On dirait le début d'une compétition. Ou d'un festival. En tout cas, un événement a officiellement démarré fin décembre un peu partout en Europe, chez nous aussi donc: la vaccination anti-Covid. Une étape supplémentaire mais crucialissime dans ce qui restera comme la plus grande pandémie mondiale depuis celle de la grippe espagnole, il y a cent ans, et qui a commencé il y a douze mois, en Chine. Le 28 décembre, les premiers Belges ont reçu la première des deux doses nécessaires du vaccin Pfizer-BioNTech. Ils étaient 288, répartis dans des maisons de repos de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre. En attendant le feu vert européen aux quatre autres vaccins commandés par le gouvernement belge (22 millions de doses, au total), ce 6 janvie...

On dirait le début d'une compétition. Ou d'un festival. En tout cas, un événement a officiellement démarré fin décembre un peu partout en Europe, chez nous aussi donc: la vaccination anti-Covid. Une étape supplémentaire mais crucialissime dans ce qui restera comme la plus grande pandémie mondiale depuis celle de la grippe espagnole, il y a cent ans, et qui a commencé il y a douze mois, en Chine. Le 28 décembre, les premiers Belges ont reçu la première des deux doses nécessaires du vaccin Pfizer-BioNTech. Ils étaient 288, répartis dans des maisons de repos de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre. En attendant le feu vert européen aux quatre autres vaccins commandés par le gouvernement belge (22 millions de doses, au total), ce 6 janvier, le départ de la campagne de vaccination, qui s'amplifiera dans les faits dès la première semaine de janvier, a ressemblé aussi à une vaste opération de communication, que ce soit chez nous, en France, en Italie, en Espagne ou ailleurs. C'est qu'il ne s'agit pas aux yeux de tous d'une délivrance: malgré les ravages du coronavirus (près de 20 000 morts en Belgique, bientôt deux millions dans le monde), l'arrivée sur le marché des différents vaccins n'est pas forcément célébrée comme on célèbre celle d'un libérateur à la chute du tyran ou de l'envahisseur. S'il y a pour la presse organisation de séances photos des premiers vaccinés, c'est qu'il y a nécessité de persuader le plus grand nombre de se faire administrer un produit mis au point avec une rapidité aussi exceptionnelle que, aux yeux de beaucoup, suspecte. Ainsi, on estime généralement qu'il faut autour de 70% de vaccinés dans une population pour mettre le virus K.O. debout. Or, en France par exemple (plus de 62 000 morts), seuls 44% des citoyens y seraient actuellement prêts. En Espagne (plus de 50 000 décès), ils seraient 40,5%. En Pologne (27 000 morts), 42%. En Italie (72 000 décès), 65% de la population se dit disposée à se faire vacciner mais la première infirmière à avoir reçu l'injection du vaccin, le 27 décembre, a été assaillie d'insultes sur les réseaux sociaux. En Belgique, ils ne seraient que 14% à le refuser mais les autorités, tant politiques que scientifiques, tant fédérales que régionales, savent que l'enjeu est d'une telle importance qu'il ne faut pas sous-estimer le nombre de réfractaires, annoncé ou potentiel. Et donc, si la vaccination reste non obligatoire, il faut convaincre. Lire aussi: Les vaccins anti-Covid passés au cribleLes "antivax" ou les "hésitants vaccinaux" avancent différents arguments: le refus d'enrichir le secteur pharma- ceutique, la liberté de disposer de son corps, l'objection catégorique à l'injection de tout produit, les inconnues sur les effets secondaires des nouveaux vaccins... Il leur est notamment rétorqué que l'espérance de vie dans les sociétés occidentales n'a fait qu'augmenter ces soixante dernières années (+ 13 ans pour les hommes, + 12,5 pour les femmes), et notamment grâce à l'amélioration de l'accès aux soins et de leur qualité. Les mois prochains démontreront si, en Belgique et ailleurs, leurs avis ou convictions essaiment ou si le seuil présenté comme salvateur des 70% de vaccinés est finalement aisément atteint, en tenant compte évidemment des délais de livraison des vaccins et des différentes étapes déjà décidées pour les administrer, selon les catégories de population (des prioritaires aux moins vulné- rables). Et, dans tous les cas, si le coronavirus, avec ses différentes mutations, s'en soucie comme d'une guigne ou se fracasse comme les vagues sur une digue.