© belga image

Accusé de pollution, l’entreprise 3M promet un demi-milliard d’euros de compensations

Le Vif

Le groupe américain 3M, connu pour son scotch et ses post-it, a conclu un accord avec les autorités flamandes pour remédier à hauteur de 571 millions d’euros aux rejets polluants de son usine de Zwijndrecht en bordure de l’Escaut, près d’Anvers (nord).

Dans un communiqué commun, le gouvernement flamand et l’entreprise 3M ont souligné que ce règlement à l’amiable résolvait « les désaccords en cours » liés à une pollution persistante par des substances chimiques de la famille des PFAS (alkyls perfluorés et polyfluorés).

Ces produits, notamment utilisés dans les emballages et les revêtements imperméables, ont déjà valu à 3M des actions en justice aux États-Unis à cause de rejets ayant contaminé l’eau potable. Ils peuvent se retrouver dans les sols, l’air, les poussières.

Sur cette enveloppe de 571 millions d’euros, qui va permettre une série de « mesures correctives », d’assainissement des sols et de contrôle des éventuelles dispersions de PFAS dans l’air, un montant de 120 millions avait déjà été promis par 3M, est-il rappelé.

Les sommes supplémentaires que la firme s’engage à verser doivent en particulier aider le gouvernement de la région belge néerlandophone dans sa politique de protection des sols et de l’environnement. Cette pollution des sols et des eaux souterraines autour de l’usine avait été dénoncée en juin 2021 par l’ONG Greenpeace, fustigeant « un nouveau scandale environnemental » aux abords du port d’Anvers, régulièrement sur la sellette pour ses activités pétrochimiques.

Elle avait été mise en évidence à l’occasion d’analyses pratiquées après des excavations liées aux travaux d’extension du périphérique de la métropole flamande, tout près de l’usine 3M.

Les niveaux de pollution jugées inquiétants concernaient entre autres le PFOS, ou sulfonate de perfluorooctane, un produit de la famille des PFAS que 3M a cessé de produire en 2002 mais qui est classé parmi les polluants organiques persistants. Il est considéré comme un perturbateur endocrinien.

A partir de juillet 2021, les autorités de Flandre ont invité quelque 800 riverains à subir des prélèvements sanguins pour mesurer leur exposition aux polluants (dont des traces peuvent se retrouver sur les coquilles d’œufs produits à la ferme, dans l’eau potable ou sur les fruits et légumes des maraîchers locaux).

Soutien aux petits exploitants agricoles

Les résultats tombés fin octobre avaient été jugés « très mauvais ». Une étude s’appuyant sur 796 prélèvements avait révélé que 59% des habitants de cette zone présentaient une concentration de PFOS très haute, avec de « possibles effets néfastes sur la santé à long terme », selon la région.

Mercredi, Zuhal Demir, chargée de l’Environnement dans le gouvernement flamand, a salué un accord obtenu après d' »intenses » discussions avec 3M, y voyant « un signe de respect » envers la population flamande. Un porte-parole de la ministre a précisé à que ce règlement n’était toutefois pas synonyme de retour à la normale pour la production de l’usine, puisque « seuls des services d’inspection indépendants pourront donner un tel feu vert ».

La suspension d’activité temporaire imposée il y a huit mois après les résultats d’analyses sanguines des riverains concerne encore « environ 80% des processus de fabrication », selon ce porte-parole, Andy Pieters. 

John Banovetz, directeur de la technologie et de la responsabilité environnementale chez 3M, a assuré que sa filiale belge avait « déjà pris des mesures importantes pour réduire les rejets et les émissions de PFAS » à Zwijndrecht, et qu’elle respecterait « pleinement » ses nouveaux engagements. Environ 5 millions d’euros seront alloués au « soutien des petites exploitations agricoles » dont l’activité a été affectée par la pollution.

L’accord prévoit aussi une contribution au financement – « jusqu’à 100 millions d’euros » – du périphérique anversois, considéré comme une infrastructure clé par les autorités locales. Les travaux avaient été partiellement suspendus à la demande d’associations en raison de la pollution des sols.

Le coût de ce règlement à l’amiable va entraîner l’enregistrement par 3M d’une provision pour « charges exceptionnelles » dans son bilan financier du 2e trimestre 2022.

Un accord « prometteur » mais « insuffisant », selon Grondrecht

Le collectif citoyen Grondrecht et les organisations environnementales Greenpeace et Bond Beter Leefmilieu ont qualifié de « prometteur » l’accord entre le gouvernement flamand et l’entreprise chimique 3M. Celle-ci s’est ainsi engagée à payer plus d’un demi-milliard d’euros pour assainir les abords de son site à la suite de la pollution aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Toutefois, les deux organisations et le collectif jugent que « ce n’est pas la fin de l’histoire », car « il est impossible à ce stade de chiffrer le coût de cet assainissement ».

Grondrecht perçoit comme une « avancée » le fait que 3M, en tant que pollueur, libère plus de 500 millions d’euros, dont 350 seront alloués à l’assainissement des jardins et du site d’Oosterwel, mais craint que ce montant soit insuffisant. « Cette somme peut sembler importante, mais nous sommes confrontés à la plus grande pollution aux PFAS en Europe dans des zones résidentielles et naturelles », a expliqué Eva Frooninckx de Grondrecht. « L’étude des sols réalisée par 3M est insuffisante, car elle ne cartographie même pas l’ensemble de la zone de pollution. Il n’y a pas non plus de certitude quant aux normes de sécurité des sols qui seront utilisées. »

Greenpeace se montre plus positif et se félicite que l’entreprise 3M assume ses responsabilités en matière de nettoyage des zones polluées, de coûts de santé et d’autres dommages subis par les riverains. Bond Beter Leefmilieu conclut en déclarant que « 3M devra repenser ses systèmes de production et éliminer progressivement tous les PFAS » en espérant une mise en œuvre rapide afin d’éviter un scandale similaire à l’avenir.

(Belga)

Partner Content