Le caléidoscope de l'actualité est souvent étonnant. Sur la même une, on s'inquiète de l'ampleur du changement climatique et on s'alarme de l'augmentation du prix de l'énergie.

Pourtant, dans une économie de marché, l'augmentation des prix est l'un des leviers les plus efficaces pour inciter à une diminution de la consommation et à un usage plus économe et efficace de ressources limitées. C'est le b.a.ba de l'économie politique. Et il n'y aura pas de transition écologique sans changements substantiels dans notre manière de consommer l'énergie et les biens, ni sans réduction conséquente de la consommation d'énergie et de matière première par les entreprises.

L'un des principaux arguments est que l'augmentation du prix des énergies fossiles rend les énergies renouvelables de plus en plus compétitives. Selon l'Institute for New Economic Thinking, de l'Université d'Oxford, le passage rapide des énergies fossiles aux énergies renouvelables entrainent "des économies nettes globales de plusieurs milliers de milliards de dollars - même sans tenir compte des dommages climatiques ou des co-bénéfices de la politique climatique."

Résumer la transition écologique à la transition énergétique et celle-ci au passage d'un mode de production d'énergie à un autre sans modifier substantiellement nos modes de consommation conduit à ignorer (ou a pour objectif d'ignorer) l'ampleur du problème écologique auquel nous faisons face. Il ne se résume ni à la production d'énergie, ni au taux de CO2 dans l'atmosphère. La quantité de déchets générés et la sur-exploitation des ressources sont des conséquences tout aussi importantes de notre société d'hyper-consommation. A ce rythme, nous épuiserons de nombreuses matières premières au cours des prochaines décennies, même en produisant en passant au 100% renouvelable. Il ne s'agit pas que de changement climatique, mais d'une vague d'extinction d'espèces, de la réduction de la biodiversité et de la destruction de la planète.

Présenter la transition des énergies fossiles aux énergies renouvelables comme la principale solution à ces problèmes qui ne nécessiteraient donc pas de changer nos modes de consommation (qui sont devenus nos modes de vie) est l'illusion que vendent des cercles restreints mais très médiatiques des "techno-optimistes" qui misent sur les seules technologies pour faire face au changement climatique et à l'épuisement des ressources naturelles. Leurs arguments ont été mis en pièce depuis les années 1970. Un exemple parmi d'autres : "l'effet rebond" nous rappelle par exemple que les diminutions de la consommation d'énergie et de matières premières grâce à une innovation technologique sont généralement compensées par la massification de cette technologie. Bref, si certaines innovations technologiques peuvent contribuer à une transition écologique, celle-ci ne pourra se faire sans une diminution de notre consommation d'énergie et de matières premières.

A contrepied des débats actuels, on peut même se demander s'il est possible de parvenir à changer de manière substantielle les comportements de consommation sans avoir recours à l'augmentation des prix, que son origine soit la raréfaction de l'offre (comme c'est le cas aujourd'hui) ou une politique volontariste des pouvoirs publics pour diminuer la demande. Fumer nuit gravement à la santé et il est donc légitime et dans l'intérêt public que les gouvernements interviennent pour élever le prix du tabac afin d'inciter les consommateurs à en consommer moins. Une hausse des prix des énergies et des biens de consommation ne peut-elle pas inciter les classes moyennes et supérieures à consommer moins de biens et d'énergie ?

Consommer toujours plus

Cet argument me semble d'autant plus justifié que le prix des biens et de l'énergie ont été maintenus à un niveau artificiellement bas au cours des dernières décennies. D'une part, les subventions à la production et à la consommation des énergies fossiles et l'absence de prise en compte des dégâts causés par l'extraction et la consommation de ces énergies font que les prix actuels sont bien en deçà du coût réel de ces énergies pour la société. D'autre part, avec les traités de libre échange et les délocalisations, les salaires très bas et la surexploitation des travailleuses et travailleurs de ces "ateliers du monde" et usines du Sud de la planète a diminué considérablement le prix des biens de consommation, incitant les classes moyennes et supérieures du Nord et du Sud de la planète à consommer toujours plus au moment où la planète surchauffe.

Les ménages les plus précaires sont aussi ceux qui consomment (et donc polluent) le moins. Il serait injuste qu'ils soient les plus impactés par une hausse des prix de l'énergie et par les impératifs écologiques. En ce sens, des compensations économiques de la hausse des prix de l'énergie et des mesures pour qu'ils puissent se chauffer et ne pas voir leur pouvoir d'achat affecter par l'inflation est pleinement justifié et essentiel dans une société démocratique.

Par contre, pour les classes moyennes et supérieures et pour les entreprises la question se pose : à l'heure où les limites des ressources naturelles se font sentir à travers des pénuries de certains composants et la hausse des prix des énergies et des biens, l'urgence est-elle de limiter la hausse des prix de l'énergie, des ressources et des biens pour maintenir un mode de production et de consommation dont les impacts sur la planète sont irréversibles ? Ou s'agit-il au contraire de saisir cette hausse des prix pour inciter les entreprises et les consommateurs à changer de manière substantielle leur consommation de biens et d'énergie ?

C'est une question probablement impopulaire mais pourtant fondamentale pour les décideurs politiques. C'est aussi une question qui se pose à chacun d'entre nous, dans nos actes quotidiens. Si les réponses individuelles ne suffisent pas, limiter le changement climatique passe aussi (mais pas seulement) par un changement de notre consommation d'énergie et de biens, et plus généralement de notre rapport à la consommation.

Le caléidoscope de l'actualité est souvent étonnant. Sur la même une, on s'inquiète de l'ampleur du changement climatique et on s'alarme de l'augmentation du prix de l'énergie. Pourtant, dans une économie de marché, l'augmentation des prix est l'un des leviers les plus efficaces pour inciter à une diminution de la consommation et à un usage plus économe et efficace de ressources limitées. C'est le b.a.ba de l'économie politique. Et il n'y aura pas de transition écologique sans changements substantiels dans notre manière de consommer l'énergie et les biens, ni sans réduction conséquente de la consommation d'énergie et de matière première par les entreprises. L'un des principaux arguments est que l'augmentation du prix des énergies fossiles rend les énergies renouvelables de plus en plus compétitives. Selon l'Institute for New Economic Thinking, de l'Université d'Oxford, le passage rapide des énergies fossiles aux énergies renouvelables entrainent "des économies nettes globales de plusieurs milliers de milliards de dollars - même sans tenir compte des dommages climatiques ou des co-bénéfices de la politique climatique."Résumer la transition écologique à la transition énergétique et celle-ci au passage d'un mode de production d'énergie à un autre sans modifier substantiellement nos modes de consommation conduit à ignorer (ou a pour objectif d'ignorer) l'ampleur du problème écologique auquel nous faisons face. Il ne se résume ni à la production d'énergie, ni au taux de CO2 dans l'atmosphère. La quantité de déchets générés et la sur-exploitation des ressources sont des conséquences tout aussi importantes de notre société d'hyper-consommation. A ce rythme, nous épuiserons de nombreuses matières premières au cours des prochaines décennies, même en produisant en passant au 100% renouvelable. Il ne s'agit pas que de changement climatique, mais d'une vague d'extinction d'espèces, de la réduction de la biodiversité et de la destruction de la planète. Présenter la transition des énergies fossiles aux énergies renouvelables comme la principale solution à ces problèmes qui ne nécessiteraient donc pas de changer nos modes de consommation (qui sont devenus nos modes de vie) est l'illusion que vendent des cercles restreints mais très médiatiques des "techno-optimistes" qui misent sur les seules technologies pour faire face au changement climatique et à l'épuisement des ressources naturelles. Leurs arguments ont été mis en pièce depuis les années 1970. Un exemple parmi d'autres : "l'effet rebond" nous rappelle par exemple que les diminutions de la consommation d'énergie et de matières premières grâce à une innovation technologique sont généralement compensées par la massification de cette technologie. Bref, si certaines innovations technologiques peuvent contribuer à une transition écologique, celle-ci ne pourra se faire sans une diminution de notre consommation d'énergie et de matières premières.A contrepied des débats actuels, on peut même se demander s'il est possible de parvenir à changer de manière substantielle les comportements de consommation sans avoir recours à l'augmentation des prix, que son origine soit la raréfaction de l'offre (comme c'est le cas aujourd'hui) ou une politique volontariste des pouvoirs publics pour diminuer la demande. Fumer nuit gravement à la santé et il est donc légitime et dans l'intérêt public que les gouvernements interviennent pour élever le prix du tabac afin d'inciter les consommateurs à en consommer moins. Une hausse des prix des énergies et des biens de consommation ne peut-elle pas inciter les classes moyennes et supérieures à consommer moins de biens et d'énergie ? Cet argument me semble d'autant plus justifié que le prix des biens et de l'énergie ont été maintenus à un niveau artificiellement bas au cours des dernières décennies. D'une part, les subventions à la production et à la consommation des énergies fossiles et l'absence de prise en compte des dégâts causés par l'extraction et la consommation de ces énergies font que les prix actuels sont bien en deçà du coût réel de ces énergies pour la société. D'autre part, avec les traités de libre échange et les délocalisations, les salaires très bas et la surexploitation des travailleuses et travailleurs de ces "ateliers du monde" et usines du Sud de la planète a diminué considérablement le prix des biens de consommation, incitant les classes moyennes et supérieures du Nord et du Sud de la planète à consommer toujours plus au moment où la planète surchauffe. Les ménages les plus précaires sont aussi ceux qui consomment (et donc polluent) le moins. Il serait injuste qu'ils soient les plus impactés par une hausse des prix de l'énergie et par les impératifs écologiques. En ce sens, des compensations économiques de la hausse des prix de l'énergie et des mesures pour qu'ils puissent se chauffer et ne pas voir leur pouvoir d'achat affecter par l'inflation est pleinement justifié et essentiel dans une société démocratique. Par contre, pour les classes moyennes et supérieures et pour les entreprises la question se pose : à l'heure où les limites des ressources naturelles se font sentir à travers des pénuries de certains composants et la hausse des prix des énergies et des biens, l'urgence est-elle de limiter la hausse des prix de l'énergie, des ressources et des biens pour maintenir un mode de production et de consommation dont les impacts sur la planète sont irréversibles ? Ou s'agit-il au contraire de saisir cette hausse des prix pour inciter les entreprises et les consommateurs à changer de manière substantielle leur consommation de biens et d'énergie ? C'est une question probablement impopulaire mais pourtant fondamentale pour les décideurs politiques. C'est aussi une question qui se pose à chacun d'entre nous, dans nos actes quotidiens. Si les réponses individuelles ne suffisent pas, limiter le changement climatique passe aussi (mais pas seulement) par un changement de notre consommation d'énergie et de biens, et plus généralement de notre rapport à la consommation.