Armin Laschet ne le cache pas: il veut incarner la continuité. Le nouvel homme fort du Parti chrétien-démocrate allemand (CDU), élu le 16 janvier lors d'un congrès digital, est un fidèle parmi les fidèles d'Angela Merkel.
...

Armin Laschet ne le cache pas: il veut incarner la continuité. Le nouvel homme fort du Parti chrétien-démocrate allemand (CDU), élu le 16 janvier lors d'un congrès digital, est un fidèle parmi les fidèles d'Angela Merkel. Entre les deux personnalités, les différences de fond sont de l'ordre du papier à cigarette. Armin Laschet a soutenu la chancelière aux pires moments de la tempête, dans les années qui ont suivi la crise migratoire de 2015. Alors que de nombreuses voix dissidentes se faisaient entendre au sein du parti et que l'extrême droite grondait, Armin Laschet tenait sans faillir à ses côtés. Cette fidélité lui a assurément servi pour s'imposer à la tête de la CDU. Les proches de la chancelière ont multiplié les soutiens de dernière minute, conscients de l'intérêt de miser sur la popularité d'Angela Merkel. Grâce à sa gestion de la pandémie, la chancelière s'impose en effet, de très loin, comme la personnalité préférée des Allemands. Un exploit à huit mois des prochaines législatives. Cette continuité assumée a souvent été reprochée à cet homme politique de 59 ans, ministre-président de la région la plus peuplée du pays, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, frontalière avec la Belgique. Lui ne voit pas le mal. Au contraire. Armin Laschet souhaite "faire perdurer la réussite" des années Merkel et s'adapter aux défis du futur, tels que la gestion de la pandémie, la lutte contre le réchauffement climatique et la numérisation du pays. Ce catholique, fils de mineur, juriste de formation et père de trois enfants, assume par ailleurs totalement le positionnement centriste pris par la CDU pendant les quinze années de chancellerie Merkel. "Nous gagnerons si nous restons au centre de la société", a-t-il tonné le 16 janvier. "Nous devons tout faire pour proposer une offre politique aux électeurs du centre", a-t-il ajouté. Son principal concurrent, le conservateur Friedrich Merz, souhaitait au contraire faire prendre un virage droitiste au parti, afin de proposer une alternative à certains électeurs partis vers l'extrême droite. "Au-delà de la continuité avec Angela Merkel, Armin Laschet va écrire un nouveau chapitre de la CDU", assure Tilman Mayer, professeur de sciences politiques à l'université de Bonn. "Il n'a pas le talent politique naturel de la chancelière mais il est très doué pour unir des personnes d'horizons différents. Il est capable d'intégrer les supporters malheureux de son concurrent Friedrich Merz. Ce serait une vraie victoire. Angela Merkel, elle, n'avait pas cette capacité. Elle a laissé de côté les conservateurs du parti", ajoute le politologue. Premier homme à prendre la tête de la CDU après vingt années de présidence féminine - Angela Merkel a dirigé la CDU pendant dix-huit ans, suivie par Annegret Kramp-Karrenbauer pendant deux ans - Armin Laschet peut aussi se rêver en futur chancelier. Pour cela, il devra convaincre les dirigeants de son parti et ceux de la CSU, le parti frère bavarois, qui choisiront au printemps leur candidat commun à la chancellerie. Or, la bataille est loin d'être gagnée pour Armin Laschet. Jugé trop mou et souvent trop peu assuré dans ses positions, il peine à convaincre les Allemands de ses capacités à diriger le pays. Contrairement à Markus Söder, le populaire chef de la CSU. Le suspense reste donc entier.