Le variant Omicron illustre ce que bon nombre d'experts redoutent depuis le début de la campagne de vaccination mondiale : l'enjeu que la pandémie se situe chez nous, mais aussi ailleurs. Des progrès ont été faits pour vacciner le monde, mais force est de constater que l'inégalité vaccinale est toujours bien présente. Selon Our World in Data, qui recense les données Covid à travers le globe, environ 60% de la population mondiale a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid. Mais ce sont surtout les pays à revenu élevé ou moyen supérieur qui sont concernés. L'objectif fixé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) d'un taux de vaccination de 40% dans chaque pays d'ici la fin de 2021 n'a pas été atteint, avec des écarts surtout marqués en Afrique. Dans une quarantaine de pays, moins de 10% de la population est vaccinée.
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Le variant Omicron illustre ce que bon nombre d'experts redoutent depuis le début de la campagne de vaccination mondiale : l'enjeu que la pandémie se situe chez nous, mais aussi ailleurs. Des progrès ont été faits pour vacciner le monde, mais force est de constater que l'inégalité vaccinale est toujours bien présente. Selon Our World in Data, qui recense les données Covid à travers le globe, environ 60% de la population mondiale a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid. Mais ce sont surtout les pays à revenu élevé ou moyen supérieur qui sont concernés. L'objectif fixé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) d'un taux de vaccination de 40% dans chaque pays d'ici la fin de 2021 n'a pas été atteint, avec des écarts surtout marqués en Afrique. Dans une quarantaine de pays, moins de 10% de la population est vaccinée."La majorité des doses sont monopolisées par les pays riches, dans des proportions plus importantes que leurs besoins. Et les pays à faible revenu font face à des pénuries", pointe Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11. "On a donc 80% de la population vaccinée et souvent boostée dans les pays riches, alors que seuls 6% des pays à faible revenu sont dans le cas."Avec l'apparition de nouveaux variants, les pays riches se ruent sur les "boosters". Une mauvaise stratégie ? Le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a, une nouvelle fois, appelé les pays à ne pas se montrer égoïstes et à contribuer à une distribution équitable du vaccin : "Des programmes de rappel sans discernement ont toutes les chances de prolonger la pandémie, plutôt que d'y mettre fin, en détournant les doses disponibles vers les pays qui ont déjà des taux de vaccination élevés, offrant ainsi au virus plus de possibilités de se répandre et de muter."L'inégalité vaccinale provoque-t-elle vraiment l'apparition de variants ? Pour Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses, cette affirmation est un raccourci. "La circulation du virus entraine l'apparition de variants, cela dépend de la quantité de virus qui circule et de la situation de l'immunité générale de la population." Il estime qu'il faut aujourd'hui changer de paradigme. "On veut contrôler la transmission du virus et l'apparition de formes graves de la maladie. Ce sont deux choses distinctes : on peut vacciner les populations, mais ça n'empêche pas la transmission. Par contre, le vaccin protège de la maladie. L'injustice qui existe entre les pays pauvres et riches, c'est que les personnes vulnérables, comme les personnes âgées, sont moins bien protégées", ajoute-t-il."L'enjeu n'est pas de dire qu'il faut se priver au Nord pour les donner au Sud", nuance Arnaud Zacharie. "Il faut répondre mondialement à la pandémie. D'autant que le booster est devenu nécessaire avec le variant Omicron." Mais on est "dans un cercle vicieux : la répartition est inégale, donc ça augmente les risques de variants plus contagieux et résistants aux vaccins."Pour Nathan Clumeck, l'important est avant tout de protéger les personnes vulnérables, et ce partout dans le monde. Un besoin qui est différent selon les pays, notamment en raison du taux de personnes âgées, groupe à risque. "Prenons l'exemple de l'Inde. La vague Delta a été extrêmement meurtrière. Et aujourd'hui, il y a beaucoup moins de cas que chez nous. C'est une accumulation de trois facteurs : les personnes - plutôt aisées - qui ont eu accès au vaccin sont protégées contre la maladie, les plus vulnérables qui n'ont pas eu accès sont décédés et le reste de la population, jeune, est immunisé. Malgré un faible taux de vaccination au départ, la circulation du virus a provoqué un taux d'immunisation de 90%", explique le professeur.La vaccination peut-elle néanmoins réduire l'apparition de variants ? Pour que ce ne soit pas le cas, il faudrait que tous les pays soient vaccinés à 90%. Irréaliste, selon lui. "C'est ce qu'on a obtenu pour la polio et la variole. Mais cela a été un consensus international de l'ONU : les pays ont imposé la vaccination à leur population dans le monde entier. On a dégagé des moyens, des infrastructures, une production de vaccins... Si on veut arrêter la circulation du virus, cela n'arrivera pas en vaccinant la moitié du monde."La redistribution des doses du Nord au Sud n'est pas l'unique question. Il y a d'abord eu des couacs. "De nombreuses doses sont arrivées avec une date d'expiration trop proche, rendant le déploiement difficile et amenant à la destruction des doses", indique Arnaud Zacharie. "De plus, les pays en développement sont vigilants pour ne pas devenir les poubelles des pays riches. Il y a aussi une défiance vis-à-vis des vaccins dont certains pays ne veulent pas ou plus, comme AstraZeneca." Avec le booster, les gouvernements répondent également aux besoins de leur population et à la pression de l'opinion publique, et finalement, les pays pauvres se retrouvent "avec les miettes dont on n'a pas besoin."Des dizaines de pays moins favorisés dépendent du programme de partage de vaccins Covax, dont les livraisons se sont accélérées ces dernières semaines. Mais le mécanisme reste loin de ses objectifs. L'UE soutient Covax depuis le début. Mais Covax, qui est une centrale d'achat qui négocie au profit des plus pauvres, s'est retrouvée concurrencée par les pays riches eux-mêmes qui ont secrètement négocié des précommandes. "La Commission européenne rappelle sans cesse qu'elle est le premier exportateur de vaccin. C'est vrai. Mais 95% des exportations sont destinées à 6 pays qui ne sont pas à faible revenu (Canada, Japon, Corée du Sud, Turquie, Royaume-Uni et Brésil) C'est un écran de fumée pour masquer le véritable problème, celui des capacités de production", poursuit Arnaud Zacharie.En augmentant les capacités de production, chaque région pourrait à terme développer des vaccins pour sa population. Un processus qui avance, lentement, mais qui se heurte aux droits de propriété intellectuelle et aux brevets détenus par les firmes pharmaceutiques. "Des entreprises sont prêtes pour développer des vaccins à ARNmessager, mais elles ne peuvent pas le faire." Le sujet est à l'ordre du jour de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), mais certains membres continuent de refuser : l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège, précise Zacharie."C'est le point le plus important", confirme Nathan Clumeck. "Le vaccin doit devenir un bien universel commun. Ce que, pour l'instant, Moderna et Pfizer refusent. C'est un problème moral, surtout avec les bénéfices qu'ils ont faits. Il faut sortir d'une logique du profit pour entre dans une logique de santé publique."