ILLUSTRATION SERIES - FLOODS ONE YEAR LATER - Aerial drone illustration shows repaired train tracks between Chaudfontaine and Trooz, along the river Vesdre (Vesder - Weser), , one year after the devastating floods that touched the region, Tuesday 28 June 2022. In July 2021 - on the 14th and 15th - a real torrent poured over several Walloon municipalities, mainly in the provinces of Liege, Namur and Luxembourg. About 100,000 people were affected by this disaster which killed 39 people. Between 45,000 and 55,000 homes were damaged and more than 10,000 vehicles destroyed. BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Inondations, 1 an après: « Si ça se reproduisait aujourd’hui, ce serait pire »

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Et si -malheur- cela se reproduisait, serions-nous cette fois aptes à gérer une catastrophe ? Probablement pas, selon la sociologue Aline Thiry. Un an après les inondations de juillet 2021, le chantier reste gigantesque.

Depuis juillet 2021, les Gaulois ne sont plus les seuls à craindre que le ciel leur tombe sur la tête: les Belges s’inquiètent aussi lorsque les nuages commencent à se vider avec trop d’insistance. Les inondations inédites qui ont frappé le pays voici un an – singulièrement la Wallonie – frappant 209 communes, provoquant la mort de 39 personnes et touchant de 80 000 à 100 000 habitants, constitueront pour toujours un point fort de la mémoire collective.

Douze mois plus tard, où en est-on? Qu’a-t-on appris sur le plan de la gestion de crise, de la communication, de l’organisation des services de secours, des chaînes de responsabilités politiques, de l’aménagement du territoire? «Toutes les leçons n’ont pas encore été tirées, pose Aline Thiry, sociologue spécialisée dans la gestion de crise et la planification d’urgence à l’ULiège. Cela prend du temps, et c’est normal. Les changements nécessaires ne sont pas encore intervenus.» Autrement dit, si semblables inondations, certes d’une ampleur exceptionnelle, se reproduisaient aujourd’hui, nous ne serions pas mieux préparés qu’il y a un an. «Ce serait même pire, assure Aline Thiry, si ce sont les mêmes personnes qui devaient intervenir. Car elles sont encore marquées par ce qui s’est produit et que tous les debriefings ne sont pas encore terminés.» On n’ose imaginer ce qui se passerait si une telle catastrophe se produisait, par exemple, durant l’année scolaire…

« Toutes les leçons n’ont pas encore été tirées. Cela prend du temps, et c’est normal. Les changements nécessaires ne sont pas encore intervenus. »

Aline Thiry

Mais le mouvement est en marche. Il faut qu’il perdure. La commission d’enquête du parlement de Wallonie chargée d’examiner les causes et d’évaluer la gestion des inondations a publié ses 161 recommandations en mars dernier (NDLR: le rapport est consultable sur le site wallonie.be). Les rendre effectives constituera un chantier gigantesque. «Il faudrait une législature pour les mettre en place, de sorte que des évolutions majeures interviennent en 2026, calcule Sébastien Brunet, professeur de science politique à l’ULiège, spécialisé en gestion de crise. Mais des premiers changements significatifs devraient entrer en vigueur dès 2024.» Ils auront évidemment un coût, que les autorités politiques devront accepter et assumer.

Se tenir prêt

L’un de ces changements majeurs touche directement la population, qui devra prendre conscience, si ce n’est déjà fait, que ce genre de scénario peut encore survenir. Et que l’Etat ne peut protéger de tout. «Sans tomber dans l’alarmisme, les citoyens doivent comprendre qu’en de telles circonstances, ils ont tous un rôle à jouer», insiste Aline Thiry. Ils doivent être prêts, acquérir les bons réflexes pour eux et pour les autres, savoir qu’emporter dans l’urgence. Cela pourrait sauver des vies et faciliter le travail des services de secours. On se souvient de sinistrés qui n’ont pas voulu évacuer leur maison à temps et qu’il a ensuite fallu aller chercher, en prenant des risques. Dans le même esprit, les réflexions lancées dans les communes sur l’organisation à mettre en place en cas de crise, la communication vers les habitants, les lieux d’accueil possibles, devraient d’emblée impliquer les citoyens: ils doivent y avoir une place. «Ce que nous sommes en train de faire, c’est construire un référentiel de crise collectif», résume Sébastien Brunet. Inexistant jusqu’à l’année dernière.

Nos infrastructures et procédures d’urgence actuelles sont performantes pour des crises de deux ou trois jours, pas davantage. Or, avec le changement climatique, celles-ci risquent d’être plus régulières et plus longues. Etre prêt, disait-on…

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