Benoît Lutgen © Getty

Crise énergétique: les réactions des eurodéputés belges aux propositions de l’UE

Le Vif

Les députés belges du Parlement européen se sont montrés plutôt critiques, mercredi dans leurs réactions au discours de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur l’état de l’Union, plusieurs d’entre eux insistant sur l’urgence à concrétiser la réponse européenne à la crise des prix de l’énergie.

Le ton était globalement positif du côté des familles politiques qui soutiennent la Commission, en premier lieu au PPE, le parti de Mme Von der Leyen. « Merci pour votre discours inspirant« , a lancé Benoît Lutgen (Engagés) à propos des appels de la cheffe de l’exécutif à l’union et la solidarité. Il souligne les mesures énergétiques « à très court terme » annoncées pour les ménages et entreprises en difficulté, dont la contribution des grandes entreprises énergétiques ou, à moyen terme, le découplage du prix de l’électricité de celui du gaz. « Cette réforme ne doit toutefois pas être repoussée aux calendes grecques », a exhorté son collègue Pascal Arimont (CSP).

   Chez les socialistes du S&D, la réaction pouvait se résumer par un « enfin! » « Un discours axé sur les solidarités, c’est très bien », s’est félicitée Marie Arena (PS). « Cela fait des années que le groupe S&D plaide pour plus de solidarité dans les mécanismes de l’EU, mais il aura fallu une guerre et le Covid pour y arriver! » Sobriété énergétique, taxation des super profits du secteur énergétique ou encore plaidoyer pour une vraie transition écologique: « il s’agit là d’actions que nous demandons depuis des années, sans compter la réindustrialisation de l’Europe qui va de pair avec un investissement massif pour une industrie européenne qui soit durable et sociale. »

   « Mais en même temps, Ursula von der Leyen souhaite accélérer les ratifications d’accords commerciaux non conformes à ces objectifs. Le temps de la délocalisation pour les moindres prix est révolu. Les déclarations de Mme Von der Leyen sont ambitieuses, mais elles doivent être suivies d’actions urgentes, cohérentes et concrètes! »

   Pour sa collègue Kathleen Van Brempt (Vooruit), Ursula von der Leyen a placé les accents justes dans son discours, mais elle manque toutefois d’ambition en ne se prononçant pas ouvertement pour un plafonnement du prix du gaz quelle que soit sa provenance. « Il faut agir vite sur la réforme du marché de l’énergie et la captation des surprofits du secteur énergétique », exhorte-t-elle.

   Chez les libéraux, Olivier Chastel (MR) retient du discours « des annonces importantes comme la réforme du marché de l’électricité, la redirection de 140 milliards d’euros vers les États membres pour aider les entreprises et les ménages, la création d’une banque l’hydrogène pour développer cette énergie en Europe et la mise en place de notre autonomie stratégique via la création de réserves stratégiques notamment pour les terres rares. »

   Au-delà de ces mesures concrètes, « la Commission a rappelé notre engagement et notre solidarité envers l’Ukraine. C’est un combat pour la démocratie et les valeurs européennes ».

   Mais sa collègue Hilde Vautmans (Open Vld), adoptait un ton plus critique, considérant qu’Ursula von der Leyen n’avait pas entièrement répondu aux attentes. Certes, son discours a donné un visage humain de l’UE, tout en restant ferme sur les sanctions à l’égard de la Russie. Mais la députée insiste sur l’urgence à procéder à des achats conjoints d’énergie et à plafonner les prix du gaz de toute origine, ainsi que pour concrétiser le découplage gaz-électricité et la réorientation des surprofits énergétiques vers les ménages et entreprises vulnérables. Le discours a, selon Mme Vautmans, manqué d’une grande vision stratégique « maintenant que l’ordre géopolitique est complètement changé », ainsi que de propos sur le renforcement de la défense européenne. En matière de réforme de l’UE, également, le discours manquait d’engagements à ses yeux.

   Chez les Verts, les mots étaient plutôt encourageants, malgré des mises en garde. Sarah Matthieu (Groen) a souligné l’importance de se défaire des dépendances aux matières premières provenant de pays comme la Chine, à travers une nouvelle législation annoncée par Mme von der Leyen. C’est une « bonne idée » s’il s’agit de renforcer l’économie circulaire, mais pas s’il s’agit de faciliter les infractions à la législation environnementale, a-t-elle averti. Quant à la captation des surprofits de l’énergie, elle devrait servir à isoler les maisons et y placer des panneaux photovoltaïques afin de faire baisser la facture.

Pour Saskia Bricmont (Ecolo) toutefois, le discours d’Ursula von der Leyen n’a pas réservé de grandes surprises. La présidente de la Commission a reconnu que le problème était bien les « énergies fossiles en elles-mêmes, et pas uniquement leur prix », confirmant l’urgence de changer de modèle, selon l’élue. « Ce constat aurait dû se traduire par la création d’une communauté européenne des énergies renouvelables, afin d’accélérer les investissements dans le secteur, plutôt que par une diversification des approvisionnements, qui ne règle pas le problème de la dépendance énergétique. »

   À l’extrême gauche, Marc Botenga (PTB, GUE) a constaté que la présidente de la Commission européenne avait admis l’absence d’accord sur un plafond général du prix du gaz. « Ce sera grand max à la tête du client, pays par pays. Un démenti net donc de la communication euphorique de (la ministre fédérale belge de l’Énergie) Tinne Van der Straeten, mais aussi surtout une claque pour les gens face aux factures impayables. En outre, les propositions européennes permettront toujours les surprofits des multinationales de l’énergie ».

   Enfin, arc-boutée sur le respect des compétences étatiques, la N-VA n’était pas rassurée par le discours de Mme von der Leyen. « Plutôt que de s’occuper d’elle-même et de prendre des compétences aux États membres, l’UE doit se focaliser sur ses missions principales et envisager la stratégie« , a critiqué Geert Bourgeois. Il reproche un manque d’anticipation auquel ne répondrait la Commission que par des mesures bouche-trou « qui ne feront pas la différence cet hiver », et par la volonté de mettre davantage d’argent dans de nouveaux fonds. Il réclame notamment de boucler de nouveaux accords commerciaux et une politique migratoire ferme.

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