La relation entre AstraZeneca et l'Union européenne a été compliquée dès le début : résultats d'études peu clairs, respect des contrats entre les deux parties, restrictions d'exportations et retards de livraisons du vaccin.
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La relation entre AstraZeneca et l'Union européenne a été compliquée dès le début : résultats d'études peu clairs, respect des contrats entre les deux parties, restrictions d'exportations et retards de livraisons du vaccin. Jusque-là, c'est la Commission seule qui gérait les différends avec la firme pharmaceutique suédo-britannique. Lorsque le vaccin a finalement été approuvé par l'Agence européenne des Médicaments (EMA), une question est survenue : le vaccin est-il sûr et efficace pour tous, ou vaut-il mieux ne pas l'administrer à partir d'un certain âge ? Les pays européens, responsables de leur propre stratégie de vaccination, ont répondu en ordre dispersé. Si certains l'ont approuvé pour tous, d'autres l'ont déconseillé pour les plus de 55 ou 65 ans. En Belgique on a dans un premier temps refusé de le valider pour les 55+, avant de finalement l'approuver pour toute la population adulte. Mais c'est finalement sur la sécurité du vaccin qu'aura finalement vacillé le semblant de cohésion européenne sur le sujet, avec un débat autour des risques de caillots sanguins. Ce passif a conduit AstraZeneca à être considéré comme le "vilain petit canard" de la vaccination, entraînant beaucoup de suspicion dans l'Union européenne. Lorsque le Danemark a suspendu les vaccinations avec AstraZeneca, on a pu observer un effet boule de neige: l'Italie, la France, les Pays-Bas, le Portugal, l'Irlande, la Slovénie, Chypre, la Bulgarie, l'Allemagne, la Suède et le Luxembourg ont tous suivi la même voie dans les jours qui ont suivi. Une suspension davantage liée à une influence mutuelle qu'à des raisons purement scientifiques. Un ministre français a d'ailleurs avoué que la France avait demandé une suspension parce que l'Allemagne avait fait de même. Le chef de l'agence italienne des médicaments a également attribué la suspension à des raisons politiques.Mais si les pays européens s'influencent l'un l'autre, le mouvement n'a pas touché toute l'UE pour autant. La Belgique, complètement entourée d'États membres qui ont (partiellement) suspendu le vaccin d'AstraZeneca, tient bon et poursuit l'utilisation du vaccin AstraZeneca. Une décision qui est pour l'instant conforme aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et de l'EMA, qui formulera un nouvel avis ce jeudi. Les institutions estiment que les risques possibles et limités du vaccin d'AstraZeneca ne sont pas supérieurs aux avantages qu'il offre. Quant à la Commission européenne, elle reste plutôt silencieuse sur le sujet. Un porte-parole de la Commission européenne a néanmoins répondu par un "absolument" catégorique lorsqu'on lui a demandé s'il allait se faire vacciner avec AstraZeneca.Face à la demi-fronde européenne, l'Agence européenne des Médicaments a d'ores et déjà prévenu qu'elle se concentrerait uniquement sur la science dans sa conclusion, indépendamment des décisions nationales. Les Etats membres ont toutefois fait savoir qu'ils attendaient avec impatience les directives du régulateur européen, le programme de vaccination de l'UE étant déjà embourbé dans des problèmes d'approvisionnement. La France et l'Italie, notamment, ont conditionné la reprise du vaccin à la décision de l'EMA. Des documents publiés en ligne à la suite d'une cyberattaque visant l'EMA faisaient également croire que l'agence avait fait l'objet de fortes pressions de la Commission européenne pour approuver les vaccins anti-Covid le plus vite possible, avait rapporté la télévision publique néerlandaise NOS en janvier.Cette méfiance envers AstraZeneca ne se limite cependant pas aux frontières intérieures de l'Europe. Le vaccin n'a, par exemple, pas encore été approuvé aux Etats-Unis et en Suisse. L'Islande et la Norvège, qui ne sont pas membres de l'UE, ont récemment interrompu les vaccinations avec AstraZeneca à la suite de rapports faisant état d'incidents thromboemboliques présumés. La suspension ne semble donc pas être le résultat d'une vendetta personnelle entre AstraZeneca et l'Union européenne.Côté britannique, on évalue la décision des États de l'UE avec le prisme Brexit, les médias faisant feu de tout bois sur cette suspension en ordre dispersé. Sur la base de leurs propres données, dans un pays où 12 millions de personnes sont déjà vaccinées avec AstraZeneca, ce vaccin ne suscite aucune inquiétude au Royaume-Uni.