Par notre correspondante en Allemagne
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Par notre correspondante en AllemagneElle a obtenu 24,1% dans le Bade Wurtemberg et 27,7% en Rhénanie Palatinat... La CDU d'Angela Merkel a subi le dimanche 14 mars d'importantes pertes lors de deux élections régionales à valeur de tests en vue des législatives de septembre prochain. Dans ces deux Länder de l'ouest du pays, les Verts, dans le Bade Wurtemberg, et les sociaux-démocrates, en Rhénanie Palatinat, n'auront même pas besoin de l'appoint des conservateurs pour former une majorité. "C'est un coup de tonnerre pour la CDU, avertit le politologue Thorsten Faas, de l'université libre de Berlin. Une option réaliste se dessine: celle d'une majorité possible sans les conservateurs, y compris à l'issue des législatives de septembre." Candidat à la succession d'Angela Merkel, le chef de la CDU, Armin Laschet, concédait au lendemain du vote qu'il n'était "pas garanti par Dieu que le prochain chancelier soit un conservateur". Les résultats du 14 mars, pires que les prévisions les plus pessimistes, sont qualifiés de "débâcle" et de "désastre" par la presse, d'autant qu'en janvier encore, les conservateurs bénéficiaient de sondages très positifs à Stuttgart comme à Wiesbaden, les deux capitales régionales ainsi qu'au niveau fédéral. "Les électeurs conservateurs attendent seulement de leur gouvernement qu'il gouverne bien, rappelle le quotidien centriste Süddeutsche Zeitung. Angela Merkel a répondu pendant des années à cette attente. Mais soudain, son gouvernement ne tient plus ses promesses..." En quelques semaines seulement, la situation s'est en effet littéralement renversée principalement sous la pression de deux facteurs: le scandale dit "des masques" et la gestion de la crise sanitaire. Trois députés conservateurs ont dû quitter leur parti, deux pour avoir encaissé de juteuses commissions de plusieurs centaines de milliers d'euros en servant d'intermédiaires entre des fabricants de masques et les autorités au début de la pandémie, le troisième pour des liens financiers avec l'Azerbaïdjan. Le scandale n'a eu qu'un effet limité sur le vote du 14 mars, du fait de l'importance du vote par correspondance à cause de la pandémie (dans le Bade-Wurtemberg, 70% des électeurs ont voté par correspondance cette année, contre 25 à 30% en temps normal). De nombreux électeurs avaient déjà envoyé leur bulletin avant que le scandale n'éclate. L'effet est par contre indéniable sur les sondages. La CDU, qui semblait assurée de présenter le prochain chancelier en début d'année, n'est plus créditée que de 30% des intentions de vote au niveau national. La gestion très contestée de la crise sanitaire est l'élément décisif pour expliquer le recul des conservateurs. De la cheffe de la Commission européenne Ursula von der Leyen au ministre de la Santé Jens Spahn en passant par la chancelière, les principaux acteurs de la gestion de la crise sanitaire sont membres du parti chrétien-démocrate allemand. Et leur bilan est perçu comme désastreux par l'opinion. La hausse du nombre des morts en début d'année (entre 1 500 et 2 000 décès quotidiens imputés à la Covid au pire de la pandémie) et les ratés de la campagne de vaccination (7% de la population seulement ont reçu au moins une première injection) suscitent colère et incompréhension chez les Allemands. "Il n'est plus sûr à 100% que les conservateurs vont garder le pouvoir lorsque Mme Merkel se retirera en septembre, avertit Markus Söder, chef du parti conservateur bavarois CSU et lui aussi potentiel candidat à la succession de la chancelière. Les élections du week-end dernier sont un coup au coeur de la CDU-CSU. C'est un appel à se réveiller pour les conservateurs, et à comprendre que les élections ne se gagnent pas depuis un wagon-lit..." Mais au-delà de ces facteurs conjoncturels, la CDU semble subir une érosion plus structurelle. "La population plutôt jeune des grandes villes est plus libérale et plus ouverte que la CDU", résume l'historien Paul Nolte. Au cours des dix dernières années, les conservateurs ont perdu de nombreuses élections municipales dans les grandes villes du pays. "La CDU a en outre un déficit au niveau de son profil, ajoute Thorsten Faas. L' orthodoxie budgétaire qui faisait sa force auprès d'une partie de l'électorat est mise à mal par la crise sanitaire. La CDU n'arrive pas à se fixer une ligne claire pour l'après-Merkel, entre un retour aux valeurs conservatrices, qui permettraient peut-être de récupérer une partie de l'électorat parti vers l'extrême droite, et la ligne centriste d'Angela Merkel qui reste très appréciée même si sa popularité est en baisse. Et puis, les conservateurs n'ont toujours pas de candidat officiel en vue des législatives." Armin Laschet, élu nouveau patron de la CDU en début d'année espère encore s'imposer face à son rival bavarois de la CSU (petite soeur bavaroise de la CDU) Markus Söder, bien plus populaire que lui dans l'opinion, pour devenir le candidat officiel des conservateurs en vue des législatives. Les deux hommes ont promis de se départager entre Pâques et la Pentecôte. "Le scrutin de dimanche n'est pas une bonne nouvelle pour Armin Laschet", tranche le politologue Uwe Jung, de l'université de Trèves. Markus Söder, qui se tient en embuscade et ne s'est pas encore officiellement déclaré, multiplie les feintes à l'encontre du gouvernement et de Laschet, un proche de la chancelière. "Il donne des conseils depuis Munich pour la gestion de la crise sanitaire, mais même lui ne semble pas vraiment avoir de recettes miracles pour sortir de l'impasse, rappelle Thorsten Faas. Enfin, les deux conservateurs bavarois qui ont brigué la chancellerie depuis la guerre (NDLR: Franz Joseph Strauss et Edmund Stoiber) ont tous deux échoué. Les Allemands du nord ont de fortes réticences à se faire gouverner par la CSU", considérée dans le reste du pays comme donneuse de leçons et tentée d'imposer sa conception du conservatisme au reste du pays.