Diplomatie: ces défis qui attendent Hadja Lahbib

François Janne d'Othée

Pour l’ambassadeur honoraire Raoul Delcorde, la nouvelle ministre des Affaires étrangères devra rapidement prendre ses marques sur le terrain européen, et pourrait utilement s’affirmer sur le terrain de nos relations avec les pays méditerranéens.

«La nomination de Hadja Lahbib fut une grande surprise pour moi, mais qui peut être prometteuse. C’est une femme qui a été sur le terrain, notamment en Afghanistan, et elle a donc le « savoir de la peau » pour reprendre le beau titre des mémoires de Gérard Chaliand. Avec elle, on ne se contentera pas de la diplomatie feutrée », déclare Raoul Delcorde, diplomate à la retraite, et auteur de plusieurs livres, dont La Diplomatie d’hier à demain (Mardaga, 2020). L’éloge vaut son pesant d’or, de la part d’un homme connu pour sa conception très classique de la diplomatie, et grand défenseur de la fonction.

« C’est la première fois qu’un ministre belge des Affaires étrangères est issu de la société civile », note-t-il. Avant Hadja Lahbib, deux autres ex-journalistes ont été nommés à la tête du ministère, mais à des postes inférieurs, et pour des périodes très courtes : Henri-François Van Aal, un ancien de la RTBF, comme secrétaire d’Etat adjoint au ministre des Affaires étrangères dans le 1er gouvernement Tindemans, du 25 avril au 11 juin 1974, et Frédérique Ries, ex-RTL, restée quatre mois au poste de secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, en 2004, à l’époque où Guy Verhofstadt était Premier ministre.

C’est l’occasion de rappeler que le dernier secrétaire général nommé du SPF Affaires étrangères – depuis lors, les suivants sont « ff », faisant fonction – était également issu du milieu de la presse : Dirk Achten, qui fut journaliste au Standaard. Il a terminé sa carrière au poste d’ambassadeur aux Pays-Bas, une exception notoire dans une règle qui stipule que les diplomates belges doivent avoir passé le concours. 

Plus le même poids qu’avant

Le poste de ministre des Affaires étrangères n’a plus le poids qu’il avait du temps de Paul-Henri Spaak, de Leo Tindemans, ou de Louis Michel, l’Union européenne ayant absorbé beaucoup de prérogatives, par exemple pour négocier avec l’Iran (sur le nucléaire), la Russie ou la Chine, « des dossiers sur lesquels la diplomatie belge n’a pas de carte à jouer, déclare Raoul Delcorde. En revanche, la ministre Lahbib serait avisée de se rendre dès que possible à Kinshasa, l’Afrique centrale étant une des trois priorités belges, avec l’Union européenne et le lien transatlantique. »

Le « parachutage » de Hadja Lahbib a suscité des critiques au sein du MR mais aussi de la presse. « Il faut laisser à la nouvelle ministre la possibilité de s’affirmer, répond Raoul Delcorde. Si j’avais un conseil à lui suggérer, je lui dirais de jouer un rôle dans nos relations avec les pays méditerranéens, et, surtout, de faire la tournée des capitales européennes. Il faudra qu’elle prenne des galons sur ce terrain, car ce sera 50 % de son travail, d’autant que la Belgique exercera la présidence du Conseil de l’UE en 2024. C’est aussi au sein du Département (le surnom donné au ministère) que sont préparés tous les conseils européens, ce qui n’est pas le cas en France, où ces réunions sont pilotées par le Premier ministre.»

« De toute façon, sa fonction consistera à passer une bonne partie de son temps à l’étranger, conclut le diplomate. Comme elle n’est pas vice-première, elle aura effectivement davantage de temps pour découvrir notre réseau diplomatique, qui est vaste pour un pays comme le nôtre  ̶  près de 120 missions diplomatiques, alors que la Suède, par exemple, n’en a environ que 90. Ce réseau a été très sollicité au moment de la pandémie, pour le rapatriement des Belges, et retrouve peu à peu toute la gamme de ses activités, dont la diplomatie économique. »

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