De notre correspondant aux Etats-Unis
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De notre correspondant aux Etats-UnisTrois jours après un premier débat présidentiel qui restera dans les annales comme ayant touché le fond en matière d'incivilités réciproques, le président des Etats-Unis a annoncé, le vendredi 2 octobre, être atteint, comme sa femme Melania et une bonne partie de sa garde rapprochée, de la Covid-19. Passés les nombreux scénarios esquissés par la presse pour retracer l'origine de cette contamination (c'est sans doute sa proche conseillère Hope Hicks qui est à incriminer), Donald Trump se retrouve, à moins d'un mois du scrutin, infecté par un virus dont il a longtemps négligé l'ampleur et présente, qui plus est, des facteurs aggravants, son âge, 74 ans, et un surpoids chronique, ce qui, en principe, ne devait pas favoriser un rétablissement rapide.Transporté le vendredi 2 octobre à l'hôpital militaire Walter Reed, dans la banlieue de Washington, le locataire de la Maison-Blanche a toutefois vu son état de santé se stabiliser progressivement. Même si son taux d'oxygène sanguin a baissé à des niveaux significativement bas à deux reprises pendant le week-end, il s'est affiché durant les deux jours qui ont suivi son hospitalisation résolument actif et volontaire, à tel point que, l'après-midi du dimanche 4 octobre, et après avoir annoncé sur Twitter une "petite surprise" de son cru, il a décidé d'aller saluer ses supporters massés aux abords de l'institution hospitalière. Faisant craindre pour sa propre santé mais aussi pour celle des membres des services secrets l'accompagnant, Donald Trump a tenu, depuis le siège arrière d'un SUV de la flotte présidentielle, à faire passer un message : la campagne n'attend pas, et le retour au travail non plus. Traité avec un cocktail de trois médicaments dont de la dexaméthasone, un corticoïde puissant utilisé contre les formes aiguës de coronavirus, il s'est finalement remis sur pied dans un délai presque inimaginable, quittant l'hôpital le lundi 5 octobre pour reprendre aussitôt ses activités à la Maison-Blanche. Après une fin de mois de septembre marquée par le décès de la doyenne de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, remplacée le 26 septembre par Amy Coney Barrett, nomination qui devait faire un peu plus pencher la balance de l'institution du côté conservateur, Donald Trump s'est rendu trois jours plus tard à Cleveland, dans l'Ohio, pour participer au premier des trois débats présidentiels l'opposant à son challenger Joe Biden. A cette occasion, le candidat démocrate s'est essentiellement attaché à tenter de casser le bilan de la présidence Trump, particulièrement sur le thème des soins de santé et de la gestion de la crise sanitaire. Très calme, mais utilisant un langage parfois agressif, Joe Biden s'est affiché comme l'option du rassemblement, évoquant son désir de réunir républicains et démocrates autour de projets communs. Le président en exercice a riposté en visant à ridiculiser son rival démocrate, mais sans vraiment faire mouche. En tout état de cause, ce débat n'a guère permis d'y voir plus clair sur les intentions véritables des candidats. Il s'agit de toute façon d'une élection sans programme, axée sur le choix d'un homme contre un autre bien plus que sur quelques visions politiques précises. La contamination de Donald Trump n'intervient évidemment pas à un moment propice pour le locataire de la Maison-Blanche. Alors que de nombreux Américains ont déjà commencé à voter, le nombre d'Etats en ballottage incertain s'élève aujourd'hui à une petite dizaine. Certains penchent légèrement en faveur de Donald Trump (l'Iowa, la Géorgie) ; d'autres semblent prendre la direction de l'escarcelle démocrate (l'Arizona, la Pennsylvanie, le Wisconsin). De tous, aucun ne semble toutefois plus disputé que la Floride. C'est dans la péninsule que se concentre une grande partie des dépenses électorales des candidats. Doté de 29 grands électeurs, le Sunshine State est, tout comme il y a vingt ans et une élection épique entre Bush fils et Al Gore finalement tranchée par la Cour suprême, tiraillé entre les deux camps. Les dernières prédictions donnent Donald Trump et Joe Biden au coude-à-coude avec chacun 48 % d'intentions de vote. Au sein de cet Etat, deux communautés sont particulièrement dans le viseur des stratèges des campagnes conservatrice et progressiste : les retraités et les Hispaniques. La première, riche de millions d'Américains qui ont choisi de s'établir sur place pour y passer leur retraite, présente la particularité d'être extrêmement impliquée électoralement : les plus de 65 ans offrent le plus large taux de participation électorale parmi la population américaine. Donald Trump a, lors de l'élection de 2016, très amplement remporté cette catégorie d'âge en comptabilisant plus de 15 % d'avance sur sa rivale Hillary Clinton Mais cette tendance s'est largement renversée depuis, à tel point que les deux candidats sont aujourd'hui à égalité pour attirer à eux le vote des retraités. La crise du coronavirus a bien sûr eu un impact majeur dans le ralliement à gauche de cette communauté, pour qui les soins de santé constituent le sujet de préoccupation numéro un. Donald Trump s'est, par une gestion initialement laxiste de la crise sanitaire, largement aliéné cette catégorie d'âge, et Joe Biden, plus prudent en la matière, a pu récupérer leurs intentions de vote.La deuxième catégorie concerne les Hispaniques. Comptant pour plus d'un quart des habitants de la Floride, la communauté latino est pour l'essentiel divisée entre ressortissants cubains et portoricains. Partagée presque équitablement jusqu'au début des années 2000 entre sympathies républicaines et démocrates, elle s'est distinguée depuis par un revirement à gauche. Il n'empêche, elle reste très convoitée, à l'instar des 600 000 Cubains d'origine inscrits sur les listes électorales. En 2016, près de 55 % de ces derniers avaient soutenu Donald Trump (contre un quart des autres électeurs de souche latino). Quatre ans plus tard, les deux candidats ne ménagent pas leur énergie pour attirer leur vote.Signe des temps, c'est l'épouvantail du socialisme qui est brandi par les républicains pour tenter d'effrayer la communauté cubaine. Très attachée aux libertés garanties par la Constitution américaine, elle est sensible aux arguments de Donald Trump visant à présenter le candidat démocrate comme un "socialiste pur jus". A l'inverse, Joe Biden, qui ne se considère pas un instant comme socialiste, tente d'offrir à cette frange de l'électorat des gages de son intégrité. En visite le lundi 5 octobre à Little Havana, le quartier cubain de Miami, il a réitéré ses gages de travailler à une ouverture progressive de Cuba vers davantage de démocratie. Opéré sous Obama, le raffermissement des liens entre l'île et les Etats-Unis a trouvé son apogée dans la réouverture des relations diplomatiques en 2015. Donald Trump, en revanche, a travaillé à fragiliser ces liens, en rendant notamment plus compliqués les échanges commerciaux entre les deux pays ou les visites sur place de touristes américains. Reste à voir qui des deux candidats parviendra à trouver les meilleurs arguments pour assurer à cette communauté la sauvegarde d'un équilibre précaire, entre garantie des libertés à l'américaine et pression sur le régime cubain vers davantage d'ouverture démocratique. Donald Trump, qui devait se rendre en Floride le vendredi 2 octobre, a dû annuler son déplacement pour cause de contamination au coronavirus. Le candidat démocrate ne ménage pas ses efforts pour tirer profit de l'absence momentanée de son rival républicain. Joe Biden est resté dans la ville de Floride pour y participer à un townhall meeting (sorte de rallye de campagne axé autour d'un nombre restreint de participants) organisé par une grande chaîne de télévision nationale. C'est d'ailleurs à Miami que, le 16 octobre, les deux candidats se retrouveront pour le deuxième débat présidentiel, pour autant que l'état de santé du président en permette la tenue. A moins de quatre semaines de l'élection, les efforts des candidats se porteront désormais invariablement sur la demi-douzaine d'Etats les plus disputés. La maladie contractée par Donald Trump l'empêchera sans doute momentanément d'organiser des rassemblements de foule, à l'instar de celui qu'il avait tenu dans le Minnesota, deux jours avant de déclarer sa contamination au Covid-19. Lors de ceux-ci, peu parmi ses supporters semblaient soucieux de garanties minimales de sécurité sanitaire (port du masque ou distanciation). Du message public sur la maladie délivré par un Donald Trump maintenant lui-même touché pourra dépendre une partie du résultat du scrutin. A en juger par son attitude de ces deniers jours, et notamment par la mise en scène triomphale de son retour à la Maison Blanche au cours de laquelle il a laissé tomber le masque, il n'est pas certain que le président tente de privilégier un message de prudence. Régulièrement moqué par Trump pour son port du masque permanent, c'est bien Joe Biden qui pourrait en profiter, chez les retraités de Floride ou d'ailleurs.