Elle avait beau être attendue au tournant de la reprise économique, l'inflation sème un vent de panique, tirée principalement par la hausse des prix de l'énergie, gaz et électricité en tête. D'août à septembre, elle a augmenté de 2,73% à 2,86%, soit son plus haut niveau depuis février 2017. Un tel pourcentage pourrait encore paraître raisonnable, si ce n'est qu'il n'intègre pas encore l'envolée du prix du méga-wattheure d'électricité et de gaz naturel sur les marchés de l'énergie en septembre.
...

Elle avait beau être attendue au tournant de la reprise économique, l'inflation sème un vent de panique, tirée principalement par la hausse des prix de l'énergie, gaz et électricité en tête. D'août à septembre, elle a augmenté de 2,73% à 2,86%, soit son plus haut niveau depuis février 2017. Un tel pourcentage pourrait encore paraître raisonnable, si ce n'est qu'il n'intègre pas encore l'envolée du prix du méga-wattheure d'électricité et de gaz naturel sur les marchés de l'énergie en septembre. Dans les prochains mois, l'inflation devrait d'ailleurs dépasser la barre des 4%, d'après les prévisions du Bureau fédéral du plan, actualisées ce 5 octobre. "Les révisions par rapport à nos prévisions antérieures s'expliquent presque uniquement par la hausse des prix pour l'électricité, le gaz naturel et les produits pétroliers", confirme Ludovic Dobbelaere, économiste au Bureau fédéral du plan. Après s'être effondrés en 2020 en pleine crise sanitaire, les prix de l'énergie ont en effet brutalement remonté cette année, dépassant largement le niveau d'avant-crise (à l'exception du mazout). Bon nombre de ménages ayant opté pour un contrat à prix variable se sont déjà résolus à doubler le montant de leur acompte mensuel, quand ce n'est pas le fournisseur qui s'en charge. Même issue pour tout contrat à prix fixe mais arrivant à échéance en cette période empreinte d'incertitudes sur les marchés de l'énergie.Reprise économique plus rapide que prévu, faibles stocks européens de gaz, réallocation vers l'Asie de volumes jusqu'ici acheminés de la Russie vers l'Europe, hausse du prix de la tonne de CO2 sur le marché du système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (ETS, pour Emissions Trading System)... Les causes de cette pression sur les ressources énergétiques sont multiples. Et elle s'accentuerait encore si l'Europe venait à connaître un hiver rude. "Dans un tel scénario, je n'exclurais pas que les prix du gaz naturel continuent d'augmenter, poursuit Ludovic Dobbelaere. Le plafond de l'inflation serait encore plus élevé. Mais on peut s'attendre, dans tous les cas, à une baisse graduelle de l'inflation à partir du deuxième trimestre 2022. C'est à partir de ce moment-là que l'on voit aussi des baisses de prix pour le gaz naturel et l'électricité sur les marchés à terme." Il y a deux mois, Le Vif avait estimé qu'un ménage type consommant en moyenne 3 500 kilowattheures (kWh) d'électricité et 23 000 kWh de gaz naturel par an pourrait payer environ 500 euros en plus sur base annuelle, en renouvelant à cette date un contrat fixe d'un an. Mais c'était avant de nouvelles hausses des prix. Fin août, la commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg) a ainsi estimé que ce même ménage type pourrait payer près de 1 000 euros en plus par an comparé à 2020, vu les prix moyens des offres tarifaires actuelles. D'où la nécessité, comme le souligne la Creg, de comparer les prix avant de souscrire un nouveau contrat fixe ou variable. En septembre, la différence annuelle entre les contrats de gaz le plus cher et le moins cher du marché s'élevait à 487 euros en Wallonie et à 378 euros à Bruxelles (pour un ménage consommant 3 500 kWh d'électricité et 16 000 kWh de gaz). Pour l'électricité, l'écart se montait à respectivement 259 et 240 euros. Si tous les partis s'accordent sur la nécessité d'aider au minimum les ménages précarisés et une partie de la classe moyenne à encaisser le choc, cette urgence constitue un double aveu d'échec. Le premier est lié à la transition énergétique en tant que telle. "Une fois de plus, nous sommes devant un événement dont les conséquences auraient été moindres si on avait entamé plus tôt ce que l'on sait devoir faire depuis longtemps, à savoir économiser l'énergie, regrette l'économiste Philippe Defeyt, responsable de l'Institut pour un développement durable (IDD) et ex-secrétaire fédéral d'Ecolo. On ne peut pas dire que l'on a fait de gros efforts en ce sens depuis le début des années 1990, période à laquelle on a commencé à parler publiquement du réchauffement climatique. Les gens se retrouvent aujourd'hui avec des factures énergétiques qu'ils n'auraient jamais dû avoir, au regard de ce que l'on peut faire en matière d'isolation ou d'équipements. Il y a lieu aussi de s'interroger sur la totale dépendance géostratégique de l'Europe envers la Russie. Cette seule raison aurait déjà dû nous pousser à opter pour des politiques bien plus ambitieuses." Le deuxième aveu d'échec porte sur le niveau de vie des ménages, comme le relève Philippe Ledent, senior economist chez ING. "En matière de politique économique, il existe un problème structurel sur lequel on ferait bien de s'attarder: pourquoi notre économie n'est-elle plus capable d'augmenter le bien-être et le revenu d'une part de plus en plus importante de la population? Au-delà des ménages précarisés et clairement identifiés, comment se fait-il qu'un ensemble d'autres ménages, qui ont un travail et des rentrées financières, ne sont aujourd'hui plus capables de faire face à une hausse des dépenses de 50 à 80 euros par mois? Ce sont là des questions fondamentales."Néanmoins, l'heure est bel et bien aux mesures d'urgence, alors que se profile le conclave budgétaire prévu pour mi-octobre. Comment délester les ménages d'une partie du poids de leur facture énergétique sans alourdir à outrance les dépenses de l'Etat? En guise de préambule, Philippe Ledent rappelle que "l'indexation automatique des salaires, des pensions et des allocations sociales reste le meilleur moyen de faire correspondre, mais sur une longue période, l'évolution des revenus à celle des prix, et donc de préserver le pouvoir d'achat." Le mécanisme présente toutefois plusieurs limites. Non seulement parce que le moment et la fréquence de l'indexation (annuelle, bisannuelle, au dépassement de l'indice pivot...), qui diffèrent en fonction des commissions paritaires, ne permettent pas de faire face à des chocs de prix survenant dans un délai très court. Mais surtout parce que l'indexation repose sur une moyenne, l'indice santé (obtenu par la soustraction de certains produits du panier de l'indice des prix à la consommation), loin de refléter le budget réel des ménages. Comme l'indique Jana Jonckheere, économiste à la Banque nationale de Belgique, le poids de l'inflation est légèrement supérieur pour les ménages aux revenus les plus faibles, puisque ceux-ci consacrent un plus grand pourcentage de leur budget mensuel aux factures de gaz et d'électricité. "En nous basant sur les données de la dernière enquête sur le budget des ménages, nous pouvons par exemple estimer qu'en août, l'inflation s'élevait en moyenne à 2,9% pour les ménages les plus pauvres et à 2,6% pour les plus riches", observe-t-elle. Une autre distorsion, plus significative, porte évidemment sur l'énergie utilisée pour se chauffer. Sachant que près de 65% des ménages se chauffent au gaz et 22% au mazout, le panier moyen servant de base au calcul de l'indexation est sous-estimé pour les premiers, étant donnée la forte hausse des prix du gaz (+ 49% en un an). D'où la nécessité, défendue par tous les partis politiques, d'activer une aide ponctuelle au bénéfice des ménages. Reste à savoir quelle aide, et quels ménages. Comme le précisent tous les économistes, une baisse de la TVA sur l'électricité et le gaz, par exemple de 21% à 6%, constitue une fausse bonne idée. D'une part, parce qu'elle contribuerait à retarder l'indexation automatique, de l'autre, parce qu'elle adresserait un signal contraire à la transition énergétique, dont la diminution de la consommation constitue l'un des piliers essentiels. Par ailleurs, cette mesure réduirait considérablement les recettes de l'Etat, sans constituer une aide substantielle pour les ménages. Selon les calculs effectués par Philippe Defeyt, le coût annuel brut pour les finances publiques d'une baisse de la TVA avoisinerait le milliard d'euros (579 millions pour l'électricité et 403 millions pour le gaz). Or, celle-ci ne réduirait la facture des ménages les plus pauvres que de 8 euros par mois en moyenne pour l'électricité et de 9 euros pour le gaz. Suite de l'article après l'infographie.Ces dernières semaines, chaque formation politique a émis des propositions pour alléger la facture. Le MR, via son président Georges-Louis Bouchez, a suggéré un système temporaire de cliquet négatif sur la taxation environnementale et sur les coûts du réseau de distribution. Le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V), aimerait de son côté induire la même flexibilité dans les prélèvements notamment voués à financer le développement de l'éolien offshore, en les transformant en accises flexibles. A l'heure actuelle, ces prélèvements sont directement corrélés au volume d'électricité produite en mer du Nord. Un système d'accises offrirait plus de latitude fiscale à l'Etat. La ministre de l'Environnement, Zakia Khattabi (Ecolo), souhaitait, quant à elle, redistribuer les revenus de la mise aux enchères des droits d'émission sur le marché ETS au profit des ménages. Mais c'est surtout la formule du chèque énergie qui semble rencontrer la plus large adhésion. Elle a l'avantage d'être simple et relativement rapide à mettre en oeuvre, sans diminuer le coût réel de l'énergie, qui reste l'un des principaux incitants à réduire autant que possible la consommation. Le ministre fédéral de l'Economie, Pierre-Yves Dermagne (PS), a d'ores et déjà plaidé pour l'octroi d'un chèque énergie de 100 euros à tous les ménages. Même idée au CDH, dans l'opposition, mais cette fois à l'intention des ménages se chauffant au gaz naturel: un montant de 100 euros également, majoré de 25 euros par personne à charge. Enfin, plusieurs formations soutiennent la proposition de la ministre fédérale de l'Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), visant à prolonger le tarif social élargi pour l'énergie, censé prendre fin au 31 décembre prochain. Un million de Belges en bénéficient à l'heure actuelle. Suite de l'article après l'infographie.En revanche, l'hypothèse d'octroyer ce chèque énergie à tous les ménages est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle sera beaucoup plus coûteuse pour les finances publiques qu'une aide visant uniquement les faibles revenus. "Commençons par aider les bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM), qui représentent 20% de la population dans les conditions actuelles, estime Philippe Defeyt. Ces ménages sont reconnus, d'autant que leur situation financière est régulièrement réexaminée." De son côté, Philippe Ledent privilégie, lui aussi, la piste des aides ciblées. "Si le politique arrive à la conclusion qu'il faut intervenir en faveur des ménages, je suis plutôt partisan, dans une vision d'efficacité économique, de cibler les groupes qui subissent ce genre de chocs de la manière la plus violente et qui ont un taux d'épargne tellement faible qu'ils ne peuvent pas y puiser temporairement." Toute la difficulté consisterait à savoir où placer le curseur et à identifier les nombreux ménages de la classe dite moyenne qui peinent, eux aussi, à s'acquitter de leur facture d'énergie. Jugés trop riches, jusqu'ici, pour avoir accès à certaines aides, mais pas assez pour que l'inflation s'avère anecdotique dans leur budget.Ce vendredi de 12h à 13h30, Sophie Lenoble, experte de la Creg répondra à vos questions en direct sur Le Vif sur l'explosion de votre facture d'énergie. N'hésitez pas à déjà poser vos questions via ce formulaire.