L'idée d'un geste symbolique pour marquer le bicentenaire de la Belgique prend forme. Il nous revient qu'un comité de pilotage, encore officieux, planche sur une transformation radicale du site du Cinquantenaire. Objectifs: donner, d'ici à 2030, une nouvelle identité au complexe monumental et le rendre plus attractif. Il est question de modifier la répartition des collections entre musées, d'imaginer de nouveaux parcours, de renouveler les scénographies, d'inclure une dimension européenne sur le site, de mettre en commun la billetterie et l'Horeca...
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L'idée d'un geste symbolique pour marquer le bicentenaire de la Belgique prend forme. Il nous revient qu'un comité de pilotage, encore officieux, planche sur une transformation radicale du site du Cinquantenaire. Objectifs: donner, d'ici à 2030, une nouvelle identité au complexe monumental et le rendre plus attractif. Il est question de modifier la répartition des collections entre musées, d'imaginer de nouveaux parcours, de renouveler les scénographies, d'inclure une dimension européenne sur le site, de mettre en commun la billetterie et l'Horeca... Des budgets sont déjà prévus par le fédéral pour concrétiser le projet. Selon nos sources, la Régie des bâtiments, gestionnaire des biens immobiliers de l'Etat, disposera dans un premier temps d'une enveloppe de plus de 60 millions d'euros, à laquelle devrait s'ajouter une rallonge de 25 millions entre 2024 et 2028. Autre levier financier, Beliris, le fonds fédéral qui subventionne des initiatives destinées à promouvoir le rôle international de Bruxelles, injectera dix millions d'euros dans une première phase et 53 millions par la suite, montant à confirmer. Soit un total de près de 150 millions d'euros. Des moyens complémentaires sont envisagés, issus du mécénat et du sponsoring. La Région bruxelloise, le département de la Défense et les fonds propres de Belspo, l'organisme gouvernemental de coordination des politiques scientifiques, pourraient contribuer au projet. Tout comme l'Union européenne. Mais pas via le plan de relance validé fin juin par la Commission, piste un moment envisagée. Si ces apports se confirment, l'enveloppe globale atteindrait 200 à 250 millions d'euros. Quatre membres francophones du gouvernement fédéral unissent leurs forces pour faire aboutir ce projet: Thomas Dermine (PS), Ludivine Dedonder (PS), Mathieu Michel (MR) et Karine Lalieu (PS). Le premier pilote l'opération en tant que secrétaire d'Etat chargé de la Relance économique et de la Politique scientifique. A ce titre, Thomas Dermine exerce la tutelle sur les Etablissements scientifiques fédéraux (ESF), dont fait partie le Musée Art & Histoire du Cinquantenaire. Ludivine Dedonder (Défense) est la ministre de tutelle d'une autre institution du plateau bruxellois, le Musée de l'armée. Le secrétaire d'Etat Mathieu Michel est en charge de la Régie des bâtiments, qui termine la rénovation à grande échelle des toitures des musées du site. Karine Lalieu fait partie de l'équipe en tant que ministre responsable de Beliris, qui a déjà restauré le patrimoine du parc du Cinquantenaire - grilles d'enceinte, statues, pavillon, ouvrages en pierre - et mis en lumière les arcades et façades des musées. Thomas Dermine nous explique sa vision du projet: "Réalisés à la fin du XIXe siècle, les palais, l'esplanade, l'Arc de triomphe et le parc du Cinquantenaire sont étroitement associés à la figure de Léopold II "roi bâtisseur" . Ces espaces sont dédiés à la célébration d'un modèle belge glorieux mais révolu, celui d'une grande puissance industrielle et d'un système paternaliste. Le site dans son ensemble a été conçu en tant qu'emblème de cette Belgique-là. Une réflexion globale est engagée, y compris sur le plan philosophique, pour rompre avec cette image héritée du passé. Je veux que le plateau du Cinquantenaire devienne celui du Bicentenaire!" L'étoile montante du PS, 35 ans, appartient à une nouvelle génération de responsables politiques qui ont, assure-t-il, un rapport "décomplexé" au passé de la Belgique. Moins disruptif, le libéral Mathieu Michel est néanmoins sur la même longueur d'onde que son collègue socialiste: "Vous connaissez mon attachement particulier pour les bâtiments qui sont le symbole de notre histoire ou de l'expression culturelle, et par conséquent notre carte de visite internationale. Le Cinquantenaire célébrait les 50 ans de la Belgique. En 2030, sa rénovation complète ponctuera les célébrations du Bicentenaire de la Belgique", a-t-il posté sur sa page Facebook. Toutefois, le projet ne se limite pas à une rénovation. "Nous allons complètement repenser le site, confirme Thomas Dermine. Il doit être mieux intégré dans l'espace urbain et le quartier européen voisin et devenir une attraction en soi. Le renforcement du potentiel touristique passera par la mise en commun de la valorisation des musées, du ticketing et des lieux de restauration. Nous travaillons avec la Régie des bâtiments, la Région, Bruxelles Environnement qui entretient le parc, et la Commission européenne, car le Cinquantenaire est le "jardin" des eurocrates." Ludivine Dedonder complète: "L'objectif de ce projet mené en commun est de mettre en place, pour le bicentenaire, un pôle culturel et touristique articulé autour d'un travail historique et mémoriel. Nous voulons valoriser les collections des musées du Cinquantenaire. Pour ce qui concerne la rénovation et la nouvelle scénographie des salles du War Heritage Institute, l'ex-Musée royal de l'armée, l'idée d'un partenariat public-privé reste une option intéressante, retenue dans le plan stratégique approuvé le 17 juin par le conseil d'administration du parastatal." La décision de développer des sites muséaux militaires en Flandre (Ypres, Breendonk, Kemmelberg) et en Wallonie (Beauvechain, Bastogne) et d'étoffer leurs collections ne va- t-elle pas conduire à un appauvrissement du Musée de l'armée du Cinquantenaire? "Nous n'allons pas vider ce musée, comme certains le prétendent, mais au contraire sublimer ses collections, promet la ministre de la Défense. Ce n'est pas en accumulant des pièces dans des vitrines et des salles que l'on crée une plus-value touristique." La note de novembre 2019 de l'informateur PS Paul Magnette mentionnait déjà l'intention de préparer "d'importants projets symboliques ou d'infrastructures pour les 200 ans de la Belgique". Kristof Calvo, ex-chef de groupe à la Chambre et négociateur Groen, défendait cette ambition. En filigrane, la rénovation du Cinquantenaire était envisagée, reconnaît Thomas Dermine, qui était à l'époque à la tête de l'Institut Emile Vandervelde, le centre d'études du Parti socialiste, et participait à ce titre aux négociations censées jeter les bases du futur gouvernement. Dans son discours du 30 janvier 2020 aux autorités du pays, le roi Philippe évoquait lui-même l'échéance du bicentenaire: "Dans dix ans, notre pays fêtera ses 200 ans... Ce rendez-vous de 2030, préparons-le ensemble." Des observateurs y ont vu une volonté de conjurer la menace d'un big bang institutionnel au lendemain des élections de 2024. Le Vlaams Belang, qui a toujours le vent en poupe, et la N-VA, qui prédit une implosion du système sans nouvelle transformation de l'Etat, ont cette échéance en point de mire. "La Belgique est confrontée à des incertitudes sur son avenir et son identité, convient Thomas Dermine. Une nouvelle réforme institutionnelle se profile, espérons la dernière." L'idée de redynamiser le Cinquantenaire a déjà fait couler beaucoup d'encre. Dans les années 2012-2014, Laurent Vrijdaghs (MR), administrateur général de la Régie des bâtiments, rêvait, avec Michel Draguet, directeur des Musées royaux des beaux-arts de Belgique, de la construction d'un musée "à la Guggenheim" sur une dalle qui aurait couvert la trémie du tunnel, cette fracture au milieu du parc. Le geste architectural est resté dans les cartons et ne fait pas partie des idées retenues par le nouveau comité de pilotage. La Régie a concentré ses efforts sur les musées du Mont des Arts et le musée de Tervuren. En octobre 2018, elle a entamé la réparation des 31 000 mètres carrés de toitures des palais du Cinquantenaire. Les infiltrations d'eau menaçaient les collections. La restauration à l'identique des toits du Musée Art & Histoire s'est achevée en juin dernier. Le chantier de rénovation de ce musée, le plus grand de Belgique, est à mi-parcours. "Ce n'était pas la peine de restaurer des salles d'exposition tant qu'il pleuvait dans le bâtiment", relève un conservateur. Le lifting des espaces consacrés aux XIXe et XXe siècle a débuté. Bruno Verbergt, le nouveau directeur général ad interim du Musée Art &Histoire, aura pour tâche, s'il est confirmé dans ses fonctions, de piloter la transformation intérieure du gigantesque paquebot. Le Louvaniste, étiqueté Vooruit, était, depuis 2016, directeur opérationnel au musée de Tervuren, où il a participé à la "décolonisation" des lieux. Cette modernisation du Musée de l'Afrique centrale, devenu Africa Museum, a impressionné Thomas Dermine lors de sa tournée des établissements scientifiques fédéraux, fin 2020. La Régie des bâtiments poursuit par ailleurs la réparation des toits de l'Autoworld, chantier qui s'achèvera au printemps 2022. La quatrième et dernière phase des travaux au Cinquantenaire concerne la réfection des toits du Musée de l'armée et des terrasses de l'Arc de triomphe. Elle doit commencer en janvier et se terminer en 2023. Restera ensuite à faire aboutir la réorganisation du site chère à Thomas Dermine et à ses collègues.