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Liège : le ramassage des déchets après les inondations a déjà engendré… 15 000 heures supplémentaires

Passées la crue et la décrue, c’est à une véritable déferlante de déchets que les zones sinistrées ont dû faire face. Bilan provisoire à l’heure actuelle: 100 000 mètres cubes, soit plus de 90 000 tonnes récoltées. Avec tout ce que cela implique en matière de gestion de l’espace, de budget et de ressources humaines.

Au premier temps du désengorgement, des renforts sont venus des quatre coins du pays pour évacuer les stigmates de la catastrophe qui venait de frapper le bassin liégeois. Soutiens humain et matériel ont déferlé depuis Bruxelles, Charleroi, Ath, mais aussi de nombreuses communes flamandes (dont le bourgmestre Willy Demeyer (PS) loue « l’assistance impressionnante, tant en termes de volume que d’intensité et d’efficacité ») sans oublier le renfort des intercommunales Bruxelles-Propreté, Vivaqua ou encore Sibelga.

La priorité sanitaire était d’évacuer les déchets des quartiers, mais aujourd’hui, on réalise que certains stocks sont très proches des habitations. »

Gilles Foret, échevin liégeois de la Transition écologique, de la Mobilité, de la Propreté et du Numérique (MR)

Objectif: déblayer sans relâche les habitations mais aussi les voiries, rapidement encombrées par le contenu gorgé d’eau et bon à jeter des habitations sinistrées. « Il a fallu trouver une solution à une situation à laquelle nous n’étions pas préparés, concède Gilles Foret, échevin de la Transition écologique, de la Mobilité, de la Propreté et du Numérique (MR). Le tonnage colossal de déchets auquel on a dû faire face ne pouvait être géré ni par nos véhicules ni par nos plateformes de tri », même si celui-ci a été réduit dans l’urgence à son expression la plus sommaire – « on a tenté de prétrier l’électroménager et le reste, mais on n’a pas eu le temps de faire d’autres distinctions et on ne pouvait pas demander aux citoyens sinistrés de s’en charger ».

15 000 heures supplémentaires

Autre problème: le manque d’effectifs, vacances obligent. « On a dû absorber un volume incroyable de travail avec une partie du personnel absent », avec pour conséquence directe de faire grimper en flèche le nombre d’heures supplémentaires prestées. Lors de notre entretien avec l’échevin, à la mi-septembre, celles-ci s’élevaient déjà à plus de quinze mille, avec ce que cela implique pour les mois à venir: « Ça ne va pas être facile à gérer, parce qu’au-delà du coût se posera la question de la récupération et de la gestion des emplois du temps. »

Quant au coût, il n’est pas négligeable non plus, selon les estimations de l’élu MR: « Rien qu’en ce qui concerne la réquisition d’entreprises privées qui nous ont prêté leurs camions pour évacuer les déchets dans l’urgence, on en est déjà à près de trois millions d’euros. » Et l’évacuation est loin d’être terminée. « Dans un premier temps, on a créé des stocks tampons pour évacuer au plus vite les déchets des quartiers sinistrés, et l’intercommunale et la Région ont décidé de concert d’ouvrir « l’autoroute de déchets » sur l’A601. La priorité sanitaire était d’évacuer les déchets des quartiers, mais aujourd’hui, on réalise que certains stocks sont très proches des habitations, au site du Wérihet à Wanze par exemple, donc on a demandé que les déchets en soient évacués en priorité. » C’est-à-dire quand? « Je ne sais pas. Par contre, ce qui est sûr, c’est que la situation actuelle n’est pas tenable pour les riverains. »

Gilles Foret
Gilles Foret© BELGA

Lesquels sont de plus en plus nombreux à dénoncer la situation, notamment aux abords de l’autoroute de déchets en question, dont les images, spectaculaires, ont fait le tour du monde, la presse française qualifiant tour à tour cette décharge géante d' »impressionnante », « surréaliste » ou encore « apocalyptique ». Chez nous, les médias ont récemment révélé que les tonnes de décombres qui y sont entassées pourraient « receler des cadavres », lançant une nouvelle vague de reproches de la part de celles et ceux qui habitent à proximité et se plaignent, entre autres, de l’odeur dégagée par ce dépôt d’ordures improvisé dont on annonce d’ores et déjà que le tri et la destruction prendront des années. D’autant que le flux de détritus ne fait pas mine de se tarir, au contraire: « En trois semaines, on est passés de 15 000 tonnes au double et, progressivement, les encombrants sont remplacés par les déchets de la déconstruction et de la reconstruction des habitations sinistrées. » Raison pour laquelle la Région a lancé trois marchés publics pour les évacuer au plus vite, même si, dans le cas présent, la notion de « vite » est toute relative.

Jungle urbaine

« On sort tout juste d’une période de fortes sollicitations avec la Covid, regrette Gilles Foret. Période durant laquelle les incivilités n’ont malheureusement pas diminué, et avec la reprise des activités, on est extrêmement sollicités en marge de la gestion postinondations. Je ne vais pas dire que « tout est beau tout est propre en ville », au contraire. » Et si tant est qu’il soit possible d’arriver à ce que cela le devienne, ce « tout beau tout propre » illusoire aura un coût et pas des moindres: « Quand on sait que le coût de la destruction de déchets oscille entre cent et deux cents euros la tonne et qu’ on parle de dizaines de milliers de tonnes à détruire, l’addition grimpe vite », grince l’échevin.

Lequel se trouve actuellement dans une position des plus inconfortables puisqu’il n’y a pas que les déchets charriés par les flots ou sortis des habitations sinistrées qui posent problème: en attendant la végétalisation annoncée de la ville, la jungle urbaine actuelle n’est pas de tout repos pour l’échevinat de la Propreté et ses services surmenés. « Les plantes ont bien poussé avec toute la pluie qui est tombée et ça ne nous facilite pas la tâche », avoue encore Gilles Foret, qui se voit en outre dans l’impossibilité d’entretenir toutes les plantes en question « parce que pour tailler celles du quai de Rome, par exemple, on doit bloquer la circulation, ce qui ajoute un problème de mobilité supplémentaire aux existants », regrette-t-il. Et de conclure: « On nous reproche toujours d’avoir des excuses, mais la vérité est que tout cela prend parfois plus de temps que ce qu’on voudrait et nous en sommes les premiers frustrés. »

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