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« Je peux vous dire qu’en interne, ce choix passe très mal »: les réactions… contrastées à la nomination d’Hadja Lahbib

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

Plus que les qualités ou la compétence d’Hadja Lahbib, l’ex-visage de la RTBF pour diriger la diplomatie fédérale, c’est la méthode de Georges-Louis Bouchez qui (re)met le feu au sein du Mouvement réformateur. Entre ceux qui tombent sous le charme et ceux qui hurlent à l’insulte aux mérites internes du parti.

Il a encore frappé. Fort, évidemment. On est GLB ou on ne l’est pas. « Je savais que ce ne serait pas quelque chose d’attendu. Il en est parfaitement incapable », relève ce ténor du MR. Georges-Louis Bouchez n’est pas homme à décevoir. Ce « quelque chose » d’improbable, de difficilement imaginable, est donc advenu par la grâce du président du Mouvement réformateur.

Hadja Lahbib, ex-présentatrice de JT, ex-grand reporter, visage de l’intégration et de la culture dans sa diversité, est désormais le « visage de la Belgique à l’étranger » selon ses premiers mots de cheffe de la diplomatie fédérale. Tous les chemins d’une succes story peuvent donc mener aux Affaires étrangères, même quand le parcours est dépourvu de la moindre expérience politique, parlementaire ou ministérielle.

Cela s’appelle frapper un grand coup. Fumant pour les uns, fourré pour les autres. La nouvelle recrue ne laisse  personne indifférent au sein d’un parti libéral où il lui reste aussi à faire ses tous premiers pas. 

Les conquis

Elle peut compter sur ses afficionados, conquis d’avance, déjà sous le charme, convaincus de ses talents, comme Jacqueline Galant, députée régionale, « agréablement surprise par ce bel exemple de méritocratie qui est donné là dans le choix d’une personne née à Boussu, dans mon arrondissement, issue d’un milieu défavorisé ».

Hadja Lahbib est une personne de qualité, d’une grande indépendance d’esprit intellectuellement et politiquement parlant, qui utilise positivement sa conception de la liberté

Détour obligé par Louis Michel, qui l’a précédé aux Affaires étrangères, qui est passé par la Commission européenne, et qui dit applaudir à tout rompre le choix présidentiel : « Il est excellent. Hadja Lahbib est une personne de qualité, d’une grande indépendance d’esprit intellectuellement et politiquement parlant, qui utilise positivement sa conception de la liberté. Son remarquable parcours témoigne d’un apport réussi de la migration. Il s’agit là d’un investissement politique intelligent ». Merci qui ? Merci Georges-Louis. « Rien à redire sur sa stratégie. Il est extrêmement important que le parti s’ouvre à la valorisation des talents. Et madame Lahbib en est un, indiscutablement ». Une bonne pioche pour le MR, Hervé Hasquin, ex-ministre et parlementaire MR, le pense aussi assez fort : « Une femme intelligente, excellente journaliste, 25 ans d’expérience dans le métier, symbole de la diversité, parfaite bilingue ».

Newly presented Foreign minister Hadja Lahbib and King Philippe – Filip of Belgium shake hands during the oath ceremony of Labib, who will become the new Foreign Minister replacing Wilmes, at the Royal Palace, Friday 15 July 2022, in Brussels. Labib, a former journalist, replaces Wilmes, who has resigned from her function. BELGA PHOTO HATIM KAGHAT

La carte de visite souffre sans doute d’un manque d’expérience pour monter tout de go sur les planches de la diplomatie internationale, mais qu’importe, « elle compensera par une relation intelligible avec les gens. Vous savez, l’expérience aux Affaires étrangères, ça s’acquiert très vie », assure Louis Michel. « Ce ne sont pas les généraux qui font les meilleurs ministres de la Défense », abonde Hervé Hasquin.

Que du bonheur ? Que nenni. Au-delà des félicitations et des mots de bienvenue de rigueur, il y a au sein du parti ceux et celles, nombreux et nombreuses, qui n’ont pas aimé, mais alors là pas du tout, le dernier « bon coup » du président Bouchez. Qui confient leur dégoût et partagent leur écoeurement. Ces langues-là ne se délient à ce stade que sous couvert d’anonymat mais pour un temps seulement, laisse-t-on entendre ici et là.

Il est vrai que les mots sont durs, le propos féroce.  « Il faut bien entendu laisser le bénéfice du doute à cette ancienne présentatrice bien sympathique et dont je découvre par ailleurs qu’elle est de conviction libérale,  mais là n’est pas la vraie question», nous explique cette parlementaire pour qui le choix de GLB a le douloureux mérite d’ouvrir les yeux sur ce constat désastreux : « Pour faire une carrière ministérielle, devenez miss Belgique ou soyez présentatrice de JT plutôt que de mouiller votre chemise chaque jour pour votre parti, de vous présenter à des élections, de suivre un parcours parlementaire. Faire venir quelqu’un de la société civile est une chose, faire un pied de nez pareil aux soutiers de la démocratie parlementaire qui rament aux élections en est une autre ».

Incompréhension et révolte suite à la nomination d’Hadja Lahbib

« C’est une bombe à forte déflagration », confirme cet ancien ministre qui parle de « dérive » et confie son incompréhension. « J’espère qu’on a dépassé le stade du gadget de la représentation d’une communauté par rapport à une autre. J’ai souvent entendu parler de méritocratie mais là, elle est à géométrie variable. Que le président souhaite casser les codes, d’accord. Encore faut-il le faire de façon opportune et au bon moment. Frapper un grand coup comme celui-là en période de tensions diplomatiques graves, il y a franchement mieux comme timing. Quel est donc le sens du message délivré, si ce n’est de montrer peu d’égards envers le cheminement militant et parlementaire au sein du parti ? »

Je n’ai pas à commenter le choix du président de confier l’exécution d’une partie de ce mandat ministériel à Hadja Lahbib et je nourris l’espoir très ferme que Sophie Wilmès reviendra en 2024

Vincent De Wolf

Et les regards interrogatifs de se tourner vers le MR bruxellois, fournisseur désigné du portefeuille des Affaires étrangères laissé vacant par Sophie Wilmès (MR) vers laquelle vont les pensées de Vincent De Wolf, député-bourgmestre d’Etterbeek : « Je sais à quel point elle est attachée à son mari. Son choix de se retirer, exemplaire, est à mes yeux la principale nouvelle du jour que je veux retenir. Je n’ai pas à commenter le choix du président de confier l’exécution d’une partie de ce mandat ministériel à Hadja Lahbib et je nourris l’espoir très ferme que Sophie Wilmès reviendra en 2024 ». David Leisterh, patron du MR bruxellois, se charge du mot de bienvenue : «  Je suis très heureux d’accueillir Hadja, tout renfort est apprécié pour un MR bruxellois en plein processus de renouvellement de ses cadres ». Le maroquin de madame Lahbib est avancé, personne dans les rangs bruxellois ne bronche, pas un grincement de dents audible, assure David Leisterh et quand bien même il y en aurait, « sur le long terme, on comprendra la plus-value de ce renfort. »

Au fait, n’y avait-il donc rien  en magasin qui puisse faire l’affaire ? Oh que si. Un nom émerge, comme une évidence. Alexia Bertrand, 43 ans, cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois, toute désignée pour la fonction. « Une femme, issue de la région bruxelloise, compétente, passée par le cabinet du vice-premier Didier Reynders. Elle cochait toutes les cases. Je ne comprends pas », prolonge ce baron du parti. « Félicitations à Hadja Lahbib, je suis très heureuse pour elle, moi je continue mon job à Bruxelles », réagit la candidate potentielle qui, si elle est malheureuse, sait fort bien le cacher.

Que d’autres déçus lèvent le doigt ? Un député « n’ose imaginer l’état second dans lequel doivent se trouver nos anciennes stars de la télé, Florence Reuter et Michel De Maegd », hier journalistes sous la bannière de RTL, aujourd’hui députés fédéraux. Avec mention spéciale pour Michel De Maegd, un homme certes mais un élu bruxellois et membre de la commission parlementaire des Relations extérieures, « un bosseur », assure un de ses coreligionnaires, mais un bosseur que nous n’avons pu joindre pour recueillir cet « état second ».

Je peux vous dire qu’en interne, ce choix passe très mal : une personne qui n’a jamais milité au MR, connue pour des positions très à gauche et en tout cas peu respectueuse de la ligne libérale.

Donc ça jase, ça fulmine, ça cogne. « Je peux vous dire qu’en interne, ce choix passe très mal : une personne qui n’a jamais milité au MR, connue pour des positions très à gauche et en tout cas peu respectueuse de la ligne libérale. Et ici, on n’a même pas été chercher un expert en affaires étrangères alors que le dossier iranien est sur la table. Curieux de voir aussi quelles ont été les prises de position d’Hadja Lahbib dans la crise israélo-palestinienne. Bref, faudra m’expliquer », enrage ce parlementaire que révolte « cette prime à l’externalisation. Car le problème est plus grave que la frustration interne. En allant ainsi chercher du carburant à l’extérieur du parti, c’est à la décrédibilisation et à la délégitimation de la fonction politique et électorale que l’on participe. C’est une décision qui crache à la g… des compétences internes au MR. Un vrai désaveu, une logique de terre brûlée. Et Louis Michel applaudit ? Quand on prend la défense de Georges-Louis Bouchez qui débat avec le Vlaams Belang à la télévision flamande, c’est qu’on en est arrivé à nier les valeur du MR et les siennes propres. » Hadja Lahbib en terrain à demi-conquis.

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