Un million trois cent mille doses du vaccin BioNTech livrées début janvier aux Länder, 265.000 personnes âgées de plus de 80 ans et membres du personnel de santé vaccinées au terme des dix premiers jours d'une campagne minutieusement préparée, selon des données de l'institut Robert Koch responsable du suivi de la pandémie: pour la presse, l'opinion publique et l'opposition allemandes, c'est trop peu. Surtout au regard des "scores" israéliens - plus d'un million de personnes vaccinées en deux semaines, soit près de 10% de la population - qui servent d'étalon pour mesurer les performances locales dans le débat public. Depuis des jours, les critiques se multiplient à l'encontre du ministre de la Santé, des Länder, de l'Union européenne et du fabricant BioNTech-Pfizer, accusés de lenteur.
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Un million trois cent mille doses du vaccin BioNTech livrées début janvier aux Länder, 265.000 personnes âgées de plus de 80 ans et membres du personnel de santé vaccinées au terme des dix premiers jours d'une campagne minutieusement préparée, selon des données de l'institut Robert Koch responsable du suivi de la pandémie: pour la presse, l'opinion publique et l'opposition allemandes, c'est trop peu. Surtout au regard des "scores" israéliens - plus d'un million de personnes vaccinées en deux semaines, soit près de 10% de la population - qui servent d'étalon pour mesurer les performances locales dans le débat public. Depuis des jours, les critiques se multiplient à l'encontre du ministre de la Santé, des Länder, de l'Union européenne et du fabricant BioNTech-Pfizer, accusés de lenteur. C'est déjà avec un léger couac que la campagne avait été lancée en Allemagne. Edith Kwoizalla, 101 ans, recevait une première dose de vaccin le 26 décembre dans une maison de retraite de Saxe-Anhalt en ex-RDA, un jour avant le lancement officiel de la vaccination pour l'ensemble de l'Union européenne. Le responsable régional de la campagne avait refusé d'attendre le 27 décembre, estimant qu'il était "plus important de ne pas perdre de temps que de respecter les impératifs fixés par un agenda politique" et les ambitions de quelques politiciens. Plusieurs milliers de soignants et une poignée de pensionnaires âgés étaient de nouveau vaccinés à travers le pays le 27 décembre, notamment au complexe Arena de Berlin. Une semaine plus tard, cette salle de spectacle, le premier des six sites de vaccination installés dans la capitale, avait pourtant dû fermer ses portes pour quatre jours, confrontée à la fois au scepticisme du public ciblé et à des problèmes d'approvisionnement. Les prochaines livraisons du premier vaccin autorisé dans l'Union européenne, celui de BioNTech-Pfizer, sont attendues le 8 janvier.Trois autres devraient suivre avant le début février, pour un total de près de trois millions de doses fournies. De quoi immuniser 1,5 million d'Allemands, sur les 80 que compte le pays. "L'ensemble des pensionnaires des maisons de retraite seront vaccinés d'ici à la fin du mois", assure le ministre de la Santé Jens Spahn, qui, sur la sellette, table sur la mise rapide sur le marché européen du vaccin de Moderna pour augmenter le nombre des doses disponibles. Accusé d'en avoir commandé trop peu à l'avance, Berlin envisage désormais de retarder de plusieurs semaines l'administration de la seconde dose du vaccin, pour élargir la base des personnes immunisées. La Grande-Bretagne avait annoncé fin décembre que la seconde injection serait finalement administrée au bout de six semaines et non de trois, comme prévu par BioNTech. Jens Spahn imagine également utiliser les restes de chaque ampoule pour obtenir six charges au lieu de cinq après la dilution du sérum prévue par le laboratoire. Les critiques se multiplient. "La chancelière et les ministres-présidents des régions doivent mettre fin au chaos de la vaccination dès leur réunion de crise début janvier, exige Eugen Brysch, le président de la fondation allemande pour la protection des patients. C'était une erreur de vouloir vacciner en priorité un groupe aussi vaste et peu mobile que les huit millions de personnes âgées de plus de 80 ans." Le gouvernement fédéral, responsable de l'achat des vaccins et de la définition des priorités, botte en touche et rappelle que les Länder sont compétents en matière d'organisation des campagnes de vaccination. Dans plusieurs régions, la hotline chargée de la prise de rendez-vous pour les seniors est saturée. A Berlin, les six centres de vaccination manquent de personnel pour les injections et, surtout, de doses à administer. Dans les zones rurales, notamment en ex-RDA, la stratégie repose principalement sur des équipes mobiles, qui doivent se rendre de maison de retraite en maison de retraite pour vacciner les plus fragiles. La Bavière, le plus vaste des Länder allemands, compte 99 centres de vaccination. La Rhénanie-du-Nord-Wesphalie, la plus densément peuplée, en compte 53. La vaccination ne pourra démarrer chez les généralistes qu'avec l'arrivée sur le marché d'une seconde génération de sérums, plus souples à manipuler que le vaccin de BioNTech, qui doit être conservé à -70°C. "J'attends du ministre de la Santé qu'il nous donne enfin des informations fiables concernant les prochaines livraisons de vaccins, argue la sénatrice pour la Santé du Land de Berlin, Dilek Kalayci. Alors seulement, nous pourrons respecter le principe des priorités défini par l'Etat fédéral. Mais même BioNTech ne semble pas savoir quand leurs services pourront livrer..." La start-up de Mayence, qui vaut désormais plus de douze milliards de dollars au Nasdaq de New York, se défend en évoquant les retards pris par ses concurrents, et la stratégie d'achat de l'UE. "Les Etats-Unis ont commandé 600 millions de doses en juillet, tandis que l'Union européenne a attendu novembre pour en commander environ la moitié", rappelle Ugur Sahin. Le fondateur de BioNTech affirme vouloir mettre en route plus tôt que prévu, dès février, la chaîne de production d'une usine rachetée au groupe suisse Novartis à Marburg. Dans ce contexte, le scepticisme des Allemands face au vaccin progresse: 49% d'entre eux seulement se disent prêts à se faire vacciner, contre 80% au printemps, et un nouveau débat est lancé autour de l'instauration de "privilèges", possibilité de se rendre au restaurant ou de voyager, pour les personnes vaccinées. Suivant l'exemple de la compagnie australienne Qantas, le patron de Lufthansa Carsten Spohr lançait le débat fin décembre en Allemagne en assurant que les longs courriers ne seraient sans doute ouverts à l'avenir qu'aux passagers munis d'un test négatif à la Covid-19 ou ayant été vaccinés. Du moins tant que l'immunité de masse n'aura pas été atteinte. Du côté de la classe politique, le mot d'ordre est qu'il ne doit y avoir ni obligation de vaccination en Allemagne ni "privilèges" pour les personnes vaccinées, d'autant qu'il n'est pour l'heure pas certain que celles-ci ne soient pas contagieuses. Mais de nombreuses voix rappellent qu'en l'absence d'une loi interdisant clairement l'exclusion de personnes non vaccinées, il sera difficile d'éviter la ségrégation dans la pratique. "Les règlements intérieurs des maisons de retraite pourraient, par exemple, leur permettre d'interdire l'accueil de nouveaux pensionnaires non vaccinés, ou l'accès aux visiteurs non vaccinés", prévient Eugen Brysch.