Il reste moins de huit ans avant le bicentenaire du pays, un délai serré pour faire aboutir un ambitieux programme de "revalorisation" du plateau du Cinquantenaire. © photos: Mrah

Bruno Verbergt et Paul Dujardin au Cinquantenaire, une cohabitation pour le bicentenaire

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Bruno Verbergt fête son premier anniversaire à la tête du Musée art & histoire du Cinquantenaire, en cours de rénovation. Depuis janvier, il y héberge Paul Dujardin, chargé de revaloriser le plateau et ses musées en vue du bicentenaire de la Belgique.

Tous deux assurent qu’ils s’entendent à merveille. Qu’ils travaillent main dans la main. Cette insistance de Bruno Verbergt et Paul Dujardin à afficher, en toutes circonstances, leur entente cordiale donne à penser que leur cohabitation au Musée art & histoire du Cinquantenaire exige tout de même certains efforts.

Directeur général du Palais des beaux-arts pendant près de vingt ans, Paul Dujardin, 59 ans, a été engagé comme gestionnaire du projet de « revalorisation du site du Cinquantenaire et de ses musées à l’horizon du bicentenaire » de la Belgique, en 2030. L’an dernier, il avait dirigé un comité de pilotage chargé de plancher sur une refonte totale du plateau bruxellois. Devenu « chargé de mission » le 1er janvier, il doit à présent définir les orientations stratégiques et opérationnelles du projet et nouer des partenariats avec les institutions fédérales, bruxelloises et européennes. Il est prévu, selon nos sources, qu’il constitue cette année une asbl afin de récolter des fonds et subsides et à engager du personnel dans le cadre de l’opération « bicentenaire ». A la demande de Thomas Dermine (PS), secrétaire d’Etat en charge de la Politique scientifique, un bureau a été aménagé pour lui au Musée art & histoire, son employeur officiel.

Imprimer ses choix culturels

Le même Thomas Dermine a créé la surprise, en février 2021, en éjectant Alexandra De Poorter, la directrice générale ad interim des Musées royaux d’art et d’histoire (MRAH), établissement scientifique fédéral (ESF) qui regroupe le Musée art & histoire et le pavillon Horta-Lambeaux du Cinquantenaire, le Musée des instruments de musique (MIM) du Monts des Arts, la Porte de Hal, le Pavillon chinois et la Tour japonaise (ces deux derniers fermés au public). Le secrétaire d’Etat l’a remplacée par Bruno Verbergt, 58 ans, néerlandophone lui aussi. Il a pour mission de piloter la mutation programmée du Musée art & histoire, le plus grand musée de Belgique.

Bruno Verbergt n’est qu’un patron intérimaire, ce qui limite sa marge de manoeuvre.

Le nouveau directeur général veut y imprimer sa marque, ses choix culturels. De 2016 à 2021, Bruno Verbergt fut l’un des directeurs opérationnels de l’AfricaMuseum. A ce titre, il a participé à la « décolonisation » du musée de Tervuren. Le voilà à la tête du musée phare du Cinquantenaire, complexe construit à l’initiative de Léopold II, cible de prédilection des mouvements décoloniaux. Interviewé dans Le Vif du 15 juillet 2021, Thomas Dermine estimait que le site était trop « associé à la figure de Léopold II et dédié à la célébration d’un modèle belge révolu », et il appelait à le rebaptiser « le Bicentenaire » en 2030.

Bruno Verbergt, directeur intérimaire d'un Musée art & histoire dont la rénovation ne fait que commencer, attend d'être fixé sur son sort.
Bruno Verbergt, directeur intérimaire d’un Musée art & histoire dont la rénovation ne fait que commencer, attend d’être fixé sur son sort.© photos: Mrah

Rééquilibrage linguistique en vue

Toutefois, Bruno Verbergt n’est qu’un patron intérimaire, ce qui limite sa marge de manoeuvre. Il ne peut entreprendre de grands changements, ni définir une politique à long terme. Six des dix établissements scientifiques fédéraux ont encore à leur tête un directeur par intérim (certains sont en place depuis plus de dix ans! ). Ce régime de « transition » ne pouvait être aboli tant que Belspo, le service d’appui des ESF, n’avait pas lui-même à sa tête un président effectif. C’est chose faite, avec la nomination, fin décembre dernier, d’Arnaud Vajda, qui pourra recruter de nouveaux directeurs généraux: six pour remplacer les intérimaires et un septième pour succéder à Guido Gryseels, patron de l’AfricaMuseum, qui part à la retraite. Il se dit qu’ils entreront en fonction, au plus tôt, à la fin de cette année, au terme des procédures de recrutement. Reste que les nominations définitives sont soumises à une obligation de parité linguistique. Les six DG intérimaires étant tous des néerlandophones, un rééquilibrage s’impose. Thomas Dermine reconnaît que cela complique la donne.

Candidat au poste de directeur général nommé, Bruno Verbergt n’est donc pas pour autant assuré de rester à la barre des Musées royaux d’art et d’histoire. En attendant d’être fixé sur son sort, il gère le « mammouth », dont la rénovation se poursuit. Dans l’immédiat, il est prévu de rafraîchir plusieurs salles qui en ont bien besoin. Plus tard viendra la concrétisation du master plan de modernisation du musée. L’entreprise sélectionnée pour l’étude de faisabilité proposera trois scénarios de transformation.

Une échéance très proche

Bruno Verbergt doit aussi veiller au bon déroulement de sa cohabitation avec Paul Dujardin. Le chevalier Dujardin est une grosse pointure et un personnage flamboyant, couvert de distinctions nationales et internationales. L’ex-directeur général de Bozar a dépoussiéré ce temple de la culture et a été administrateur ou conseiller d’une myriade de fondations, institutions et festivals. Il a quitté Bozar en février 2021 à la suite de deux motions de défiance déposées par le personnel. Ses qualités artistiques n’ont pas été remises en cause, mais bien son incapacité à être à l’écoute de ses équipes. Les syndicats lui ont reproché des pressions exercées pour réaliser ses « nombreux rêves dans des délais surréalistes » et son « absence de vision claire de l’avenir », créant de l’incertitude « parmi le personnel mentalement et physiquement épuisé. »

Aujourd’hui, Paul Dujardin prépare le réaménagement global du Cinquantenaire et de ses palais. Il ne manque pas d’idées originales et pertinentes, confient ceux qui ont eu vent de ses projets. Ce ne sont encore que des ébauches, qui seront tôt ou tard confrontées à la question du financement de ces aménagements. Une certitude: le temps est compté. Il reste moins de huit ans avant les festivités du bicentenaire, ce qui semble fort court pour faire aboutir un ambitieux programme, forcément soumis à un parcours d’obstacles: décision des pouvoirs publics sur les travaux à effectuer et le budget, appels d’offres, contrats, déménagements, chantiers…

Paul Dujardin, qui prépare la refonte du Cinquantenaire, doit constituer une asbl appelée à récolter fonds et subsides et à engager du personnel.
Paul Dujardin, qui prépare la refonte du Cinquantenaire, doit constituer une asbl appelée à récolter fonds et subsides et à engager du personnel.© belga image

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