « sans vergogne ». Dans le gouvernement précédent, elle était elle-même ministre de l’Energie. Mais elle n’a pas laissé que de bons souvenirs, loin de là. « Nous sommes encore en train de nettoyer son incompétence maintenant« , dit une source au Morgen.

« Une politique de cascadeur imprudente pour détourner l’attention des problèmes internes de la famille libérale »

Pour Groen, ce projet de loi est irresponsable. « C’est une politique de cascadeur imprudente pour détourner l’attention des problèmes internes de la famille libérale« , a déclaré le coprésident Jeremie Vaneeckhout. « C’est totalement irresponsable, car de cette manière vous ne ferez que rendre les négociations avec Engie plus difficiles. MR joue ainsi avec notre sécurité énergétique et notre accessibilité énergétique ».

Le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Gilles Van den Burre, s’est également indigné de l’initiative prise par la députée Marie-Christine Marghem. A ses yeux, le MR fait voler en éclats les règles de loyauté au sein d’une majorité.

« C’est une attitude déloyale et je le regrette vivement. Une députée, manifestement soutenue par son président de parti, fait cavalier seul. Ce n’est pas comme ça que l’on procède si on veut faire avancer un sujet. Je constate que ce n’est pas la première fois que ce genre de problème se produit et ça continue. Nous avons des accords au sein de la majorité pour nous permettre de fonctionner et aujourd’hui ils ne sont pas respectés. Ce n’est pas comme ça que le MR va aider le gouvernement qui est en pleine négociation sur ce sujet« , a fustigé Vanden Burre.

Cette analyse est également faite ailleurs dans la coalition : si les partis au pouvoir essaient de contrecarrer leur propre politique gouvernementale, il deviendra de plus en plus difficile, pour la majorité, de rester crédible.

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