Olaf Scholz semble métamorphosé. Pour un homme aux émotions si retenues, on pourrait même parler de jovialité. Et c'est le plus naturellement du monde qu'il réclame la chancellerie depuis le 26 septembre. Le Parti social-démocrate, arrivé en tête du scrutin avec 25,7% des voix, fait en effet figure de vainqueur, plus en raison de la progression réalisée (5,2 points de plus qu'en 2017) que de son score final, inférieur à toutes les performances obtenues par Angela Merkel au cours des seize dernières années. Dès dimanche soir, le candidat du SPD assurait avoir une équipe de négociation prête à se mettre au travail. Le calendrier est également là: à la fin de la semaine, de premières "discussions préalables" à de futures négociations devraient démarrer en vue de former une "coalition des vainqueurs" avec les Verts (+ 5,8%) et les libéraux-démocrates du FDP (+ 0,7%). Les négociations proprement dites doivent permettre d'adopter un programme commun de gouvernement fixant l'action de la prochaine coalition dans les moindres détails.
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Olaf Scholz semble métamorphosé. Pour un homme aux émotions si retenues, on pourrait même parler de jovialité. Et c'est le plus naturellement du monde qu'il réclame la chancellerie depuis le 26 septembre. Le Parti social-démocrate, arrivé en tête du scrutin avec 25,7% des voix, fait en effet figure de vainqueur, plus en raison de la progression réalisée (5,2 points de plus qu'en 2017) que de son score final, inférieur à toutes les performances obtenues par Angela Merkel au cours des seize dernières années. Dès dimanche soir, le candidat du SPD assurait avoir une équipe de négociation prête à se mettre au travail. Le calendrier est également là: à la fin de la semaine, de premières "discussions préalables" à de futures négociations devraient démarrer en vue de former une "coalition des vainqueurs" avec les Verts (+ 5,8%) et les libéraux-démocrates du FDP (+ 0,7%). Les négociations proprement dites doivent permettre d'adopter un programme commun de gouvernement fixant l'action de la prochaine coalition dans les moindres détails. L'assurance tranquille d'Olaf Scholz contraste avec le sentiment général qu'une période d'incertitude vient de s'ouvrir en Allemagne. La tâche s'annonce particulièrement complexe pour le SPD, qui devra pour la première fois dans l'histoire de la République fédérale former une coalition tripartite, synonyme d'instabilité pour bien des Allemands. Ni les sociaux-démocrates ni les chrétiens-démocrates ne veulent en effet prolonger l'impopulaire "GroKo", la grande coalition, sorte de cohabitation à l'allemande qui les unissait depuis décembre 2013. Une page se tourne donc en Allemagne. Pétrifiés par la défaite historique de leur camp, les chrétiens-démocrates d'Angela Merkel cumulent les mauvaises nouvelles depuis dimanche soir: en recul de près de neuf points par rapport aux législatives de 2017, la CDU est passée sous la barre des 25% avec 24,1% des voix. Plus grave encore, plusieurs poids lourds de l'entourage d'Angela Merkel, comme son ministre de l'Economie Peter Altmaier, sa ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer ou le numéro 2 de la chancellerie Helge Braun, ont été battus dans leur circonscription. Ils ne pourront sauver leur siège au Bundestag que par le biais d'un complexe mécanisme de redistribution. A l'inverse, plusieurs opposants internes de la chancelière, tels que les ambitieux Friedrich Merz et Jens Spahn ou Wolfgang Schäuble, ont été réélus sans problème. Rendu largement responsable du désastre, le candidat du parti, Armin Laschet, persiste pourtant à vouloir former le prochain gouvernement, là aussi avec l'appui des Verts et des libéraux. Devenus faiseurs de roi, ceux-ci sont bien décidés à monnayer cher leur participation au pouvoir. Les Verts sont plus proches du SPD - lutte contre les inégalités, politique familiale, climat - tandis que de nombreux points communs rapprochent les libéraux de la CDU - politique économique et fiscalité. "L'option la plus évidente est celle de l'alliance "feu tricolore", soit les sociaux-démocrates, les écologistes et les libéraux, soulignait lundi Robert Habeck, numéro 2 des Verts, pressenti pour devenir le futur vice-chancelier. Mais cela n'exclut pas de parler aussi avec la CDU." "Le plus important, c'est de s'engager sur la voie du renouvellement du pays. A cet égard, le climat doit être le critère de négociation pour tous les ministères", ajoute Annalena Baerbock. En clair, les Verts s'allieront avec le plus offrant. Même chose pour les libéraux, décidés, eux aussi, à faire monter les enchères. Les Verts comme les libéraux ont convenu de discuter d'abord entre eux afin de tenter de dégager des lignes communes, avant d'engager des négociations formelles avec le SPD ou la CDU, qui ont décidément perdu dimanche leur rôle de "Volkspartein", ces grands partis de masse qui ont dominé la vie politique allemande depuis les années 1950. Le chef du FDP Christian Lindner conserve effectivement un souvenir cuisant des négociations de 2017, engagées avec Angela Merkel et les Verts, qu'il avait dû interrompre au bout d'un mois et demi, faute de pouvoir imposer ses lignes rouges à une Merkel qui semblait plus intéressée par un flirt avec les écologistes. "Le coprésident des Verts, Robert Habeck, jouera un rôle central dans les négociations, estime le politologue Uwe Jun. Il a été l'un des artisans des négociations qui ont débouché sur une coalition "Jamaïque" (NDLR: CDU, Verts et FDP) au pouvoir dans son Land du Schleswig-Holstein, il connaît Christian Lindner, et il y a une certaine forme de confiance entre eux. Or, la confiance est la base de toute coalition." Dans ce premier round de discussions, Lindner et Habeck devront formuler des propositions compatibles avec le programme des sociaux-démocrates, même si le FDP n'a pas encore renoncé à l'option de la coalition avec la CDU. Le scrutin du 26 septembre marque bien un déplacement du centre de gravité politique en Allemagne. Les Verts comme les libéraux incarnent un renouveau générationnel et plaident pour une modernisation du pays. Tous deux, malgré leurs divergences, se rejoignent dans leur volonté d'investir davantage dans l'éducation, la recherche et les nouvelles technologies. Sur le plan sociétal, les deux partis sont pour une libéralisation du cannabis, la majorité électorale à 16 ans, et veulent supprimer la loi qui interdit aux médecins pratiquant l'interruption volontaire de grossesse d'en faire la "promotion". "Surtout, tous deux veulent absolument gouverner après une longue période d'opposition", rappelle Uwe Jun. Une "faim pour le pouvoir" qui pourrait les aider à passer l'éponge sur des divergences a priori inconciliables comme les questions budgétaires. Le FDP est arc-bouté sur le frein de la dette, qui interdit à l'Allemagne un déficit de plus de 0,35% du PIB, une règle que veulent assouplir les Verts pour financer le virage climatique.