D'un côté, Olaf Scholz, candidat du Parti social-démocrate, vainqueur des élections législatives du 26 septembre, auteur d'une des deux progressions les plus fortes, avec les Verts, en regard du précédent scrutin de 2017. De l'autre, Armin Laschet, candidat de l'Union chrétienne-démocrate, arrivé en deuxième position, en recul de neuf points et responsable du pire résultat électoral de l'histoire de son parti. Le second a beau persister à revendiquer la formation du futur gouvernement allemand alors qu'une cure d'opposition servirait davantage son parti, c'est bien le premier qui a toute la légitimité pour accéder à la chancellerie et mettre un terme à seize ans de domination, par la droi...

D'un côté, Olaf Scholz, candidat du Parti social-démocrate, vainqueur des élections législatives du 26 septembre, auteur d'une des deux progressions les plus fortes, avec les Verts, en regard du précédent scrutin de 2017. De l'autre, Armin Laschet, candidat de l'Union chrétienne-démocrate, arrivé en deuxième position, en recul de neuf points et responsable du pire résultat électoral de l'histoire de son parti. Le second a beau persister à revendiquer la formation du futur gouvernement allemand alors qu'une cure d'opposition servirait davantage son parti, c'est bien le premier qui a toute la légitimité pour accéder à la chancellerie et mettre un terme à seize ans de domination, par la droite, du paysage politique. Ce scénario est pourtant loin d'être déjà écrit. L'éparpillement des voix et l'affaiblissement des deux grands partis traditionnels, SPD et CDU, qui rassemblent désormais moins de 50% des suffrages, obligeront à la constitution d'une tripartite, une première, faute de volonté réciproque de reconduire une "grande coalition" classique, possible en nombre d'élus. Les partis de deuxième ligne, les Verts et les libéraux-démocrates, tous deux en progression, sont donc érigés, par la force du système proportionnel, en faiseurs de roi en Allemagne et en influenceurs de poids de la politique de l'Union européenne. Une forte présence des écologistes dans l'exécutif de Berlin sera de nature à peser sur la politique climatique européenne. Et l'accession au poste de ministre des Finances, comme il le réclame, du chef des libéraux-démocrates et chantre de la rigueur budgétaire, Christian Lindner, ne pourra qu'accélérer le retour des Vingt-Sept sur les rails du pacte de stabilité, submergé par la vague du "quoi qu'il en coûte" de la crise sanitaire. A ce stade, il y a autant d'indices annonciateurs d'une entente ou d'une rupture entre les Verts et les libéraux-démocrates, qui ont pris l'initiative de se concerter au nom de la volonté de changement exprimée selon eux le 26 septembre, préalablement à une négociation avec les sociaux-démocrates ou avec les chrétiens-démocrates.Les discussions seront longues, ardues et nécessiteront des concessions, peut-être peu glorieuses. C'est moins attrayant pour les chaînes d'info en continu qu'un débat farfelu sur l'interdiction d'accorder à son enfant un prénom "étranger". Au moins les questions de fond sont traitées, le programme du gouvernement balisé, et les chances d'efficacité de son action augmentées. Or, la démocratie se meurt d'être impuissante à résoudre les défis qui lui sont posés. A cet égard, la démocratie parlementaire allemande est sans doute moins en danger que ne pourraient le laisser penser la désaffection sur le temps long envers les deux grandes familles politiques et la nécessité de recourir à une alliance tripartite. Le transfert de voix ne s'est pas traduit par une inflation du vote protestataire, d'extrême droite et d'extrême gauche. Et une forte proportion de jeunes a porté son choix sur les Verts ou sur les libéraux-démocrates. Preuve que le désintérêt pour la politique n'est pas une fatalité. A l'inverse, la tournure prise par la campagne pour l'autre grand rendez-vous électoral de ces prochains mois, la présidentielle française d'avril 2022, ne laisse pas augurer un diagnostic aussi rassurant de maturité démocratique dans la deuxième puissance de l'Union européenne.