Tout sur Euroclear

Deux ans et demi après la saisie par le juge Claise de 15 milliards d'euros de fonds libyens chez Euroclear Bank, la justice juge légale cette saisie que la banque avait contestée. Mais la chambre des mises en accusation a mystérieusement saucissonné le dossier, et un ultime coup de théâtre n'est pas à exclure dans deux mois. Pour l'heure, Euroclear n'est pas au-dessus des lois.

Existe-t-il, en Belgique, un coffre-fort inviolable où blanchir l'argent sale? C'est la question qui devait être débattue devant la chambre des mises de Bruxelles ce 16 janvier et qui vient encore d'être reportée. En ligne de mire: Euroclear Bank, qui abrite des milliards libyens douteux.

Le prince Laurent a levé un fameux lièvre avec les fonds libyens gelés par l'ONU : deux milliards d'euros illégalement libérés par la Belgique... Malgré les investigations de la Chambre, le mystère reste entier.

L'audition du ministre Didier Reynders (MR) devant la commission des Finances de la Chambre à propos des fonds libyens s'est déroulée vendredi dans une ambiance tendue. Le ministre des Affaires étrangères et ex-ministre des Finances a donné une version différente de celle suggérée par son prédécesseur/successeur dans les deux départements, Steven Vanackere (CD&V).

Dans une lettre d'août 2012, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders dévoile à son homologue libyen les montants des avoirs libyens dans les banques belges et lui joint une liste de huit sociétés belges qui réclamaient le paiement de dettes. Cette liste comporte au moins une erreur, relève mercredi Le Soir, qui s'est procuré la lettre.

L'ancien administrateur-général de la Trésorerie, Marc Monbaliu, a répété mardi devant la commission des Finances de la Chambre les raisons pour lesquelles les intérêts de fonds libyens gelés ont été libérés. Son administration a suivi la position donnée aussi bien par le Conseil européen que par le Service Européen pour l'Action Extérieure (SEAE). Il n'y a pas eu d'injonction politique, a-t-il précisé.

Marc Monbaliu, l'ancien administrateur général de la Trésorerie a répondu, par écrit, aux parlementaires qui cherchent à savoir qui a décidé de libérer les intérêts des fonds libyens - 1,5 milliard en cinq ans - gelés en Belgique. Il affirme qu'" il n'y a pas eu de concertation avec le gouvernement " pour prendre cette décision pourtant délicate. Incroyable... Une information exclusive du Vif/L'Express.

Euroclear Bank est au centre d'une instruction judiciaire pour blanchiment. Fin 2017, le juge Claise y a saisi 5 milliards d'euros de fonds libyens, gelés par l'ONU depuis 2011. Mais la banque refuse de transférer les fonds vers un compte de l'Etat : elle se prétend légalement insaisissable. Or le but du législateur n'a jamais été de créer un coffre-fort absolu dans lequel l'argent du crime, de la corruption ou du financement du terrorisme pourrait échapper à une saisie de la Justice.

Le parquet de Bruxelles a publié, ce vendredi 9 mars en début d'après-midi, un communiqué extrêmement prudent, révélateur du caractère très sensible du dossier relatif aux fonds libyens saisis chez Euroclear Bank.

Plus de 10 des 16 milliards d'euros de fonds libyens, gelés en Belgique en 2011 par l'ONU, ont mystérieusement quitté les comptes d'Euroclear Bank entre fin 2013 et fin 2017. Pourtant, aucune autorisation de dégel n'a été accordée par la Trésorerie du SPF Finances. Où est passé l'argent ? Les Affaires étrangères se taisent dans toutes les langues.

Euroclear Bank, " coffre-fort " des banques de la planète, est au centre d'une instruction judiciaire pour blanchiment qui vise aussi KBC, ING et BNP Paribas Fortis. Le juge Michel Claise veut saisir des milliards libyens gelés sur quatre comptes Euroclear depuis 2011. Mais la banque belge... s'y oppose, se prétendant insaisissable. Révélations exclusives.

On savait que les fonds libyens gelés en 2011 en Belgique s'élevaient à 12,8 milliards d'euros chez Euroclear Bank. Le Vif/L'Express révèle que ce montant a grimpé à plus de 16 milliards fin 2013, après être descendu sous la barre des 11 milliards en 2012. À combien ces fonds se chiffrent-ils aujourd'hui? Aucun contrôle parlementaire ne permet de le savoir.