Dans les décennies qui ont suivi la Grande Guerre, les revenus ont augmenté à tous les échelons de l'échelle sociale. Ils grimpaient même plus vite au bas de l'échelle. La prospérité se diffusait de manière assez égale. Un âge d'or qui n'est plus qu'un lointain souvenir... Au tout début des années 2010, le fossé entre super-riches et le reste de la population s'est tellement creusé qu'on en est arrivé à une situation absurde résumée par le calcul symbolique du prix Nobel de l'économie Joseph Stiglitz : 1 % des Américains les plus fortunés détiennent ce que possède un quart de la population des USA. Reprise par tous les médias, y compris européens, la formule choc a fait son effet. Car la proportion évoquée par l'économiste valait pour le reste de l'occident.

Mais, depuis lors, qu'est-ce qui a changé ? Rien. Ou plutôt si. Le fossé s'est accentué. Le calcul, repris par des associations, en particulier Oxfam, montre des résultats pires encore. En 2014, l'ONG a usé d'une image édifiante : si 85 des plus gros multimilliardaires de la planète s'engouffraient dans un bus, ce bus représenterait ce que possède la moitié la plus pauvre du globe. Aujourd'hui, c'est un minibus qu'il faudrait affréter, car on en compte à peine 26 de ces super-riches dont la fortune se compare à 3,8 milliards d'humains, selon les statistiques du service d'études d'Oxfam qui fournit des illustrations édifiantes. Entre autres : le budget de santé en Ethiopie (105 millions d'habitants) représente 1 % de la fortune du patron d'Amazon Jeff Bezos (112 milliards, l'an dernier).

D'une manière générale, la fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018, nous dit l'ONG, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11 %. Si les calculs d'Oxfam sont régulièrement remis en cause par quelques économistes, ils n'en demeurent pas moins révélateurs d'une disproportion de plus en plus grande des richesses que même le très libéral Fonds Monétaire International (FMI) dénonce désormais depuis plusieurs années, conscient que la confiscation des richesses par un nombre de plus en plus réduit de super-riches est dangereuse pour le fonctionnement de l'économie.

Nos politiques, responsables

Dans son dernier rapport annuel, Oxfam pointe la responsabilité des gouvernants dont les mesures fiscales favorisent les multi-milliardaires. L'ONG internationale souligne que ces derniers bénéficient des "niveaux d'imposition les moins élevés depuis des décennies", alors que, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni, "les plus pauvres payent des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches". Ce favoritisme fiscal envers les grandes fortunes et les multinationales n'est pas nouveau. Il est dénoncé depuis belle lurette par les médias (exemple local : les rulings fiscaux, illégaux selon l'UE, accordés par la Belgique à 35 multinationales). Plutôt en vain jusqu'ici. Mais aujourd'hui, ce sont des mouvements de citoyens qui s'emparent de la question. Parfois avec force.

En France, les gilets jaunes exigent du président Macron qu'il rétablisse l'Impôt sur la fortune (ISF) qu'il s'était empressé de supprimer dès son arrivée à l'Elysée. Les derniers chiffres d'Oxfam vont vraisemblablement les convaincre de ne pas baisser les bras sur cette revendication. Cela devrait sans doute aussi nourrir les conversations au sein du forum économique de Davos - aussi surnommé "forum des milliardaires" - qui va bientôt s'ouvrir en Suisse et que fréquente également nombre de chefs de gouvernement. Dans son livre La Grand Fracture, publié en 2015, Joseph Stiglitz écrivait déjà que le niveau actuel de l'inégalité "n'est pas le résultat des lois inexorables de l'économie, il dépend des politiques que nous suivons, et de la politique".

Ainsi le combat fiscal que mène l'Union européenne contre les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) s'avère symbolique. Fin de l'année dernière, la France et l'Allemagne se sont enfin mis d'accord pour instaurer la "taxe Gafa" sur le chiffre d'affaires des géants de l'Internet qui jusqu'ici sont parvenus à passer entre les mails des filets fiscaux en payant moins de 0,5 % d'impôts. Mais le projet européen a déjà été largement vidé de sa substance. Surtout, il ne devrait pas entrer en vigueur, s'il est adopté en mars prochain, avant... 2021. D'ici là, les multi-milliardaires se seront encore enrichis et Oxfam aura publié de nouveaux chiffres coup-de-poing.

Dans les décennies qui ont suivi la Grande Guerre, les revenus ont augmenté à tous les échelons de l'échelle sociale. Ils grimpaient même plus vite au bas de l'échelle. La prospérité se diffusait de manière assez égale. Un âge d'or qui n'est plus qu'un lointain souvenir... Au tout début des années 2010, le fossé entre super-riches et le reste de la population s'est tellement creusé qu'on en est arrivé à une situation absurde résumée par le calcul symbolique du prix Nobel de l'économie Joseph Stiglitz : 1 % des Américains les plus fortunés détiennent ce que possède un quart de la population des USA. Reprise par tous les médias, y compris européens, la formule choc a fait son effet. Car la proportion évoquée par l'économiste valait pour le reste de l'occident. Mais, depuis lors, qu'est-ce qui a changé ? Rien. Ou plutôt si. Le fossé s'est accentué. Le calcul, repris par des associations, en particulier Oxfam, montre des résultats pires encore. En 2014, l'ONG a usé d'une image édifiante : si 85 des plus gros multimilliardaires de la planète s'engouffraient dans un bus, ce bus représenterait ce que possède la moitié la plus pauvre du globe. Aujourd'hui, c'est un minibus qu'il faudrait affréter, car on en compte à peine 26 de ces super-riches dont la fortune se compare à 3,8 milliards d'humains, selon les statistiques du service d'études d'Oxfam qui fournit des illustrations édifiantes. Entre autres : le budget de santé en Ethiopie (105 millions d'habitants) représente 1 % de la fortune du patron d'Amazon Jeff Bezos (112 milliards, l'an dernier).D'une manière générale, la fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018, nous dit l'ONG, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11 %. Si les calculs d'Oxfam sont régulièrement remis en cause par quelques économistes, ils n'en demeurent pas moins révélateurs d'une disproportion de plus en plus grande des richesses que même le très libéral Fonds Monétaire International (FMI) dénonce désormais depuis plusieurs années, conscient que la confiscation des richesses par un nombre de plus en plus réduit de super-riches est dangereuse pour le fonctionnement de l'économie. Dans son dernier rapport annuel, Oxfam pointe la responsabilité des gouvernants dont les mesures fiscales favorisent les multi-milliardaires. L'ONG internationale souligne que ces derniers bénéficient des "niveaux d'imposition les moins élevés depuis des décennies", alors que, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni, "les plus pauvres payent des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches". Ce favoritisme fiscal envers les grandes fortunes et les multinationales n'est pas nouveau. Il est dénoncé depuis belle lurette par les médias (exemple local : les rulings fiscaux, illégaux selon l'UE, accordés par la Belgique à 35 multinationales). Plutôt en vain jusqu'ici. Mais aujourd'hui, ce sont des mouvements de citoyens qui s'emparent de la question. Parfois avec force. En France, les gilets jaunes exigent du président Macron qu'il rétablisse l'Impôt sur la fortune (ISF) qu'il s'était empressé de supprimer dès son arrivée à l'Elysée. Les derniers chiffres d'Oxfam vont vraisemblablement les convaincre de ne pas baisser les bras sur cette revendication. Cela devrait sans doute aussi nourrir les conversations au sein du forum économique de Davos - aussi surnommé "forum des milliardaires" - qui va bientôt s'ouvrir en Suisse et que fréquente également nombre de chefs de gouvernement. Dans son livre La Grand Fracture, publié en 2015, Joseph Stiglitz écrivait déjà que le niveau actuel de l'inégalité "n'est pas le résultat des lois inexorables de l'économie, il dépend des politiques que nous suivons, et de la politique". Ainsi le combat fiscal que mène l'Union européenne contre les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) s'avère symbolique. Fin de l'année dernière, la France et l'Allemagne se sont enfin mis d'accord pour instaurer la "taxe Gafa" sur le chiffre d'affaires des géants de l'Internet qui jusqu'ici sont parvenus à passer entre les mails des filets fiscaux en payant moins de 0,5 % d'impôts. Mais le projet européen a déjà été largement vidé de sa substance. Surtout, il ne devrait pas entrer en vigueur, s'il est adopté en mars prochain, avant... 2021. D'ici là, les multi-milliardaires se seront encore enrichis et Oxfam aura publié de nouveaux chiffres coup-de-poing.