À vingt jours de l'élection présidentielle qui opposera Donald Trump à Joe Biden, plus de 18 millions d'Américains ont déjà voté, par courrier ou en personne. C'est un record. Vu la demande et le contexte sanitaire, des dizaines d'Etats ont facilité les conditions d'accès au vote par anticipation et ne demandent plus aux électeurs de justifier leur choix par des raisons professionnelles ou médicales.
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À vingt jours de l'élection présidentielle qui opposera Donald Trump à Joe Biden, plus de 18 millions d'Américains ont déjà voté, par courrier ou en personne. C'est un record. Vu la demande et le contexte sanitaire, des dizaines d'Etats ont facilité les conditions d'accès au vote par anticipation et ne demandent plus aux électeurs de justifier leur choix par des raisons professionnelles ou médicales. Du coup, la même scène se répète un peu partout aux Etats-Unis: de longues files d'électeurs, patients, attendent devant les bureaux de vote pour déposer leur bulletin. Au total, 43 Etats et la capitale fédérale Washington ont mis en place des systèmes de vote par anticipation. Près de 75 millions de bulletins de vote par voie postale ont été commandés ou envoyés, plus du double des 33 millions de 2016, et des boîtes aux lettres spéciales ou des points de collecte ont été installés.Trois facteurs expliquent cet engouement. Premièrement, la peur du coronavirus dans des bureaux de votes bondés le jour-J. Deuxièmement, la crainte du vote par correspondance et que sa voix "ne compte pas". Les électeurs craignent notamment que leur bulletin n'arrive pas à temps pour être comptabilisé. Et troisièmement, la peur de tensions, voire de violences, le jour du scrutin dans certaines régions du pays. Donald Trump dénonce depuis des mois le vote par correspondance, qui entraînera cette année selon lui "des fraudes d'une ampleur inédite" au bénéfice de son adversaire. Même s'il n'y pas eu de preuves d'irrégularités généralisées lors des précédents scrutins.Si la dynamique est pour l'instant en faveur de l'ancien vice-président de Barack Obama, l'élection n'est pas encore décidée, prévient le professeur Michael McDonald, responsable du Projet Election de l'Université de Floride. "Nous avons mis en garde sur le fait que l'importante propension à voter démocrate à ce stade ne doit pas être un indicateur que Biden a gagné d'avance", dit-il, car "il est très probable que les républicains iront en grand nombre pour voter en personne" le jour de l'élection.En effet, ce sont traditionnellement plutôt les démocrates qui votent par correspondance. Une tendance qu'on peut élargir au vote anticipé de manière générale. Ainsi, selon un sondage publié par le Washington Post et ABC, ces électeurs soutiennent plus largement Joe Biden, avec 70% des intentions de vote, contre 26% pour Donald Trump. Les électeurs qui voteront le 3 novembre soutiennent majoritairement l'actuel président, qui recueille 64% de leurs intentions de vote, contre 32% pour son rival démocrate. L'augmentation du vote anticipé pourrait aussi avoir une grande influence sur le moment où nous connaîtrons le vainqueur dans les principaux "swing states", ces Etats prêts à basculer d'un côté comme de l'autre et qui déterminent souvent le résultat final. Les États ont des délais différents pour la présentation des bulletins de vote par correspondance et pour leur traitement. Ces deux facteurs peuvent influer sur le temps nécessaire aux États pour compter, et rapporter, leurs résultats.Ainsi, pour certains Etats, les bulletins doivent être reçus au plus tard le jour du scrutin. Pour d'autres, les bulletins doivent être envoyés au plus tard le jour-J, le cachet de la poste faisant foi, mais peuvent être reçus de manière valable, et donc comptabilisés, plus tard. Prenons un exemple. Pour gagner en 2016, Donald Trump a dû remporter six États très serrés : Arizona, Floride, Michigan, Caroline du Nord, Pennsylvanie et Wisconsin. L'ancien vice-président Joe Biden devra probablement gagner au moins deux, voire trois, de ces États s'il veut l'emporter. Ces Etats basculant souvent au dernier moment, la procédure de vote par anticipation va ajouter du suspense. Car si pour trois de ces Etats, les bulletins doivent être reçus le 3 novembre, dans les trois autres la loi actuelle stipule qu'ils doivent être envoyés le jour-même. Il est de tradition d'envoyer les bulletins avant, mais selon un sondage de Fox News, 10% des électeurs probables ont déclaré qu'ils voteraient par correspondance et qu'ils soumettraient leur bulletin de vote le jour du scrutin. Si l'avance d'un des candidats est conséquente, cela ne posera pas de problème, mais s'ils se tiennent dans un mouchoir de poche, il faudra attendre les résultats finaux. Ce n'est pas tout. Le traitement des votes par correspondance se passe selon une procédure précise, qui va de la vérification des signatures à l'ouverture des enveloppes, en passant par l'encodage des résultats. Une fois encore : certains Etats autorisent le dépouillement avant, d'autres la veille, d'autres seulement le jour de l'élection. Selon des responsables électoraux cités par le New York Times, le comptage des votes dans le Wisconsin, par exemple, risque de se poursuivre jusqu'au lendemain de l'élection.D'autant qu'on ne peut pas encore estimer comment les Etats vont arriver à faire face à ce flux inédit de votes anticipés. Et qu'il n'y a pas de précédent. Cafouillage en vue ?