C'est une tradition qui en choquerait plus d'un si elle avait lieu chez nous : aux États-Unis, il n'est pas rare que les grands médias se prononcent en faveur d'un candidat. C'est ainsi que le quotidien américain Washington Post a déclaré son soutien au candidat démocrate Joe Biden. Pourquoi ?
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C'est une tradition qui en choquerait plus d'un si elle avait lieu chez nous : aux États-Unis, il n'est pas rare que les grands médias se prononcent en faveur d'un candidat. C'est ainsi que le quotidien américain Washington Post a déclaré son soutien au candidat démocrate Joe Biden. Pourquoi ?Dans son édito expliquant son choix, le Post qualifie Donald Trump de "pire président des temps modernes". Biden, en revanche, est "exceptionnellement bien qualifié, par son tempérament et son expérience, pour relever les défis colossaux" du futur mandat présidentiel. En 2016, le Washington Post avait déclaré son soutien à la candidate démocrate Hillary Clinton face à Donald Trump. Ce choix n'a rien d'étonnant : le journal est la propriété du multimilliardaire et patron d'Amazon Jeff Bezos, bête noire de Donald Trump.Le milliardaire brigue un second mandat dans un monde aux prises avec plusieurs crises d'ampleur. Des "autoritarismes" en pleine ascension face à un "recul de la démocratie", et une "planète en danger à cause du changement climatique", souligne le journal. Des crises qui ont été "créées, exacerbées ou négligées" par Donald Trump."De nombreux électeurs pourraient être prêts à voter pour presque n'importe qui", concède le quotidien. À croire que choisir Joe Biden serait finalement un choix par défaut et pour contre l'actuel président, qu'un véritable soutien à ses propositions. Le Post ne va cependant pas jusque-là : "heureusement", les électeurs n'auront pas à "abaisser leurs critères", l'ex-bras droit de Barack Obama étant qualifié de "puits d'expérience". Joe Biden serait aussi capable de mieux "positionner les États-Unis comme un concurrent capitaliste à la Chine", tout en renouant les alliances internationales mises à mal par son prédécesseur. Le New York Times choisit également Joe Biden. Argument principal : il sera le président de tous, même de ceux qui n'ont pas voté pour lui. "Aujourd'hui, l'idée qu'un président ait les intérêts de toute la nation à l'esprit est presque révolutionnaire", écrit le quotidien, dans une critique déguisée au style Trump, qui agite davantage sa base plutôt que s'adresser à l'ensemble du peuple américain. Pour éviter la débâcle de 2016, où bon nombre ont critiqué les médias comme étant aveuglément du côté d'Hillary Clinton qui présentait, elle aussi, ses casseroles, le NYT nuance : "non, Biden n'est pas le candidat parfait et il ne serait pas le président parfait. Mais la politique n'est pas une question de perfection. Il s'agit de l'art du possible et d'encourager l'Amérique à s'épanouir." Le journal, fondé en 1851, soutient depuis de nombreuses années les candidats démocrates à la présidence. Le dernier républicain soutenu par le New York Times comme prochain président était le républicain Dwight Eisenhower en 1956.En général, les journaux américains sont taxés de conservateurs et de progressistes. Et leur choix électoral respecte souvent cette tendance. Mais le cas de Donald Trump est différent. Même au sein du camp conservateurs, médiatique ou politique, tous ne voient pas d'un bon oeil sa candidature pour représenter le parti républicain. Ainsi, en 2016, plus de trois quarts des quotidiens, hebdomadaires et magazines ont apporté leur soutien à Hillary Clinton. Sans succès. D'autant que les médias croyaient dur comme fer à la victoire de la démocrate. La presse est-elle est manque d'influence ou est-elle en train de se faire remplacer au niveau de l'opinion publique par autre chose ? Les deux. Une étude du Washington Post montrait déjà il y a quatre ans que le fait de soutenir un candidat n'avait, in fine, que peu d'influence. Mais pour certains, dans une ère où les médias sont souvent remis en question, cela a eu l'effet inverse. Surtout quand "l'autre candidat", celui qui n'est pas choisi par les médias, n'a de cesse de marteler que ces derniers sont des machines à "fake news" et veulent sa défaite. Un argument qui fait mouche auprès de son électorat. Sa victoire, Trump l'a bâtie sur deux autres canaux. Premièrement, à la télévision, pendant des décennies, notamment avec la téléréalité The Apprentice et son célèbre "You're fired". La chaine conservatrice Fox News en a fait sa coqueluche : il a bénéficié de 822 minutes d'antenne, contre 386 pour sa rivale. Deuxièmement, les réseaux sociaux. Pendant la campagne, ou durant tout son mandat, Trump aura préféré s'adresser directement aux gens via son compte Twitter, plutôt que de multiplier les apparitions dans les médias. Une stratégie qui, il y a quatre ans, a été payante. Mais cette année, même Fox News semble avoir lâché Donald Trump.