"La vaccination de masse produirait l'apparition de plus en plus nombreuse de variants de plus en plus létaux": c'est une théorie régulièrement avancée au cours des derniers mois. Mais qu'en est-il réellement? Fact ou fake news? Si les avis divergent, les experts restent formels: ce n'est pas la vaccination qui cause l'apparition des variants, mais bien la circulation intense du virus.
...

"La vaccination de masse produirait l'apparition de plus en plus nombreuse de variants de plus en plus létaux": c'est une théorie régulièrement avancée au cours des derniers mois. Mais qu'en est-il réellement? Fact ou fake news? Si les avis divergent, les experts restent formels: ce n'est pas la vaccination qui cause l'apparition des variants, mais bien la circulation intense du virus.Pour autant, une nouvelle étude remet en question le rôle de la vaccination dans la multiplication des mutations du covid. Oui, la vaccination massive est efficace contre les formes graves du covid, et permet de réduire considérablement le risque de mortalité. Mais, paradoxalement, si une grande partie de la population est vaccinée, sans pour autant assurer une immunité de groupe, le risque d'émergence d'une souche résistante du covid serait alors maximal, affirme l'étude publiée dans la revue Nature Scientific Reports. Une conclusion qu'il est néanmoins important de nuancer.Pour leur étude, les chercheurs ont simulé la probabilité qu'un variant émerge au sein d'une population de 10 millions d'habitants d'ici trois ans, en prenant en compte le taux de vaccination, le taux de mutation du virus et sa vitesse de transmission. Leur modèle anticipait une succession de "vagues" à l'origine de pics de contaminations, souvent suivies par une chute des nouveaux cas après l'instauration de restrictions.Les résultats démontrent qu'une vaccination rapide et un faible niveau de circulation réduisent effectivement le risque d'émergence d'un variant résistant. Pour autant, il ne faut pas baisser la garde trop rapidement, préviennent les auteurs, car c'est à ce moment-là que le variant pourrait frapper. Et pour cause : "Lorsqu'une majeure partie de la population est vaccinée, en particulier la fraction à haut risque de la population (les personnes âgées et celles présentant des pathologies sous-jacentes), les décideurs et les individus sont tentés de revenir aux directives pré-pandémiques et aux comportements propices à un taux élevé de transmission du virus", expliquent les chercheurs.Or, alléger les gestes barrière tels que le port du masque et la distanciation sociale à un moment où toute la population n'est pas encore vaccinée accroît sensiblement le risque d'apparition de variants résistants au vaccin.Le phénomène à l'origine de ces résultats est appelé "pression de sélection". Dans la théorie de l'évolution, ce concept désigne un phénomène qui se traduit par une évolution des espèces vivantes soumises à certaines contraintes environnementales.Le virus agirait de la même manière, avancent les chercheurs. Plus le nombre de personnes vaccinées augmente, plus la population développe des anticorps et plus l'avantage compétitif des souches résistantes au vaccin s'accroît. Confronté à des personnes immunisées, un virus doit donc décupler sa capacité de transmission pour continuer à se propager au même rythme.Et si l'immunité de groupe n'est pas encore atteinte, le variant a alors le champ libre pour se propager, d'autant que le vaccin ne bloque jamais complètement le risque de transmission. D'où la nécessité d'atteindre un pourcentage de vaccination le plus haut possible. Selon les chercheurs, c'est à partir d'un seuil de 60% de vaccinés que la probabilité d'émergence de variants résistants devient élevée. Cela correspond à la situation actuelle dans la plupart des pays européens, confrontés à la propagation rapide du variant Delta. En Belgique par exemple, "seuls" 63,7% de la population sont, à l'heure actuelle, entièrement vaccinés. Or, le fameux seuil d'immunité collective se situe plutôt autour de 80-90 % de population vaccinée, selon Emmanuel André, microbiologiste à la KULeuven. Et aucun pays dans le monde n'est pour l'instant parvenu à atteindre ces chiffres. "Avec des pourcentages tels que l'on a aujourd'hui, le virus va continuer à circuler. Et certainement, parce qu'il y a encore énormément de pays à travers le monde où le virus circule énormément", explique-t-il, dans des propos repris par la RTBF.Ces résultats montrent donc la nécessité de maintenir des mesures de précaution jusqu'à ce que tout le monde soit vacciné et de faire "un effort de vaccination réellement mondial", sans quoi "des souches résistantes aux vaccins pourraient être éliminées dans certaines populations mais persister ailleurs", avant de se répandre, soulignent les auteurs.