Dès le début de la crise sanitaire, nous vous parlions déjà des différences fondamentales d'action entre un vaccin, un antiviral et un anticorps. Si le premier a été commercialisé plus rapidement qu'escompté, les deux derniers ont mis davantage de temps pour être développés. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que leur arrivée imminente sur le marché risque de changer l'approche actuelle face au coronavirus.
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Dès le début de la crise sanitaire, nous vous parlions déjà des différences fondamentales d'action entre un vaccin, un antiviral et un anticorps. Si le premier a été commercialisé plus rapidement qu'escompté, les deux derniers ont mis davantage de temps pour être développés. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que leur arrivée imminente sur le marché risque de changer l'approche actuelle face au coronavirus.En substance, le vaccin immunise face au virus et est administré de façon préventive. L'antiviral, lui, va s'inscrire dans une logique plus curative, plus directe, pour s'attaquer au virus. Le modèle est donc différent : le vaccin rentre davantage dans une vision au long terme, alors que l'antiviral, lui, peut être un outil pour cibler sur le court terme. La semaine passée, Pfizer a annoncé avoir commencé un essai clinique de grande ampleur pour sa pilule anti-Covid, afin de tester sa capacité à réduire à titre préventif les risques d'infection dans l'entourage d'une personne ayant contracté la maladie. Plusieurs compagnies, dont Merck et Roche, travaillent sur des médicaments de ce type, appelés antiviraux. Ils agissent en empêchant le virus de se répliquer.Leur application peut être double: à la fois permettre aux personnes déjà atteintes de la maladie de ne pas souffrir de symptômes graves, en s'attaquant directement au virus, mais aussi à celles ayant été en contact rapproché de ne pas le développer. En cas de résultats concluants, "nous pensons que ce traitement pourrait aider à arrêter le virus très tôt, avant qu'il ait la possibilité de se répliquer largement, en empêchant potentiellement les cas symptomatiques de la maladie chez ceux ayant été exposés et en freinant le début de l'infection chez d'autres", a déclaré dans un communiqué Mikael Dolsten, directeur scientifique chez Pfizer. Cette approche est "complémentaire" des vaccins anti-Covid, a-t-il ajouté. Ce traitement a été conçu sous forme de pilule à avaler simplement avec un verre d'eau. L'essai clinique de phase 2/3 comptera plus de 2.600 participants âgés de 18 ans ou plus. Certains prendront le traitement, administré deux fois par jour pendant 5 à 10 jours, et les autres un placebo. Le médicament a déjà été testé sur quelques dizaines de personnes afin de démontrer qu'il n'était pas dangereux pour la santé. Deux autres essais cliniques sont par ailleurs en cours depuis cet été sur des milliers de participants pour évaluer l'efficacité du produit sur les personnes déjà atteintes du Covid-19. L'un pour celles présentant un haut risque de développer un cas grave de la maladie, l'autre pour les faibles risques. Pour toutes les personnes déjà infectées, ce médicament sera surtout efficace dans les premiers jours de l'infection, avant que le virus ne se soit déjà largement répliqué. Le traitement de Pfizer, contrairement à ses concurrents, n'a pas été réadapté à partir d'un autre médicament mais développé spécifiquement contre le Covid. Il sera toutefois administré en combinaison avec une "faible dose" du médicament ritonavir, utilisé contre le virus du sida.Une autre pilule contre le coronavirus, sur laquelle la société pharmaceutique américaine Merck travaille en collaboration avec Ridgeback Bio, réduit de moitié les risques d'hospitalisation et de décès à la suite d'une infection au Covid-19. Les deux sociétés ont dressé ce constat en fin de semaine passée lors d'une évaluation intermédiaire de l'étude de phase 3. Si la pilule, appelée molnupiravir, obtient le feu vert des autorités compétentes, elle sera le premier médicament oral anti-coronavirus.Les deux entreprises pharmaceutiques ont testé leur pilule contre le Covid sur 775 patients à risque qui avaient été testés positifs et présentaient des symptômes légers ou peu prononcés. Dans le groupe qui a reçu le médicament antiviral, 7,3% ont été admis à l'hôpital. Dans le groupe témoin, qui a reçu un placebo, ce chiffre était de 14%. Huit personnes du groupe placebo sont décédées à cause de Covid-19, mais aucune dans le groupe recevant du molnupiravir. Les deux sociétés ont annoncé qu'elles soumettraient les résultats à l'autorité américaine chargée des médicaments, la FDA, dans les meilleurs délais. On ne sait pas encore si elles soumettront également leur dossier en Europe.Le traitement du coronavirus par l'administration d'anticorps arrive aussi sur la table. Les anticorps de synthèse, qui se différencient donc des vaccins, pourraient s'avérer utile pour les immunodéprimés. L'anticorps va lui aussi agir de façon plus ciblée, pour se fixer sur le Covid et l'anéantir. "Ce sont des molécules bien tolérées qui sont là pour donner une forme d'immunité qu'on nous a transférée et qui nous permet de nous protéger un certain temps", commente Hervé Watier, professeur d'immunologie, à France Info.L'arrivée sur le marché des anticorps et des antiviraux peut donc changer la donne, car ils permettent une action beaucoup plus ciblée et rapide face au virus.