À contre-courant des nombreux pays européens qui confinent leur population pour lutter contre la propagation du coronavirus, certains visent plutôt l'émergence d'une "immunité collective". Ce qu'on appelle aussi l'"immunité grégaire" consiste à tenter d'enrayer la propagation d'une maladie contagieuse si un certain pourcentage (60% ou 70%) de la population est immunisé. Soit par vaccination - scénario non envisageable dans le cadre de la lutte contre le coronavirus-, soit en laissant une partie de la population être contaminée.

L'objectif est donc simple : parvenir à une "immunité de groupe" dans l'attente d'un vaccin, en laissant les personnes les moins vulnérables attraper le virus tout en protégeant les plus fragiles (personnes âgées et malades). Cette méthode repose sur le fait que les gens contractent la maladie et deviennent ainsi immunisés. On pense généralement que ceux qui se rétablissent seront immunisés, de sorte qu'ils ne l'attraperont pas deux fois. Mais cela risque d'exposer davantage les personnes à risque.

Eviter à tout prix le confinement

C'est en ce sens que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a fait son allocution lundi soir. Si le gouvernement néerlandais a ordonné dimanche des fermetures (écoles, bars, restaurants, coffee shops), il n'est pas question d'un confinement total, comme c'est le cas en Italie ou en France. "La réalité est qu'une grande partie de la population néerlandaise sera infectée par le coronavirus", a-t-il averti lors de son discours.

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C'est également la stratégie qui était envisagée au Royaume-Uni. Nombreux sont ceux qui ont reproché au Premier ministre Boris Johnson de ne pas prendre les mesures radicales qui s'imposent. Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement, argumentait que la population pourrait développer une immunité au virus s'il se répand lentement : "Vous ne pouvez pas l'arrêter, donc vous devriez vous retrouver avec un pic plus important, pendant lequel vous prévoyez que plus de gens seront immunisés. (...) Cela devient en soi une protection dans le processus. Il est probable que cela devienne un virus annuel, une infection saisonnière annuelle." Néanmoins, il a suggéré que ce genre d'immunité ne pourrait fonctionner que si 60% de la population était atteinte, au risque d'avoir potentiellement davantage de morts.

Et en Belgique ?

Face à un nouveau virus, le meilleur moyen pour lutter et développer des défenses, c'est qu'un nombre important de citoyens développe une immunité. Pour cela, il y a deux moyens : faire l'infection et en guérir, ou se faire vacciner. Mais contre le Covid-19, il n'y a pas encore de vaccin.

En Belgique, on souhaite diminuer l'intensité du pic épidémique pour que la population développe petit à petit son immunité sans surcharger les systèmes de santé : "Notre volonté est de voir le nombre de personnes infectées chez nous continuer à augmenter mais à une vitesse acceptable pour notre système de santé. Car une partie, une minorité, des personnes contaminées auront besoin de soins de santé, et on ne veut pas qu'ils soient débordés", précise Emmanuel André, porte-parole interfédéral du Covid-19.

>> Coronavirus: 185 nouveaux cas confirmés en Belgique

Stratégie risquée et décriée

Une stratégie risquée, qui est loin de faire l'unanimité. Le gouvernement britannique fait d'ailleurs tout doucement marche arrière : ils ont conseillé lundi d'éviter tout "contact social" et déplacement non essentiel. De son côté, Mark Rutte se justifie. S'il devait appliquer un confinement total comme d'autres pays européens, "nous devrions fermer notre pays pendant un an ou même plus, avec toutes les conséquences" que cela implique. D'autant que le virus "pourrait réapparaître immédiatement si les mesures étaient retirées", précise-t-il.

Une approche qui inquiète le co-président d'Ecolo Jean -Marc Nollet, interrogé sur Matin Première : "Cela m'interpelle énormément car j'ai l'impression qu'ils font passer l'argent avant les gens. En Belgique tout le monde est d'accord pour dire que la priorité absolue c'est la santé des gens. Évidemment l'économie on doit aussi s'en occuper mais l'argent viendra après".

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Les spécialistes divisés

Cette approche suscite de nombreuses critiques et interrogations. Le rédacteur en chef de la revue médicale The Lancet, Richard Horton, a accusé le Royaume-Uni d'excès de confiance. Devi Sridhar, professeure de santé publique à l'université d'Edimbourg, a renchéri: "La courbe peut être inversée, comme en Corée du Sud et à Singapour, mais ça ne peut se faire qu'avec l'action du gouvernement".

Pour Anthony Costello, pédiatre et ancien directeur de l'Organisation mondiale de la santé, cela pourrait entrer en conflit avec la politique de l'OMS. Selon lui, cette "immunité collective" pourrait même ne pas durer : "Le coronavirus provoque-t-il une forte immunité collective ou est-ce comme la grippe où de nouvelles souches apparaissent chaque année et nécessitent des vaccins répétés ? Nous avons beaucoup à apprendre sur les réponses immunitaires au Covid-19."

D'autres spécialistes défendent la stratégie. Thomas House, professeur de mathématiques statistiques à l'université de Manchester, estime que "l'immunité collective arrivera à un moment ou un autre" quoi qu'il en soit : "Le but d'une politique à cet égard devrait être de réduire au maximum le coût humain."

À contre-courant des nombreux pays européens qui confinent leur population pour lutter contre la propagation du coronavirus, certains visent plutôt l'émergence d'une "immunité collective". Ce qu'on appelle aussi l'"immunité grégaire" consiste à tenter d'enrayer la propagation d'une maladie contagieuse si un certain pourcentage (60% ou 70%) de la population est immunisé. Soit par vaccination - scénario non envisageable dans le cadre de la lutte contre le coronavirus-, soit en laissant une partie de la population être contaminée. L'objectif est donc simple : parvenir à une "immunité de groupe" dans l'attente d'un vaccin, en laissant les personnes les moins vulnérables attraper le virus tout en protégeant les plus fragiles (personnes âgées et malades). Cette méthode repose sur le fait que les gens contractent la maladie et deviennent ainsi immunisés. On pense généralement que ceux qui se rétablissent seront immunisés, de sorte qu'ils ne l'attraperont pas deux fois. Mais cela risque d'exposer davantage les personnes à risque. C'est en ce sens que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a fait son allocution lundi soir. Si le gouvernement néerlandais a ordonné dimanche des fermetures (écoles, bars, restaurants, coffee shops), il n'est pas question d'un confinement total, comme c'est le cas en Italie ou en France. "La réalité est qu'une grande partie de la population néerlandaise sera infectée par le coronavirus", a-t-il averti lors de son discours. C'est également la stratégie qui était envisagée au Royaume-Uni. Nombreux sont ceux qui ont reproché au Premier ministre Boris Johnson de ne pas prendre les mesures radicales qui s'imposent. Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement, argumentait que la population pourrait développer une immunité au virus s'il se répand lentement : "Vous ne pouvez pas l'arrêter, donc vous devriez vous retrouver avec un pic plus important, pendant lequel vous prévoyez que plus de gens seront immunisés. (...) Cela devient en soi une protection dans le processus. Il est probable que cela devienne un virus annuel, une infection saisonnière annuelle." Néanmoins, il a suggéré que ce genre d'immunité ne pourrait fonctionner que si 60% de la population était atteinte, au risque d'avoir potentiellement davantage de morts.Une stratégie risquée, qui est loin de faire l'unanimité. Le gouvernement britannique fait d'ailleurs tout doucement marche arrière : ils ont conseillé lundi d'éviter tout "contact social" et déplacement non essentiel. De son côté, Mark Rutte se justifie. S'il devait appliquer un confinement total comme d'autres pays européens, "nous devrions fermer notre pays pendant un an ou même plus, avec toutes les conséquences" que cela implique. D'autant que le virus "pourrait réapparaître immédiatement si les mesures étaient retirées", précise-t-il. Une approche qui inquiète le co-président d'Ecolo Jean -Marc Nollet, interrogé sur Matin Première : "Cela m'interpelle énormément car j'ai l'impression qu'ils font passer l'argent avant les gens. En Belgique tout le monde est d'accord pour dire que la priorité absolue c'est la santé des gens. Évidemment l'économie on doit aussi s'en occuper mais l'argent viendra après". Cette approche suscite de nombreuses critiques et interrogations. Le rédacteur en chef de la revue médicale The Lancet, Richard Horton, a accusé le Royaume-Uni d'excès de confiance. Devi Sridhar, professeure de santé publique à l'université d'Edimbourg, a renchéri: "La courbe peut être inversée, comme en Corée du Sud et à Singapour, mais ça ne peut se faire qu'avec l'action du gouvernement".Pour Anthony Costello, pédiatre et ancien directeur de l'Organisation mondiale de la santé, cela pourrait entrer en conflit avec la politique de l'OMS. Selon lui, cette "immunité collective" pourrait même ne pas durer : "Le coronavirus provoque-t-il une forte immunité collective ou est-ce comme la grippe où de nouvelles souches apparaissent chaque année et nécessitent des vaccins répétés ? Nous avons beaucoup à apprendre sur les réponses immunitaires au Covid-19."D'autres spécialistes défendent la stratégie. Thomas House, professeur de mathématiques statistiques à l'université de Manchester, estime que "l'immunité collective arrivera à un moment ou un autre" quoi qu'il en soit : "Le but d'une politique à cet égard devrait être de réduire au maximum le coût humain."