On ne peut pas dire que la course internationale à la vaccination soit captivante. Quand la plupart des participants ont démarré la vaccination le 1er janvier, Israël avait déjà inoculé le vaccin Pfizer BioNTech à un million d'habitants, soit plus d'un dixième de sa population. À un rythme de 150 000 vaccinations par jour, le pays espère atteindre, d'ici la mi-avril, le niveau où le virus s'éteint par manque d'occasion d'infections, ce qu'on appelle l'immunité de groupe.
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On ne peut pas dire que la course internationale à la vaccination soit captivante. Quand la plupart des participants ont démarré la vaccination le 1er janvier, Israël avait déjà inoculé le vaccin Pfizer BioNTech à un million d'habitants, soit plus d'un dixième de sa population. À un rythme de 150 000 vaccinations par jour, le pays espère atteindre, d'ici la mi-avril, le niveau où le virus s'éteint par manque d'occasion d'infections, ce qu'on appelle l'immunité de groupe. L'accord avec Pfizer est confidentiel, mais il est généralement admis qu'Israël a payé nettement plus que les états membres européens pour être servi en priorité. L'exclusion des Palestiniens est également critiquée. D'après des spécialistes de droit international, c'est une infraction aux obligations d'Israël en tant que force d'occupation. Cependant, le déploiement rapide de la vaccination suscite l'admiration de nombreux pays. Israël cueille les fruits d'un système de santé performant, et fortement numérisé. La campagne de vaccination a lieu sur fond de troisième vague, avec des chiffres de contamination galopants et des mesures de confinement drastiques. Cependant, lors du lancement de la campagne fin décembre, il y avait beaucoup de méfiance à l'égard du vaccin. La résistance des Israéliens ultra-orthodoxes et arabes reste forte, mais entre-temps, la majorité des Israéliens sont convaincus, grâce à une campagne d'information menée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en personne. Mais aussi grâce à une carotte. Une semaine après la seconde injection, les personnes vaccinées reçoivent un passeport qui leur donne un accès accéléré à une série de libertés. L'application est encore en développement, mais le principe est clair : les titulaires d'un passeport peuvent se rendre au cinéma, au théâtre, au café ou au restaurant. Ils ne doivent plus entrer en quarantaine après un contact suspect.Le statut, valable pour six mois, est aussi accordé aux 420 000 Israëliens qui ont eu le virus. Le passeport s'accompagne d'un document qui donne accès aux voyages internationaux sans tests rapides ou à la quarantaine préventive. Israël est en pleine négociation sur la reconnaissance par les pays destinataires. Chypre, qui dépend très fortement du tourisme, est le premier Européen à ouvrir ses frontières aux voyageurs munis d'une preuve de vaccination. Discrimination Ce système peut-il être utile pour la stratégie vaccinale belge ? Les avantages semblent nombreux. En Belgique aussi, à la fin de l'année dernière, le scepticisme à l'égard des vaccins atteignait les 50 %. La perspective d'une plus grande liberté peut convaincre les sceptiques. En même temps, le passeport offre aux secteurs durement touchés, comme l'hôtellerie et la restauration et le tourisme, la perspective d'une reprise accélérée."Nous y avons déjà réfléchi", déclare Erika Vlieghe, infectiologue à l'Université d'Anvers et présidente de l'organe de conseil GEMS (Groupe d'Experts de stratégie de crise pour le Covid-19). "Il nous semble que ce n'est pas une bonne idée de lancer un passeport durant cette phase. L'attribution anticipée d'avantages aux groupes vaccinés en priorités causerait d'énormes tensions dans la société. Allez expliquer cette discrimination aux groupes qui seront vaccinés plus tard, tels que les jeunes. Ce passeport peut être utile lorsque le vaccin sera disponible pour tous et que nous pourrons l'administrer à la population active. Nous sommes déjà en train d'étudier la question pour le secteur événementiel. Un passeport vaccinal jouera un rôle important, tout comme les tests rapides." Les stratèges du coronavirus israéliens sont également conscients du caractère discriminatoire. Pour éviter les réactions jalouses, ils prévoient un plan B : un test rapide permet d'avoir un passeport vert. Celui-ci a une limite de trois jours, mais il suffit pour sortir le temps d'une soirée. Les titulaires du passeport doivent d'ailleurs continuer à respecter les mesures courantes telles que le port du masque et la distanciation. On ignore en effet si les vaccinés peuvent continuer à propager le virus. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a) est sur la même la longueur d'onde. "À terme, une preuve de vaccination peut être utile pour voyager", déclare son cabinet. "Il faut évidemment une harmonisation internationale, de préférence dans le giron de l'Organisation mondiale de la santé. Techniquement, c'est possible, grâce à notre système e-Health. Toutes les vaccinations sont enregistrées dans le respect des règles de la vie privée. Cependant, dans cette phase, nous misons tout sur un résultat collectif, un taux de vaccination d'au moins 70%. En aucun cas, la preuve de vaccination ne peut saper le libre choix des citoyens."Maarten Vansteenkiste, psychologue spécialisé en motivation (Université de Gand), rejette résolument la stratégie israélienne. D'après notre dernier baromètre de motivation, la volonté de se faire vacciner est passée à 73% ces dernières semaines. En outre, je crains qu'une récompense aggrave encore la méfiance des anti-vax. Mieux vaut organiser une campagne de sensibilisation qui informe de manière transparente et ciblée afin que le citoyen hésitant et méfiant puisse prendre une décision à son rythme." Inez Germeys, professeure en psychiatrie, craint qu'une preuve de vaccination ouvre la porte à une société à deux vitesses. "Les jeunes seront à nouveau le dindon de la farce", dit-elle. "Ils paient déjà un tribut très lourd alors qu'ils courent un risque faible de tomber malade. Ce passeport vert les sanctionnerait doublement, car il semble qu'ils seront les derniers à être vaccinés. Ce serait très injuste que les personnes plus âgées puissent voyager ou aller au cinéma, alors que les jeunes restent enchaînés." Germeys est très préoccupée par le sort des adolescents et des jeunes. Fin de l'année passée, elle a lancé une lettre ouverte pour dénoncer la détresse mentale des étudiants, un document entre-temps signé par 300 professeurs et enseignants. Germeys plaide pour le kot en mode bulle, un concept sur la table du GEMS. "Il me semble qu'investir en un passeport de vaccination serait du gaspillage." "Il faut mettre toute l'énergie dans la vaccination. Nous ne pouvons pas obtenir assez vite l'immunité collective."